Macron-Erdogan : le clash

Macron et Erdogan il y a près de trois ans
(Photo AFP)

Les relations franco-turques, déjà beaucoup dégradées, se sont sérieusement aggravées à la suite de l’assassinat de Samuel Paty. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’indigne, non sans une grossièreté fort peu diplomatique, de la réaction de la France, qui reste fermement attachée à la liberté d’expression. Emmanuel Macron renvoie son adversaire à ses responsabilités.

POUR être fabriqué de toutes pièces par un homme dont l’ambition consiste à reconstituer l’empire ottoman, le différend entre Paris et Ankara ne doit pas être pris à la légère. Deux fois, Erdogan a suggéré à Macron de veiller sur sa santé mentale, sans même exprimer ses condoléances à la suite de la mort atroce de M. Paty. Un boycott des productions françaises commence à se répandre dans le monde arabo-musulman, car il est plus facile de trouver un bouc émissaire à ses tourments intérieurs que de les guérir par une politique appropriée.

Un amalgame hideux.

Il y a quelque temps, la marine turque a pris pour cible un vaisseau français qui, au nom de l’OTAN, essayait d’arraisonner un cargo transportant des armes vers la Libye. La France ne cesse de dénoncer les ingérences militaires d’Ankara en Libye, en Syrie et maintenant dans le Haut-Karabakh. Cette fois, Erdogan a pris le parti non plus de dénoncer la politique européenne ou occidentale, il s’en prend singulièrement à la France, et en des termes insultants, qui valent le coup d’éventail du Dey d’Alger à un chargé de mission français au XIXè siècle. Aujourd’hui, le Trump turc s’est livré à un amalgame hideux en comparant les musulmans de France aux juifs d’Europe dans les années trente. Il y a quelques années, il avait accusé l’Allemagne de se comporter de nos jours comme celle du IIIè Reich. Aussitôt, quelques dignitaires français musulmans lui ont fait savoir qu’ils sont heureux « comme Dieu en France ».

L’UE nous soutient-elle ?

Avec son cynisme habituel, mais qui n’est autre que la pulsion naturelle de tout démagogue, Erdogan n’a même pas pris en compte l’émotion des Français à la suite d’un attentat particulièrement atroce contre un professeur d’histoire et géographie,  naguère anonyme. Car ce qui compte à ses yeux, c’est, purement et simplement, l’abolition des caricatures de Mahomet. Ce faisant, il se place exactement au niveau des terroristes de tous bords. Il les soutient par son comportement et semble approuver l’assassin de Samuel Paty, ce qui, du point de vue français, est inacceptable. Il est d’autant plus proche des terroristes qu’il les utilise pour ses conquêtes dans le monde musulman : il envoie des milices composées de djihadistes en Libye et en Azerbaïdjan. Non seulement il étend son influence dans le monde musulman, mais il le fait à bas coût.

En concentrant ses attaques verbales sur la France seule, il espère bien embarrasser les pays de l’Union européenne qui, s’ils se sont empressés de soutenir la France après l’attentat, tentent de croire encore que la Turquie est membre de l’OTAN et que ce qu’il lui reste d’intérêts en Occident peut être préservé par le dialogue. C’est ainsi que, effectivement, elle a fait rentrer au port deux bateaux spécialisés dans la recherche du pétrole en haute mer dont la mission consistait à insérer la Turquie dans le partage des gisements de gaz exploitables.

Rendez-vous électoraux.

Erdogan joue depuis longtemps sur l’ambiguïté, tantôt membre de l’Organisation atlantique, tantôt acheteur de missiles russes incompatibles avec les défenses de l’OTAN, tantôt exportateur satisfait vers l’Europe, tantôt fâché de ne pas avoir obtenu le statut de membre de l’Union. Il y a renoncé au profit de son mythe, l’avènement-bis de l’empire ottoman. Mais cet homme est dangereux. Il a l’art d’enflammer les foules turques et musulmanes, il fait de l’ombre au leadership arabe de l’Égypte, il peut basculer dans le divorce d’avec l’OTAN à la faveur du moindre incident. C’est lui qui devrait soigner ses pulsions, d’autant plus vives et inattendues que la Turquie ne va pas bien du point de vue économique et social, que la gouvernance d’Erdogan s’est transformée en dictature avec la fin de la liberté d’expression, la détention massive de journalistes, artistes, écrivains et intellectuels et la mise en œuvre d’un projet grandiose, mais coûteux, qui avortera faute de moyens. Enfin, le maître d’Ankara n’est pas certain de remporter les prochaines élections et sa parade au danger politique sera certainement appuyée sur de nouvelles exactions.

C’est donc du peuple turc qu’il faut attendre la répulsion anti-Erdogan qui sauverait ce pays. Entretemps, le satrape peut faire encore beaucoup de mal. Il y a 700 000 immigrés turcs en France et la plupart d’entre eux soutiennent Erdogan. Ils ont fait profil bas après l’assassinat de M. Paty, mais certains d’entre eux n’en pensent pas moins. Évidemment hostiles aux caricatures en particulier, sinon à la liberté d’expression en général, ils sont moins troublés par la mort d’un innocent que par la persistance des caricatures. Ils sont un peu comme une grenade prête à être dégoupillée et représentent une menace d’autant plus grave qu’ils sont majoritairement acquis au régime turc qui incarne à lui seul tout le populisme du monde. Comment contrôler l’immigration turque en France ? Marine Le Pen a sûrement la solution.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Macron-Erdogan : le clash

  1. Doriel pebin dit :

    Bonjour, devant la levée de boucliers des pays musulmans qui brillent par leur conservatisme et le refus de voir la machination islamiste, il serait temps que les musulmans modérés français s’expriment publiquement pour dénoncer les amalgames et la laïcité concept français. L’infodémie est utilisée par tous ces ignorants ou fascisants. Nous ne pourrons rien faire seuls sans nous faire faussement taxer d’islamiphobie ! Merci de vous battre pour nos valeurs.
    Réponse
    Les musulmans de France se sont déjà prononcés contre la Turquie.
    R. L.

  2. Laurent Liscia dit :

    C’est bien que la communauté musulmane française s’indigne des mesures turques. C’est bien aussi de noter qu’Erdogan est un triste sire et l’un des plus dangereux manipulateurs du Moyen-Orient. Espérons que le peuple turc se réveille de sa transe AKP, surtout depuis la dérive islamiste et anti-occidentale. Peut-on encore parler d’allié ?

  3. MOSDITCHIAN dit :

    Monsieur
    J’ai grand plaisir depuis des années à suivre vos blogs.
    Et voilà que vous ouvrez les yeux à vos lecteurs sur les réalités du monde d’Erdoganien qui a un grand rêve depuis des années : recréer l’empire ottoman tel qu’il existait au mieux de sa forme fin XXVIIé siècle lors de la tentative de prise de la ville de Vienne.
    Et bien évidemment recréer le pouvoir de nuisance.
    Il en a bien pris le chemin puisque aucune puissance ne lui tape sur les doigts. Il n’hésite pas à insulter la France et que faisons nous ?
    Chypre, Méditerranée orientale, Libye Syrie.
    Voyez-vous où je veux en venir ?
    Prenez une carte du sud Caucase.
    Actuellement il fait attaquer par ses acolytes azerbaïdjanais (les Tatars ! Relisez Michel Strogoff)
    La frontière sud de l’Arménie et du Haut-Karabakh!
    Il refermera la nasse en partant du Nakitchevan pour couper le petit bout de territoire arménien
    (le Zanguezour)
    Et voilà l’affaire sera faite et il pourra étendre son influence vers les républiques d’Asie Centrale.
    Et là on ne parlera plus de la même manière du sultan Erdogan et de son pouvoir.
    Voilà pourquoi il faut absolument soutenir la lutte courageuse des troupes arméniennes sur le front est du Haut-Karabakh et la reconnaissance de la République d’Artsakh (nom arménien du H K.

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