Sahel : y être ou pas

Macron sur le cercueil de Maxime Blasco
(Photo AFP)

La politique d’intervention sur les théâtres du monde où pèse la menace terroriste est remise en question par les faits  qui s’y produisent et par l’exemple que donne l’Amérique en la matière.

EN RÉALITÉ, rien n’a changé dans ce domaine. Des liens solides nous unissent à des pays que nous avons naguère colonisées ; ils ont une mémoire et comme ils traversent une période plutôt agitée, ils ont tendance à se méfier de la France et de ses intentions. Elle a pourtant énoncé avec force sa ligne politique.

Elle va chercher les terroristes là où ils sont avant la conquête d’un ou plusieurs pays africains dont ils feraient leur base d’assaut contre l’Europe, et donc la France. Un problème s’ajoute : celui de la fragilité du pouvoir dans certains de  ces pays, au Mali notamment où deux coups d’État se sont débarrassés du pouvoir politique et, avec lui, des accords de sécurité passés avec la France. Les militaires maliens savent pourtant que, à eu seuls, ils sont incapables de rejeter les terroristes à la mer. Après avoir laissé entendre que les militaires français, soupçonnés de néo-colonialisme, étaient détestés par le peuple malien, ils ont envisagé de s’associer à la Russie et de lui « commander » une aide sous forme de vigiles appartenant au groupe Wagner.

Sous la coupe de la Chine et de la Russie.

Ainsi ont-ils délibérément plongé dans le changement d’alliance et la France n’a a pas perdu de temps pour annoncer à Bamako que si le projet russe prenait du corps, elle rapatrierait ses troupes. La fragilité d’un certain nombre de gouvernements africains ouvre la porte à une coopération étroite avec la Chine et la Russie ; si personne ne peut dire que cette opération sera suffisante pour éliminer le terrorisme, une chose est sûre : l’Afrique tombera, d’une manière ou une autre, sous la coupe russe et chinoise. La zone de négociation avec Paris se rétrécit. La junte de Bamako n’y est pas préparée. Son action diplomatique et militaire est faussée parce qu’elle n’a plus confiance en la France, alors que c’est la France qui, en 2013, a sauvé la vie du Mali, qu’elle y a perdu 52 soldats et que l’affaire Wagner est sortie sur la place publique au moment où le caporal-chef Maxime Blasco, 35 ans,  était tué par les djihadistes, ce qui a plongé le président dans une colère noire.

La tactique du bouc émissaire.

De sorte qu’il se pose la question de la présence militaire française au Mali, comme tout chef d’État qui a volé au secours d’une autre, l’a protégé au prix de ses pertes et se voit considérer comme un président étranger qui aurait des arrière-pensées. C’est la totalité de nos relations avec l’Afrique qui est remise en question, parce que la réflexion a rapidement pris la place de l’engagement fervent au cours de l’été. Il y a le Mali, certes, mais aussi les pays du Sahel plus généralement. Et il y l’Algérie, secouée par le « Hirak », ce mouvement national qui réclame la démission du gouvernement actuel et nourrit ses différends avec un consensus sur les intentions de la France. Le peuple n’est pas d’accord avec le pouvoir, mais les deux, bizarrement, s’en prennent conjointement à notre pays : c’est la tactique du bouc émissaire.

Relation amour-haine.

C’est insupportable, d’une part parce que l’Algérie joue un rôle décisif dans la lutte contre le terrorisme et d’autre part, parce que les accusations de « poursuite de la colonisation par d’autres moyens » sont assez abjects et complètement faux. Décidément, le syndrome mémoriel de l’Algérie continue, soixante ans après, à brouiller les relations franco-algériennes. Comme, par ailleurs, la France a diminué le nombre de visas accordés aux Algériens au motif que les pays du Maghreb refusent de reprendre ceux de leurs ressortissants frappés d’exclusion en France, l’Algérie se plaint d’être victime d’une sévérité malsaine.

Ce qui est intéressant, c’est que les Algériens, comme les Maliens et les habitants de nombre de pays africains francophones frappent désespérément à la porte de la France. Ce sont les mêmes qui, réseaux sociaux aidant, participent à la longue œuvre de diffamation contre la France. Les mêmes qui l’insultent et se réjouissent uniquement du mal que le gouvernement algérien peut infliger au gouvernement français. M. Macron a dénoncé cette formidable contradiction, mais elle ne devrait pas le surprendre ; nous parlons, en l’occurrence, de l’Afrique, qui n’est pas nécessairement le continent dont les idées politiques et diplomatiques sont les plus claires.

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2 Responses to Sahel : y être ou pas

  1. Laurent Liscia dit :

    Les « alliés contradictoires » sont d’un cynisme rare, et leurs populations souffrent bien plus de leurs manigances et de leur hypocrisie que nous n’en souffrons. Le vrai test est celui de la popularité: si la population locale ne veut pas de nous, pourquoi rester? En Afghanistan, la plupart des Afghans ne peuvent pas supporter la férule du taliban – situation très différente.

  2. Dr VAUCAMPS dit :

    Les Chinois et les Russes ne sont pas des philanthropes, ce qui les intéresse en Afrique c’est le sol et le sous-sol ! Les hommes ? Affaire collatérale…ils n’ont pas les mêmes barrages moraux que nous.
    Ils jouent à merveille la manipulations de peuples aux dirigeants avides pour évincer nos valeurs et pour pouvoir piller ce continent.
    Que faire dans cette guerre de propagande et de désinformation ? Communiquer ! Faire passer la vérité !
    Mais nous avons vu en France avec la crise du covid que nos dirigeants sont experts en cet art.
    Ou alors partir, renoncer comme les Américains en Afghanistan et se protéger chez nous de ces peuples manipulés. (Cela nous coûtera moins cher en euros et surtout en hommes !).

    Réponse
    Curieux amalgame entre notre bilan Covid et les dictateurs africains.
    R. L.

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