Le cas Djokovic

Djokovic en action
(Photo AFP)

L’Australie a expulsé de son territoire le numéro 1 du tennis mondial, Novak Djokovic, au motif qu’il n’est pas vacciné contre le Covid.

VIRTUOSE de la balle, Djokovitch n’est pas la seule victime de la décision des autorités australiennes, qui ont mis en colère les instances régissant le tennis international et une grande partie du public planétaire. Le numéro 1 voulait participer au premier des tournois du Grand Chelem et disposait d’une justification de vaccination qui, de toute évidence, n’a pas été retenue par les autorités sanitaires d’Australie. Soutenu par plusieurs avocats, le champion a tenté de faire valoir un statut personnel lié à son immense notoriété. Cette position est insoutenable en droit : Djokovic réclamait une sorte de privilège féodal.

Un message aux anti-vax.

Les dirigeants australiens, qui mènent contre le virus une bataille âpre et longue, ne s’en sont pas laissé conter. Au terme d’un examen juridique du problème, ils ont préféré se débarrasser du héros et ils l’ont expulsé à la veille du tournoi. Leur message sort du cadre du sport. Il offre un exemple de ce qui peut être fait contre les anti-vax dans n’importe quel pays ; il n’a pas été influencé par la stature exceptionnelle de Djokovic. Il s’adresse aussi, au moment où la France adopte le passe vaccinal, au monde entier : jamais les anti-vax ne seront considérés comme des exceptions respectables. Il en va de l’efficacité des campagnes de vaccination.

Une question de souveraineté.

Il y a eu de l’arrogance dans l’attitude de Novak Djokovic. Il est entré en Australie avec des documents insuffisants et peut-être frelatés. Il était assez optimiste pour croire qu’il échapperait à la législation australienne, à la façon de tous les anti-vax du monde, qui ne croient pas commettre un délit et ne croient pas en payer le prix. Le gouvernement australien, que les considérations financières du tennis n’ont pas empêché d’agir en toute indépendance, a fait comprendre au reste du monde qu’il est souverain chez lui. À défaut d’une vaccination, cette piqure de rappel sur l’indépendance australienne ne sera pas inutile.

Deux poids, deux mesures.

Elle est l’occasion, pour Canberra, de se souvenir qu’il ne faut pas faire aux autres ce que l’on ne souhaite pas pour soi-même. La France a beau jeu de rappeler à l’Australie qu’elle a agi grossièrement quand elle a rompu le contrat sur les sous-marins sans le dire au gouvernement français. Cette méthode alliait la lâcheté à la couardise, la trahison au cynisme. De sorte que le cas juridique soulevé par un seul homme, un autre qui croit avoir tous les droits et aucun devoir, s’étend directement à la géopolitique : les dirigeants australiens ne savent pas se mettre à la place de leurs interlocuteurs ou de leurs alliés. Ils ont la main très ferme quand on essaie de les circonvenir.Mais il n’étendent pas leur morale personnelle et les principes qui régissent leur démocratie aux autres États avec qui ils réalisent des transactions.

Djoko et la géopolitique.

C’est d’autant plus regrettable que sommes dans un monde où le chantage et la violence modifient les rapports de forces. Le souci des Australiens en toute circonstance, c’est leur sécurité, sanitaire ou extérieure. Ils ont nié la présence et la légitimité de ce la présence française dans l’Indo-Pacifique, quand ils ont changé de vendeur. Ils ont infiniment plus besoin de nous qu’ils ne le croient. Le cas Djokovic est exemplaire, mais sur le plan strictement moral. L’affaire des sous-marins concentre à elle seule tout ce que les alliés occidentaux ne doivent pas se faire.

RICHARD LISCIA

 

 

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One Response to Le cas Djokovic

  1. Laurent Liscia dit :

    Intéressant parallèle : l’Australie serait aussi coupable que Djokovic – et c’est vrai que dans l’affaire des sous-marins, mais aussi dans leur déni du changement de climat (malgré ces incendies sans précédent), les autorités australiennes ne suscitent guère l’admiration.
    Il n’en demeure pas moins que Djokovic meritait d’etre remis a sa place, et qu’il y faut parfois l’autorité souveraine d’un gouvernement et d’un peuple.

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