Une soudaine détente

Castex accorde un répit au peuple
(Photo AFP)

Le gouvernement semblait dépassé, il y a encore 48 heures, à cause du séjour de Jean-Michel Blanquer à Ibiza et des contraintes relatives à la pandémie. Tout à coup, les pouvoirs publics annoncent des mesures d’allègement du protocole des précautions qui, combinées à l’échec de la deuxième grève des enseignants, rendent un peu d’énergie à nos gouvernants.

ON NE JURERA pas que cette embellie un peu artificielle sur le front du Covid durera plusieurs semaines. Elle est ancrée dans la convergence des études sur Omicron : il est extrêmement contagieux, il n’entraîne pas de maladie grave et encore moins la mort. Objectivement coincé entre la crise sanitaire et l’usage électoral qu’en fait l’opposition, le gouvernement a deviné qu’il lui fallait lâcher du lest. Il l’a fait en établissant une chronologie de mesures qui, jusqu’à la mi-février, rendra aux Français un quotidien plus confortable. Abandon du masque en plein air (mais pas dans lieux fermés), abandon de la jauge dans les lieux publics, réouverture des boîtes de nuit, indemnisation des entreprises victimes d’une trop grande sévérité.

Une pandémie très politique.

Ce ne sont pas des décisions révolutionnaires, mais des actes mesurés et inspirés par les conseils des virologues. Inutile de préciser que tout est politique dans l’évolution de la pandémie, de la vaccination au passe vaccinal d’ores déjà mis en vigueur. Les mesures de M. Castex hier représentent le gant de velours, le passe est la main de fer. L’Élysée et Matignon cherchent un compromis fragile et probablement éphémère pour empêcher les révoltes les moins rationnelles, ce qui est la caractéristique des plus durables, avec un doigt sur le bouton stop si, d’aventure, un nouveau variant change la donne. Pour le moment, on a chiffré à quatorze millions le nombre de Français contaminés par Omicron, un chiffre qui donne le vertige : si, en plus d’être contagieux, Omicron avait été dangereux, vous pouvez imaginer le chaos qu’il aurait produit.

Gouverner, c’est prévoir ?

Et vous pouvez aussi mesurer l’ironie d’une situation où, comme cela a été fort bien expliqué sur les plateaux, le variant s’est tellement épuisé à trouver sa voie vers le cœur de la cellule qu’il ne parvient plus à la tuer. Bref, nous serions face à une sorte de vague grippale. Bien entendu, il vaut mieux être vacciné, surtout dans le cas des personnes âgées ou immuno-déprimées et, pour mieux faire la promotion du vaccin, on a levé d’autres contraintes. Cette politique vaut ce qu’elle vaut, mais qu’on ne me dise pas qu’elle résulte de la panique des pouvoirs publics ; non, elle provient de la difficulté du monde entier à suivre l’évolution de la pandémie. Si gouverner, c’est prévoir, la science empirique ne peut aider la décision politique qu’après avoir pris le temps d’analyser.

Macron en tête des sondages.

Si on s’intéresse encore à la campagne électorale, on s’apercevra que virus et variants ne pèsent d’aucune manière sur les choix politiques de l’opinion. Les enquêtes sont certes faillibles, mais elles convergent toutes et elles sont plus crédibles aujourd’hui, à trois mois du premier tour, qu’il y a six mois. Et que disent-elles ? Elles nous renvoient le même organigramme : Emmanuel Macron est en tête de tous les sondages au premier tour ; il distance Valérie Pécresse de quelque neuf points, tandis que Marine Le Pen est au coude-coude avec la candidate LR. Zemmour est à 14 %. Pas négligeable mais loin du compte et surtout sur une tendance baissière.

Le cas de la gauche.

Mélenchon arrive à 10 %, il est peu probable qu’il double son score d’ici au premier tour. Tous les autres sont éparpillés dans leurs clubs confidentiels, avec Jadot à 6 ou 7, Taubira à 6, Hidalgo à moins que 6. La gauche n’a jamais été aussi violente que depuis qu’elle sait qu’elle a déjà perdu, comme en témoigne l’algarade absurde à laquelle Yannick Jadot s’est livré contre Macron au Parlement de Strasbourg. Des millions de pages de discours censées être enregistrées pour la postérité mais qui seront balayées par le verdict des urnes. Ce n’est pas seulement triste, c’est tragique. La gauche s’est acharnée contre le pouvoir en place pendant tout ce temps, alors que sa seule mission ardente consiste à bloquer l’accès de l’extrême droite au pouvoir. Vous verrez bientôt qui fait le travail pour elle.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Une soudaine détente

  1. Sphynge dit :

    « Bloquer l’accès à l’extrême droite au pouvoir », sera d’autant plus facile à l’extrême gauche islamo-gauchiste et antisémite (LFI, Verts, Communistes, etc.), que l’extrême droite ne présente pas de candidat à cette élection : à droite, seuls des républicains conservateurs ont jusqu’ici annoncé des candidatures. De plus, sauf événement imprévu, Macron peut difficilement ne pas être réélu !

    Réponse
    Amalgame. Le Pen et Zemmour d’une part, Pécresse d’autre part, n’ont rien en commun.
    R. L.

    • Sphynge dit :

      Absolument, Pécresse ne fait pas partie de la droite conservatrice et républicaine. Elle est centriste ! Le « droitisme » actuellement affecté est démenti par toute son histoire politique. Nous ne nous amalgamons pas à la droite.

    • Num dit :

      « Bloquer l’accès à l’extrême droite au pouvoir », c’est devenu les seuls objectif et raison d’être de la gauche en France, qui n’a plus ni idées, ni projet. Raison de son actuelle désaffection et de sa prochaine disparition.

  2. Laurent Liscia dit :

    La gauche n’a pas compris en France, comme ailleurs, que son discours de plus en plus axé sur le politiquement correct ; la tolérance mal comprise; les « acquis sociaux » en dehors de tout contexte global; et la viabilité passée au crible de l’anti-capitalisme ne trouve pas d’échos dans la population. Et pourtant, il faut une gauche modérée forte pour ancrer la démocratie: cette énergie centriste s’est incarnée dans la mouvance Macron. Tout le monde prétend détester le centrisme, et pourtant, c’est là que les démocraties se gouvernent, par définition : par inclusion des opinions de tout bord.

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