Orban, nouvelle référence

Marine et Viktor
(Photo AFP)

Marine Le Pen s’est rendue hier en Hongrie où elle a rencontré le Premier ministre, Viktor Orban. Elle a prononcé un violent discours anti-européen.

POUR acquérir une bonne réputation, on ne va plus rendre visite à la reine d’Angleterre, mais au roitelet nationaliste de Budapest, Viktor Orban. Cela semble agacer le Rassemblement national qu’il ait déjà reçu Éric Zemmour, qui a devancé Mme Le Pen, mais ces très subtils rapprochements franco-hongrois sont cycliques et, dans l’alternance, il y a quelque chose  qui fait qu’on ne sait plus qui devance l’autre. S’il convenait à M. Zemmour de retourner sur les rives du Danube, il serait le second et non plus le premier. Reste à savoir quel honneur il peut y avoir chez les RN et affiliés à se bousculer au portillon hongrois, sinon que le très particulier Orban, encensé par les uns mais vilipendé par tous les autres, apporte à qui vient le voir sa caution nationaliste.

Le cynisme au pouvoir.

C’est une sorte de surprise-partie pour enfants gâtés qui piétinent avec ferveur les fleurs du jardin européen, alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires. Mme Le Pen, M. Zemmour et M. Orban n’auraient pas grand-chose à faire s’il n’y avait l’Union européenne pour déclencher tous leurs sarcasmes. Pourtant, le régime autoritaire de la Hongrie bénéficie des largesses de l’Union, c’est-dire de ses contribuables. Le cynisme faisant partie intégrante de la démarche hongroise, on fait comme en Pologne : on veut et on obtient le beurre et l’argent du beurre. L’Europe envoie des fonds par dessus les frontières de la Hongrie et de la Pologne, qui estiment qu’en échange, elles n’ont rien à offrir, sinon un montant illimité d’irrespect, envers Bruxelles bien sûr, mais aussi envers leurs populations, qu’elles entraînent, malgré une forte opposition, vers le système dit « illibéral ».

Le totem.

Ce qui nous ramène forcément aux élections françaises de 2022 et à leur signification. Comme vous l’aurez constaté sans effort, tous les candidats ont un programme, ce qui leur permet à tous de se déclarer réformistes. Mais la réforme de l’extrême droite est à peu près diamétralement opposée à celle de la gauche, elle-même munie d’un agenda aux antipodes de celui de la droite et ainsi de suite. De sorte que ce qui fait l’espoir, l’objectif ultime, le totem de toutes les ambitions de Mme Le Pen, fait le désespoir de ceux qui réclament plus d’Europe. La candidate RN se regarde dans le miroir qu’Orban lui offre, et elle éprouve du bonheur à tant lui ressembler, alors que ceux qu’elle appelle « européistes » la voient engagée dans une voie perverse et dégradante.

Un risque de dictature.

Les dictateurs ne parlent jamais du cynisme et du mensonge. Leur premier réflexe consiste à dire qu’ils représentent le droit, tout le droit et donc qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne. On peut leur répéter à satiété que ce qu’ils font est inconvenant, pervers et parfois barbare, ils n’en ont cure. Ce qui compte, c’est leur pouvoir : plus ils en ont et plus ils pensent mériter des applaudissements. Il y a donc l’Europe vertueuse, qui tente de rapprocher des peuples furieusement nationalistes et il y a l’Europe des crapules, excusez-moi, mais je n’ai pas d’autre mot pour les désigner. William L. Shirer, en publiant il y a quelques décennies un ouvrage définitif sur l’ascension et la chute d’Adolf Hitler, est arrivé à une très simple conclusion : les nazis n’étaient ni de grands politiques ni de grands stratèges, mais tout simplement une bande de voyous qui avaient conquis le pouvoir. Oh, je sais bien que ni Orban le petit, ni Éric Zemmour, le juif qui, au fond, regrette de l’être, ni Mme Le Pen, la laborieuse fille de son génie de père, ne sont comparables à Hitler ; mais ceux qui, comme moi, sont nés pendant l’ère nazie et en devinent les prémices d’une renaissance, ne souhaitent vraiment pas que nous, les Européens, retournions vers quelque dictature, fût-ce sous une forme édulcorée.

L’homme à abattre.

Donc, Orban l’icône, Orban l’exemplaire, Orban le héros, c’est d’abord, pour les gens que ne démange pas la tentation totalitaire, l’homme à abattre. Il y a certes dans la démarche admirative de M. Zemmour et de Mme Le Pen une forme exquise de provocation. Mais qui vivra verra. Et les ambitions que nourrissent ces deux autoritaires en fleur risquent fort d’être rapidement détruites par un vote sage et ferme des Français. Autre façon de dire que, dans les simagrées ultra-nationalistes, on sent un fort relent trumpiste. Dans ce cas, on leur rappellera que, si la démocratie  américaine s’est débarrassée de Trump, les Hongrois mécontents pourraient bien, un jour, bientôt, larguer cet encombrant personnage.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Orban, nouvelle référence

  1. Laurent Liscia dit :

    L’Europe est haïe avec la même ferveur par l’extreme-gauche et l’extrême-droite; deux excellentes raisons pour la défendre bec et ongles.

  2. Doriel Pebin dit :

    Dis moi qui sont tes amis et je te dirai qui tu es ! Le Pen est amie avec Poutine, Orban et Trump; Zemmour est ami avec (?) lui-même et peut-être Trump; la gauche de Mélenchon avec Castro et le pouvoir vénézuélien. Il ne leur reste plus qu’à être ami avec Xi Jinping et la boucle sera bouclée. Ces soi-disant souverainistes populistes ne seront que des vassaux, exactement comme Johnson avec les USA. C’est grotesque et tragique malheureusement pour notre pays. Espérons que la majorité silencieuse se mobilise réellement.

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