Le variant Z du scrutin

Le général Boulanger ?
(Photo AFP)

La France est frappée par une épidémie nationale qu’a provoquée le variant d’un virus extrême droitier. Nous avions pris l’habitude de la présence de Marine Le Pen à la tête du Rassemblement national, cette présence est menacée par un essayiste, Éric Zemmour, qui semble décidé à se présenter à la présidence de la République.

COMME TOUS les phénomènes inattendus, le « zemmourisme » se répand dans la population à une très grande vitesse et rebat complètement les cartes de l’élection présidentielle de 2022. Personne ne peut dire s’il s’agit d’un feu de paille ou, au contraire, d’une popularité durable, capable de le conduire jusqu’à la magistrature suprême. Mais l’impact de sa candidature, qui n’est toujours pas annoncée, a déjà changé le paysage : Zemmour menace Marine Le Pen et semble prêt à occuper la deuxième place. Dans cette hypothèse, elle ne franchirait pas le cap du premier tour. Il peut aussi écarter le candidat de la droite classique, renvoyer l’ensemble de la gauche à des scores dérisoires, éliminer les espoirs des écologistes. Et menacer le président sortant ?

Un incendie californien.

Pour le moment, tout en convergeant pour dire que Zemmour progresse au rythme d’un incendie californien, les enquêtes d’opinion répondent par la négative : la candidature d’une droite qui s’ajoute à la droite de l’extrême droite n’affecte pas Emmanuel Macron : il arrive en tête au premier et au second tours. Le phénomène auquel nous assistons correspond donc à un malaise profond de toutes les droites qui, réunies, sont largement majoritaires dans le pays mais, désunies, sont certaines de perdre. On notera aussi que Zemmour est un phénomène populiste. C’est le boomerang envoyé par le RN à la droite et qui revient l’écrabouiller. On a passé tellement de temps dans ce pays à dire qu’il allait affreusement mal que les électeurs ne croient plus à rien, sans distinguer la vérité du mensonge et sans comprendre, au moins pour une large partie d’entre eux, que la vie en France vaut la peine d’être vécue.

Il n’a rien inventé.

Quant à M. Zemmour, on ne contestera ni son niveau de culture, ni l’étendue de ses connaissances. On remarquera d’une part qu’il ne parle, pour le moment, que de deux thèmes dévastateurs, l’immigration associée à l’insécurité et l’Europe, ce monstre d’où viendraient tous nos maux. On voudrait l’entendre exposer un projet de budget, comment il entreprendrait un retour au plein emploi, comment il réduirait les inégalités sociales autrement qu’en sortant la France de l’Europe et de l’euro. Ce n’est pas lui faire injure de dire ici qu’il n’a pas inventé la lune. C’est un pur réactionnaire, un souverainiste, un nationaliste. C’est aussi un cynique prêt, de temps à autre, à laminer son adversaire par de simples jugements de valeur que rien n’étaie. Il ressort des idées qui ont eu leur cours jusqu’à ce qu’elles nous placent sous le joug nazi. Il glorifie Pétain et critique de Gaulle, comme si ses connaissances en histoire lui permettaient de la récrire. Sa rhétorique est bonne, il s’exprime bien, c’est un bon orateur, mais enfin préconiser le Frexit et la fin de la zone euro, ce n’est pas très nouveau. Pas plus que ne sont nouvelles des références à notre passé qui en retiennent le pire, les moments dont nous avons honte et dont, à ce jour, nous ne sommes pas remis.

L’originalité du personnage.

Et c’est lui que les Français enverraient à l’Élysée ? Il est curieux que, selon l’opinion, Zemmour ne fait pas plus ni moins que ce qu’a fait Macron, sans souligner la différence, à savoir que Macron est un démocrate et que Zemmour n’en est pas un. Il est curieux que les extrêmes nous aient dressé de la « crise » un tableau si sinistre que nombre d’entre nous sont devenus paranoïaques et ne croient échapper au Covid, aux menaces venues de l’Est, au terrorisme, à l’immigration, à l’insécurité qu’en faisant le choix du plus beau parleur, mais sûrement pas du meilleur gestionnaire. C’est  un anti-héros de la politique, mi-saltimbanque, mi-général Boulanger. Un opportuniste doublé d’un homme qui croit en ses capacités. Dans le « zemmourisme », il n’y a que l’originalité du personnage. Un juif qui dit du bien de Pétain, un juif plus nationaliste que les Français dits de souche, bref un juif antisémite. Quelle formidable caution pour les racistes : il n’y pas mieux qu’un juif pour dominer les autres !

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Le variant Z du scrutin

  1. Sphynge dit :

    Un juif qui « dit du bien » ou « glorifie » Pétain ? Quand même pas, mais il semble bien qu’il commette une erreur dans son interprétation de l’action de Pétain envers les juifs français. D’autre part, il ne préconise ni le Frexit, ni la sortie de la zone euro, propositions qu’il critique même chez certains candidats. Mais une modification de certaines règles européennes sûrement et nous lui en devrions beaucoup de gré. Et puis, il ne parle pas de budget, d’emploi, de gestion : enfin, un homme (peut-être politique) qui parle de politique et non de comptabilité ! Qui laisserait les sujets techniques aux techniciens (l’Ena a été faite pour ça et non pour former des hommes politiques), dans le cadre d’un programme véritablement politique dont découlerait l’action des ministères. Le programme détaillé serait annoncé en temps utile, car il n’est que secondaire par rapport aux défis civilisationnels auxquels le pays est confronté : islam, immigration, éducation nationale, recherche scientifique, wokisme. Nous ne voterions pas pour lui mais nous sommes obligé de constater qu’il a une vision de l’action politique plus élevée que les candidats qui depuis la dernière guerre ont éludé les problèmes cruciaux au profit des questions, à ce niveau, annexes. De toute façon, on voit mal aujourd’hui comment il pourrait être élu. Dès que la campagne commencera le système reprendra les choses en main, l’exclura d’une manière ou d’une autre, et l’on sera replacé devant une élection sans électeurs – ou si peu…

    Réponse
    Vous ne voteriez pas pour un homme dont vous faites le panégyrique ? Un homme « politique » qui ne serait pas un comptable ? Un candidat qui a la vision la plus élevée depuis la dernière guerre ? Vous ne craignez ni les contradictions ni les exagérations.
    R. L.

    • Sphynge dit :

      Le fait qu’il élève le débat au niveau requis pour une présidentielle n’implique pas qu’il serait souhaitable qu’il fût élu. Et le serait-il qu’il serait empêché de gouverner par l’ensemble des mondes politique, syndical, médiatique, judiciaire, de la fonction publique et de la rue. Il serait donc inutile voire hasardeux de voter pour lui. Et pour le moment, en dehors de M. Michel Barnier, aucun des candidats déclarés ne semble avoir la stature d’un président de la République. Mais, en dehors de celle de M. Macron qui bat déjà son plein, la campagne proprement dite n’a pas encore commencé…

  2. JL59 dit :

    M. Zemmour a déjà gagné en faisant entendre ses idées qui rendent la pensée unique ringarde.
    Tout le monde politico-gaucho-bobo-parisien en a pris un coup de vieux.
    Même le RN est en état de mort apparente et son chef historique risque de soutenir M. Zemmour.
    Je viens de lire avec attention votre article du jour concernant le variant Z et suis surpris de la dernière partie qui me parait très excessive. Vous accaparez tous les termes à la mode pour décrédibiliser l’adversaire : démocratie, démagogie, république, laïcité. Il ne manque que le discours nauséabond.
    Je sais pas si M. Zemmour a des solutions mais pour l’avoir bien écouté depuis plusieurs mois, son diagnostic me paraît excellent sur le déclin de la France et de notre civilisation.
    La laïcité s’est trompée de combat en faisant une fixation sur le catholicisme et a favorisé l’émergence de l’islamisme.

    Réponse
    Vous devez avoir raison : l’arrivée de Hitler au pouvoir a rendu ringardes les démocraties. Quant aux mots que j’utilise, ils sont tout simplement adaptés aux dérives que je dénonce : si vous n’avez pas compris, M. Zemmour est une menace pour la France, c’est un démagogue qui utilise les techniques de Trump, et son diagnostic, qui vous paraît excellent, est mensonger et faux.
    R. L.

  3. Laurent Liscia dit :

    Le variant Z! J’en rigole encore. Zemmour est un triste sire, plus malin que Trump mais moins charismatique. Tu démontes bien la mécanique du mensonge. Comment la démagogie s’est transformée en franc-parler. Ce que les électeurs ne veulent plus entendre, c’est que la réalité est bien plus compliquée que ce que nous en dit le variant Z., la copine Marine et l’ami Mélenchon. Il y a des pandémies. Elles ont une cause. Elles demandent certains comportements draconiens. Le climat change et cela nécessitera des actions extraordinairement complexes et difficiles. Les questions d’immigration ne se résolvent pas avec des charters. L’Europe est un méli-mélo, mais c’est notre meilleure chance de prospérité. Et, curieusement, ils ne veulent pas non plus entendre la simple vérité que tu énonces: la France, comparée à 95% des pays, est un paradis social et économique. Au fond, le mensonge le plus dangereux, c’est celui qui prétend que la France est en passe de naufrage. Le naufrage, c’est le variant Z, les gilets jaunes et l’extrémisme: la vraie pensée unique. Évidemment, on pense à Trump…

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