Le fiasco de la COP26

Alok Sharma
(Photo AFP)

La conférence sur le climat de Glasgow sur le climat s’est terminée par des résultats mitigés : si les participants ont identifié la cause principale du réchauffement climatique dans le recours aux énergies fossiles, ils ne sont pas parvenus à fixer la date butoir de cet usage.

ON NE RISQUAIT pas de s’y tromper : le président britannique de la réunion, Alok Sharma, a dit combien il était désolé et n’a pas réussi à contenir ses larmes. Le point principal de divergence entre nations riches et pauvres, c’est les énergies fossiles que les pauvres, s’ils ne reçoivent pas une aide massive des pays industrialisés, ne veulent éliminer que très progressivement. Or la crise du climat se joue dès aujourd’hui. L’objectif est simple et chiffré : il est vital de ne pas dépasser un réchauffement de 1,5 degré centigrade au cours du siècle pour éviter les grandes catastrophes qui nous attendent. La COP s’est séparée sans avoir conclu d’accord sur cet objectif.

Une « fatalité ».

Même avec un engagement planétaire sur les 1,5 degrés, une campagne permanente était indispensable pour empêcher les dérapages de telle ou telle nation. Il aurait fallu mettre au point une série de mesures de rappel pour obtenir le résultat recherché. Dans la configuration actuelle de l’accord (le mot « définitive » pour désigner l’élimination des énergies fossiles a été remplacé par « progressive »), le résultat est laissé au hasard. Ce qui hérisse à peu près tout le monde : les écologistes, les jeunes, les peuples des pays en voie de développement qui n’ont pas trouvé chez les plus riches un minimum d’entr’aide, et les peuples conscients du désastre vers lequel nous courons comme s’il s’agissait d’une fatalité à laquelle la volonté humaine ne saurait résister.

Même l’ambition n’est pas à la hauteur.

Compte tenu des effets déjà enregistrés au niveau des événements climatiques, incendies, inondations, zones tempérées transformées en zones tropicales, il aurait même été souhaitable d’adopter un objectif plus strict, par exemple pas de réchauffement du tout d’ici à 2050. La hauteur de l’exigence ne serait pas allée sans que le monde déployât des efforts sans précédent. Mais les principes, sinon les efforts physiques, sont partagés par la totalité des 198 nations qui ont participé à la COP26. Le constat fait l’objet d’un consensus, c’est l’intensité de la démarche qui fait peur. Or elle se résume à une dépense plus élevée que l’Europe, les États-Unis et la Chine auraient pu partager.

Priorité mondiale.

Certes, le coût financier de la dépollution  effraie les pays industrialisés, alors que le monde ne s’est pas encore relevé d’une crise sanitaire, qu’il n’a jamais été aussi endetté et qu’il n’a pas encore commencé à rembourser sa dette et réduit ses déficits budgétaires. On n’a pas affaire, ici, à une crise des égoïsmes nationaux. Pourtant, le réchauffement climatique est une priorité à la fois mondiale et urgente, car ce que nous ne faisons pas aujourd’hui est probablement perdu d’une manière définitive ; tant et si bien que les drogués aux énergies carbonées payeront encore plus cher la lenteur de leurs efforts et ceux des énergies renouvelables ne seront pas en mesure de bénéficier d’un objectif inaccessible.

Un fléau de taille biblique.

La crise du climat suffit pourtant à démontrer qu’il existe une seule planète pour toute l’humanité et que, si nous nous querellons à son sujet, nous serons tous perdants. Ce n’est pas au terme d’une guerre que nous empêcherons le réchauffement climatique, ce n’est pas non plus de cette manière que nous réduirons les inégalités : tous les peuples seront atteints mais les habitants des côtes souffriront plus que les autres. Le réchauffement n’est pas seulement un danger mortel, c’est aussi la preuve que nous devons nous unir au-delà des différences criantes qui nous rendent si différents les uns des autres. Le jour où le réchauffement deviendra totalement insupportable est celui où les différences idéologiques, ou les écarts entre les système de gouvernement ou simplement les traditions et religions si éloignées des unes des autres, deviendront secondaires, pour ne pas dire négligeables, face à un fléau de taille biblique.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le fiasco de la COP26

  1. Laurent Liscia dit :

    Les US sont les plus gros consommateurs de carburant par tête, donc c’est ici que les efforts doivent commencer. Hélas, une bonne moitié du pays n’est guère sensible à ce sujet, et même si le déni commence à faire place à une espèce d’acceptation bougonne, on ne progresse guère.
    Bref, on verra bien ce que l’avenir nous réserve, mais sur la foi de ce qu’on vit déja, ce ne sera rien de bon. Nos descendants, s’ils survivent, pourront nous décrire comme la generation la plus impotente de l’histoire.

    • Dominique S dit :

      Le problème ressemble à celui de la distribution d’un héritage à de nombreux héritiers ayant des droits différents. Certains, dont les parts sont faibles, trainent des pieds pour répondre aux sollicitations du notaire. Mais personne n’héritera tant que tout le monde n’aura pas répondu.

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