Biden maltraite Poutine

Le calme de Biden
(Photo AFP)

Joe Biden n’a pas hésité à traiter Vladimir Poutine de « tueur » lors d’un entretien avec la chaîne de télévision ABC. Moscou a rappelé son ambassadeur à Washington.

ANCIEN directeur de la communication à la Maison Blanche, au temps de Bill Clinton, George Stephanopoulos a posé au président des États-Unis une question piège : « Poutine est-il, selon vous, un « tueur » ? « Oui », a répondu sans trop hésiter Joe Biden. Peut-être se serait-il dispensé de ce jugement si la question avait été moins directe. La réponse, en effet, a eu des conséquences immédiates : Poutine a appelé son ambassadeur aux États-Unis pour des « consultations ». On peut déjà dire deux choses contradictoires : la première est que le maître du Kremlin ne comprend que le langage de la force, la seconde est que, dans sa relation compliquée avec Moscou, Biden doit apprendre la prudence. Aussi bien s’est-il empressé de dire qu’il souhaitait maintenir le dialogue avec la Russie, qu’il s’entretenait régulièrement avec Poutine, et qu’il a très vite conclu avec lui le renouvellement pour cinq ans de l’accord sur les armements nucléaires Start qui empêche la course aux armements stratégiques des deux  pays.

Un signal envoyé à Navalny.

Le nouveau président américain est conscient à la fois des difficultés à pactiser avec l’adversaire russe, comme il l’est avec la Chine, et de la nécessité de poursuivre le dialogue avec un homme qui ordonne, de temps à autre, l’assassinat de dissidents russes. Il devait envoyer un signal à Alexei Navalny, qui a fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement des services secrets russes et croupit dans une prison où il est soumis au travail forcé. Mais au moins Biden n’est-il pas, comme Trump, soumis au diktat russe : la protection des droits de l’homme ne saurait être sacrifiée à la paix sinon la paix ne profiterait qu’aux régimes les plus violents. De toute façon, Poutine n’est pas surpris par le comportement de Biden. Il savait que, une fois élu, il serait beaucoup moins facile à manipuler que Donald Trump, qui fut si désireux de ménager le président russe qu’il n’a jamais dénoncé ses provocations contre l’OTAN et ses ingérences dans les campagnes électorales américaines.

Un regain américain.

Justement, un tout récent rapport américain affirme que, une fois encore, les Russes ont tenté de se livrer à des manipulations pendant la campagne de l’an dernier. Biden doit aussi démontrer qu’il ne laissera pas Poutine saper les régimes démocratiques, dont le Russe tente de prouver qu’ils sont infiniment moins stables que les régimes autoritaires qui ressemblent à celui qu’il a mis en place dans son propre pays. C’est une guerre d’idées que se livrent Moscou et Washington et, de ce point de vue, Biden a la responsabilité de la protection des systèmes parlementaires dans le monde entier. Ils doivent continuer à représenter la vertu en politique, combattre les efforts pour les détruire de l’intérieur et, de ce point de vue, le regain américain sous Biden est encourageant. Non seulement la campagne vaccinale contre le Covid est un succès, mais le rebond économique a commencé et le chômage ne sera plus que résiduel l’année prochain, à moins de 4 %.

Le laxisme, c’est fini.

Il faut à Biden de la force, celle-là même que Trump lui a toujours niée en le traitant, mais sans succès, de « Sleepy Joe ». Et c’est pourquoi, il a répondu en un quart de seconde que Poutine était un tueur. Le premier acte de résistance, c’est d’abord de dire la vérité comme elle est, sans l’édulcorer. Le second est d’établir le rapport de forces équilibré avec un adversaire tenté de devenir le premier ennemi de l’Amérique et de l’Occident. Poutine est sûrement en colère contre Biden et n’a pas manqué de le lui faire savoir. Pour autant, il ne pouvait pas s’attendre à trouver chez Biden la moindre mansuétude. Depuis que Trump a gagné la présidence, il a cru qu’il pouvait faire ce que bon lui semblait dans ses relations avec Washington. Ce temps-là est terminé et les intérêts américains dépendent de la capacité à dénoncer les intentions russes ou chinoises tout en poursuivant le dialogue.

Certes, l’opposition républicaine sera peut-être amenée à dénoncer une politique du bord de l’abîme. Certes, la gauche du parti démocrate peut réclamer un traitement plus nuancé de la Russie. Mais Biden a déjà démontré qu’il est capable à la fois de calmer l’aile gauche de son parti et d’amener l’opposition à résipiscence quand il le faut. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas seul. Dans un communiqué publié ce matin, le G7, le groupe des sept pays les plus riches du monde, confirme qu’il ne reconnaît pas l’annexion de la Crimée et de la ville de Sébastopol par la Russie.

RICHARD LISCIA 

 

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2 Responses to Biden maltraite Poutine

  1. Laurent Liscia dit :

    Merci, on comprend mieux l’intérêt pour les Russes d’influencer l’issue des élections américaines. Et maintenant viendra très certainement : 1. le démontage des opérations d’infiltration des réseaux sociaux en collaboration avec les alliés européens qui ont bien besoin de ça aussi; 2. Une campagne beaucoup moins visible de contre-sabotage numérique ou seront attaqués les systèmes russes, chinois et nord-coréens. Une politique que Trump a systématiquement bloquée, on se demande bien pourquoi.

  2. Michel de Guibert dit :

    Il y aurait beaucoup à dire sur « l’annexion de la Crimée et de la ville de Sébastopol par la Russie ».
    La Crimée, et le port de Sébastopol, a toujours été russe depuis le XVIIIème siècle, jusqu’à ce que Krouchtchev, un soir de beuverie, décide de la rattacher à l’Ukraine par un simple décret en 1954, mais dans le contexte de l’URSS..

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