Comment rembourser la dette

Christine Lagarde
(Photo AFP)

La pandémie a brutalement augmenté le déficit public, qui a doublé en un an, et le montant de la dette publique. La diversité des commentaires sur les sommes faramineuses que nous avons collectivement empruntées inquiète les Français presque autant que la pandémie.

IL N’Y A aucune raison d’être optimiste, d’abord parce que les 2 674 milliards d’euros de dette que nous avons accumulée (depuis 40 ans, nous n’avons eu aucun budget en excédent) sont si vertigineux que, la plupart du temps, nous tendons l’oreille à ceux des économistes qui nous suggèrent de ne pas la rembourser. Il ne s’agit pas en l’occurrence, de mettre immédiatement la main à la poche et de donner son écot dès cette année. Il s’agit d’examiner des mécanismes bien connus des économistes qui permettent d’atténuer le poids de la dette.

Une question de loyauté.

Décider de ne pas rembourser, faut-il le rappeler, détruirait la crédibilité du pays. Si vous annoncez que vous ne rembourserez pas, vous êtes aussitôt disqualifié pour le prochain emprunt. C’est une question de loyauté à l’égard de nos partenaires de l’Union européenne. La Banque centrale européenne (BCE), sous la houlette de l’Italien Mario Draghi, puis de la Française Christine Lagarde, a mis au point un système de rachat des dettes publiques des membres de l’Union qui a entraîné l’effondrement des taux d’intérêt jusqu’à zéro pour cent et même au-delà : la France, par exemple, touche de l’argent quand elle emprunte. Ce qui, forcément, relativise la crise de l’endettement. Mais ne signifie pas pour autant que nous pouvons envoyer 2 674 milliards dans une fusée vers la Lune.

L’inflation et la croissance.

Le moyen le plus simple de diminuer la dette, c’est d’en payer une partie. Mais nous n’emprunterions pas si nous avions, au Trésor, des sommes importantes dans des tiroirs, ou plus exactement des excédents de comptes cachés. En revanche, un taux d’inflation annuelle supportable, de l’ordre de 2 % diminuerait d’autant le montant de la dette, soit 53 milliards d’euros par an. Un autre moyen repose sur la croissance : le montant de notre dette atteint plus de 120 % de notre produit intérieur brut, dans une hypothèse de croissance de richesse annuelle d’environ 2 200 milliards. Or la multiplicité des malheurs qui ont frappé la société française ne veut pas dire que nous sommes perdants à tout coup. Au troisième trimestre de 2020, la croissance française a bondi de 18 % (en rythme annuel). Elle s’est ensuite repliée à la suite de la mise en place du deuxième confinement, mais le troisième confinement, jusqu’à présent, a été récusé par le gouvernement, justement parce qu’il tente de donner un coup de fouet à l’économie.

De l’argent dans le bas de laine.

Incapables de dépenser pendant les confinements, contraints de rester chez eux, interdits de cinéma, théâtre ou restaurant, les Français ont accumulé beaucoup d’argent dans leur bas de laine, ou plus exactement sur leur livret d’épargne. Pour la seule année dernière, le montant de ces économies est évalué à une centaine de milliards d’euros. Et ça continue puisque nous ne sommes pas retournés à la situation antérieure. La campagne vaccinale est très lente, mais avant la fin de l’année, tous les Français qui le souhaitent seront vaccinés ; cela devrait se traduire par une immunité collective qui nous autoriserait à sortir en ville et à dépenser les surplus que les plus nantis d’entre nous auront accumulés. Assurément, on espérait que la campagne de vaccination serait fulgurante et arriverait au point de la « libération » de nos concitoyens plus rapidement. Il est certain que la lenteur de la campagne porte un coup à la relance.

Il faut de la joie.

Cependant, en bonne psychologie, les Français devraient commencer à dépenser leur argent, prévoir des vacances de printemps et d’été, acheter des billets de train ou d’avion, réserver des chambres d’hôtel. De son côté, le gouvernement a dépensé déjà 10 milliards de son plan de relance de 100 milliards. Les experts ne prévoient pas un rebond massif de la croissance, pas plus de 6 % en tout cas, mais ils se trompent parfois. Ainsi le déficit budgétaire du pays a été révisé trois fois par le Parlement et, à la troisième fois, il a été fixé à 206 milliards au lieu de 225. Ce qui nous permet de penser qu’une croissance de 8 % ou même plus en 2021 ne serait pas miraculeuse. Ne dites pas que les Français ne sont pas impatients, en tout cas pour ceux qui ont gonflé leurs économies, de prendre une revanche contre le marasme. Il semble bien qu’ils ont à la fois l’envie très forte de dépenser mais aussi de travailler et de produire.

La dette ne sera pas remboursée en un jour. Mais si tout est fait pour soutenir la croissance économique, nous nous rapprocherons peu à peu de l’équilibre budgétaire. En 2022, nous aurons la possibilité de réduire le poids de la dette, par exemple la ramener à 110 % du PIB. Pour ça, il faut la joie et l’enthousiasme qui, aujourd’hui, nous font si cruellement défaut.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Comment rembourser la dette

  1. Laurent Liscia dit :

    Aux Etats-Unis on use de la planche à billets, et la différence entre gauche et droite, ce sont les montants jugés tolérables dans le discours: les Républicains se disent financièrement conservateurs, les démocrates plus enclins à la dépense publique. Mais la plus grosse augmentation du déficit américain a eu lieu sous Reagan, et la plus grosse réduction sous Clinton. Le public n’y voit que du feu.

    • D.S. dit :

      A part la planche à billets, je ne vois pas d’autres explications à tout cet argent qui tombe du ciel. Mais d’après ce qu’on nous dit, personne ne devra se priver et la terre va ainsi continuer à tourner comme avant. Il est vrai que je n’ai jamais rien compris à l’économie. Il semble quand même que les guerres et autres catastrophes naturelles aient plutôt un effet de relance. Ainsi mes modestes actions Michelin, ont pris 23% entre février 2020 et février 2021.

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