Un échec de Dieudonné

Le sympathique Dieudonné
(Photo AFP)

Facebook et Instagram ont « banni » Dieudonné au terme d’une longue bataille juridique conduite par la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), qui s’en félicite et rappelle l’influence néfaste qu’exerce celui qui se prend pour un humoriste.

FACEBOOK et Instagram exposent leurs arguments. Ils dénoncent des « contenus se moquant des victimes de la Shoah… en termes déshumanisants à l’encontre des juifs »…Bannir une personne de manière permanente de nos services, poursuivent-ils, est une décision que nous pesons toujours avec attention, mais les individus et organisations qui attaquent les autres sur la base de ce qu’ils sont n’ont pas leur place sur Facebook et Instagram ». La LICRA ne cache pas sa satisfaction d’avoir remporté « une grande victoire et l’aboutissement d’un travail de longue haleine par nos équipes et nos avocats qui a fini par payer. Ses publications, ajoute la LICRA, ont déjà commis des dégâts considérables parmi la jeunesse et elles ont participé à banaliser l’obsession des juifs ». En novembre 2019, Dieudonné M’Bala M’Bala a été condamnée à 9 000 euros d’amende pour une vidéo intitulée « C’est mon choaaa ».

Liberté et responsabilité.

L’affrontement entre Dieudonné et la LICRA traduit le combat contre l’antisémitisme par l’exercice du droit. Depuis la loi Gayssot, proférer des propos antisémites ne relève plus de la liberté d’expression mais de la délinquance. Il y aura toujours des citoyens pour penser que la liberté d’expression ne doit être entravée par aucun moyen juridique, qu’elle est sacrée en quelque sorte, ce que, idéalement, elle devrait être. Mais Dieudonné et ses amis révisionnistes en font un usage délétère, sous couvert d’un humour sinistre qui enchante pourtant les imbéciles qui l’applaudissent à tout rompre et sont toujours nombreux. Sur Facebook, Dieudonné avait 1 300 000 « followers » et 400 000 sur Youtube. Il a souvent été condamné et eu des démêlés avec le fisc, mais n’a jamais été interdit au nom de la loi. Celle-ci, pourtant, existe bel et bien dans le droit français puisqu’elle a été adoptée par le Parlement le 13 juillet 1990, soit il y a précisément trente ans. Et elle a été appliquée. Depuis longtemps, Dieudonné s’est efforcé de lui échapper et a continué à tenir des meetings plus politiques qu’humoristiques qui ont été interdits ou non, et lui ont valu des déboires judiciaires et fiscaux.

Une haine obsessionnelle.

La multiplicité des plaintes dont il a fait l’objet et celle de ses condamnations ne s’explique que par son acharnement à dire tout le mal qu’il pense des juifs. Pire qu’un engagement, c’est une obsession qui relève peut-être de la psychiatrie mais fait des ravages considérables puisqu’il a transformé ses « fans » en antisémites fanatiques et qu’il a apporté de l’eau au moulin révisionniste. Ce qui est réconfortant dans la décision de Facebook et d’Instagram, qui n’avait que trop tardé, c’est qu’il n’a été fait à Dieudonné aucune autre violence que celle prévue par le droit. Il s’agit d’une répression soft, sans agression physique, résultant d’actes délictueux décrits par le Code pénal. On mettra la victoire de la LICRA en regard avec le temps qu’il a fallu au dossier pour aboutir, alors que les faits étaient publics et recensés. On tiendra compte, en outre, du fait que Dieudonné ne recule jamais face à une adversité qu’il a lui-même créée et qu’il poursuivra son œuvre sinistre sur tous les tréteaux de France, pour autant que les préfets ou les maires le laissent faire. Le vrai problème, c’est sa popularité qui non seulement lui rapporte des revenus mais empoisonne l’esprit de ses « fans » pour lesquels une soirée de rigolade vaut bien la peine de se classer parmi les antisémites de la pire espèce.

Il ne s’agit pas seulement d’une de ces dérives qui endommagent l’unité de la société française, mais d’un fléau qui tend à banaliser la Shoah et à enseigner une ré-écriture de l’histoire. C’est la deuxième mort des victimes juives de la période hitlérienne, pourchassés jusqu’au fond de leur tombe. Il n’y a pas de mots pour décrire cette ignominie. Elle ne résulte pas d’une mémoire collective qui s’use mais de ce tour de passe-passe contemporain qui consiste à inverser toutes les valeurs et à préférer le cynisme à la compassion, le racisme à l’unité populaire, les saltimbanques de l’horreur aux artistes, le mensonge à la vérité. Tous comptes faits, Dieudonné n’a pas encore payé assez cher.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Un échec de Dieudonné

  1. Laurent Liscia dit :

    Plus grave encore, Dieudonné n’a toujours pas compris. Il se croit toujours dans son bon droit. Ce dont tu ne parles pas mais fait l’actualité ici aux Etats_unis, c’est la manière dont le mouvement « Black Lives Matter » ne tolère pas la moindre inclusion des souffrances des autres groupes ethniques, Latinos, autochtones, juifs, femmes ou autres. Les partisans de BLM, surtout ses défenseurs blancs !, sans doute parce qu’ils sont séduits par la pensée monolithique et bercés par le fascisme du politiquement correct, estiment que toute mention d’autres groupes est une forme de racisme plus ou moins subtil. Il n’y aucune unité entre groupes ethniques ou identitaires, alors que c’est le mème combat pour la reconnaissance et la compassion. N’est-il pas inouï que Dieudonné, noir et donc porteur d’une histoire universelle – celle des opprimés – soit antisémite ? En quoi la Shoah enlève-t-elle au sort des Noirs? Ne serait-ce pas l’inverse ? Aux Etats-Unis, le discours est économique, les Noirs surtout d’extreme-gauche accusant les juifs (mais aussi les Chinois, les Coréens et autres minorités asiatiques) d’avoir réussi, et d’avoir bénéficié des mêmes privilèges que les blancs. Les juifs, notamment, seraient des blancs comme tous les autres. Ce n’est certainement pas ce que pensaient les Nazis, pas plus que ne le pensent aujourd’hui les chrétiens fondamentalistes. Il est totalement inacceptable de minimiser les souffrances d’un peuple, surtout quand elles se sont traduites par un génocide, et de ramener la discussion à un débat pamphlétaire. Dieudonné, pour sa part, fait bien pis. Il fait aussi pitié. Le mieux serait de l’obliger d’aller parler dans les communautés qu’il a empoisonnées et rectifier le tir. Cela lui ferait peut-être même du bien.

  2. Leclerc dit :

    Surpris par la légende de la photo de Dieudonné. L’adjectif qui lui est attribué n’est-il pas en contradiction avec votre article ( apprécié, comme tous les autres).
    Réponse
    Le « sympathique Dieudonné » est bien entendu une figure de style. C’est une façon de dire le contraire. Vous pouviez lire « le haïssable Dieudonné ». Mais peut-être ai-je péché par subtilité. Merci de me l’avoir fait remarquer.
    R. L.

    Surpris par l’adjectif attribué à Dieudonné. N’est-il pas en contradiction avec votre texte ( lu comme d’habitude avec intérêt) ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.