Une après-guerre pénible pour nous

Kadyrov, complice de Poutine
(Photo AFP)

Nul ne sait comment finira la guerre d’Ukraine et il faut se garder des informations toxiques livrées par Ramzan Kadyrov, le président de la Tchétchénie, complice de Poutine, qui a annoncé un peu vite que ses soldats, parmi les plus féroces du monde, avaient conquis Marioupol. Mais les Européens doivent comprendre qu’ils passeront une année 2022 particulièrement difficile.

L’OBJECTIF numéro un sera de reconstruire l’Ukraine, pour autant qu’elle triomphe de l’agresseur russe, ce qui exigera des investissements très coûteux. Mais nous sommes affectés déjà par des pénuries de biens essentiels, notamment alimentaires et par des tâches compliquées, peu aisées à accomplir. Dans notre soutien ardent au président Volodomyr Zelensky, nous lui avons fait des promesses qu’il faudra tenir. La facture s’élève déjà à cent milliards d’euros, mais les combats se poursuivent. Ce qui veut dire que nous devrons, nous Français, participer au redressement de cette nation martyrisée.

Des exigences contradictoires.

Nous avons, à l’unanimité, demandé aux grandes entreprises installées sur le marché russe qu’elles s’en retirent, ce qui, certes, mettra au chômage nombre d’ouvriers et employés russes complètement innocents, mais changera aussi les plans de développement de ces firmes dont le bilan va se ressentir. Quelques grandes sociétés françaises ont exprimé leur mauvaise humeur. On ne peut donc pas dire qu’elles rejoignent avec enthousiasme le boycott de la Russie. Mais pour le consommateur, ce n’est pas le plus grave. Quelles que soient les dispositions prises pour alimenter notre pays en énergie, celle-ci sera plus chère et plus rare, ce qui obligera l’utilisateur à en acheter moins ou à diminuer d’autres postes budgétaires.

Au moins un point de moins de PIB.

Or l’inflation est déjà présente en France et, à cause d’elle, nous devrons réviser d’au moins un point en moins la progression de 4 % de la richesse nationale en 2022. Des projets sont en cours de négociation avec les États-Unis et les pays producteurs de pétrole au Moyen-Orient, mais ils vendront au prix du marché. Les Européens ont déjà fait une croix sur l’engagement de ne plus acheter de gaz russe. Ils se contenteront d’acheter son pétrole à Poutine, mais cela signifie que l’Europe, si indignée par les exactions de Moscou, va financer une bonne partie de sa guerre. La Russie a décidé de se faire payer en roubles, ce qui oblige tout importateur à acheter des dollars et des euros et à les convertir en roubles. Cela stabilisera la monnaie russe, alors que nous étions décidés à la faire plonger dans les marchés des changes.

Si Poutine s’adressait ailleurs…

Et ces quelques éléments racontent le meilleur scénario possible, celui d’une guerre littéralement gagnée par les Ukrainiens. Ils peuvent aussi la perdre et, dans ce cas, la tension sera telle entre la Russie et l’Occident que l’on peut craindre un geste de Poutine qui entraînerait une riposte occidentale violente. On ne sera pas loin d’un conflit nucléaire. Ce scénario est noir : il est préférable, pour le moment, de ne pas en imaginer la traduction sur le terrain. Il faut examiner le comportement et les propos de Vladimir Poutine pour comprendre que ses revers l’ont déchaîné, un peu comme s’il n’avait rien à perdre et que les Occidentaux étaient terrorisés par le manque d’énergie. Il est vrai pourtant que, plus la conquête est longue et meurtrière,  et plus il invente de nouvelles formes d’attaques contre l’Ukraine.  Enfin, s’il trouve d’autres acheteurs, il ne reviendra plus sur le marché européen.

Notre inconfort n’aura aucun rapport avec la dévastation de l’Ukraine et les décennies de labeur qui seront nécessaires pour la reconstruire. Mais la dernière grande crise énergétique remonte à 1973, quand les prix du pétrole ont été multipliés par quatre par les pays producteurs. Ceux qui ont vécu cette époque se rappellent les files d’attente de plusieurs heures devant les stations-services. Malgré ce précédent, nous serons néanmoins désagréablement surpris parce que les raisons de ce chamboulement géopolitique sont obscures et anachroniques. Poutine seul en est responsable.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Une après-guerre pénible pour nous

  1. Sphynge dit :

     » Poutine seul en est responsable », ou au moins coupable, ce qui est déjà beaucoup. L’Histoire fera la part des responsabilités, où les Américains et leurs affidés auront, peut-on le penser aujourd’hui, une part prépondérante. Même s’il est vrai que l’Histoire de toutes les Russies, ne les a pas attendu pour être cruelle : Poutine s’inscrit dans cette longue lignée. Le respect des engagements pris par les USA et l’OTAN, et une réponse des Européens favorable à la demande de la Russie d’entrer dans l’UE aurait peut-être permis d’éviter ce massacre ?…

    Réponse
    Une entrée de la Russie dans l’UE ? Vous êtes sérieux ? Ou bien vous vous moquez de ceux qui vous lisent ? Poutine est responsable, coupable de ce massacre. On en a marre des « explications » qui n’ont pour but que de le dédouaner. C’est un monstre. Dites-le. Ne vous cachez pas dans les mots et dans l’histoire.
    R. L.

    • Michel de Guibert dit :

      Il me semble que l’on peut pointer d’autres responsabilités sans pour autant exonérer Poutine de sa responsabilité dans l’agression contre l’Ukraine.
      Il n’est pas faux de rappeler que l’on n’a pas su intégrer la Russie dans le concert des nations européennes dans les années 90 lors de la chute du communisme et de l’URSS, et cela c’était avant Poutine.

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