Le Pen au pouvoir ?

Consacrée par Zemmour
(Photo AFP)

La gravité des effets de la guerre en Ukraine ne nous empêche pas de mesurer celle d’un éventuel succès de Marine Le Pen au second tour. Selon les sondages, Emmanuel Macron l’emporte mais avec un écart qui rejoint la marge d’erreur.

LE PRÉSIDENT sortant continue de conduire le bal en tête de tous les concurrents, à 28 % et même à 26 %, ce dont il est  chichement crédité par une enquête parue hier soir. Mme Le Pen se situe à 21 %. Au second tour, le président candidat l’emporterait par 53/47. Un rapport aussi étroit peut être inversé par la candidate du Rassemblement national. Ce qui signifie que, pendant cinq ans, Mme Le Pen gouvernerait la France avec des méthodes annoncées et bien comprises dont les conséquences seraient irréversibles.

Campagne négligée.

On ne peut pas applaudir les sondages quand ils sont favorables à un camp et les dénoncer quand ils lui sont défavorables. On voit bien ce qui peut expliquer ce mouvement du balancier depuis une dizaine de jours : le président, tout occupé qu’il était par la guerre en Ukraine,  a négligé sa campagne. Peut-être son beau discours prononcé à samedi dernier à Nanterre lui offrira-t-il quelques points supplémentaires, mais le chef de l’État n’a pas prévu d’autre meeting comparable. À six jours du premier tour, il a toutes les raisons de croire que le résultat sera conforme aux prévisions.

LR et PS bien rétribués.

Pourtant, l’analyse de M. Macron était juste : les deux grands partis de gouvernement, LR et le PS, vont plonger cette année dans un  désarroi qui exige de grandes réformes internes. Le choix d’Anne Hidalgo pour le PS et de Valérie Pécresse pour LR n’était sans doute pas le bon. La campagne des deux partis, entièrement dirigée contre le pouvoir et étrangement discrète quand il s’agissait des deux extrêmes droites a permis à celles-ci de s’épanouir. Bien sûr, affaiblir les extrêmes, c’est offrir un boulevard à la République en marche. C’est donc Macron que l’on a affaibli, au point que, aujourd’hui, on songe sérieusement à une victoire de Marine Le Pen. On ne voit pas quel bénéfice le PS et LR en retireraient. Ils seraient aussitôt placés en marge du paysage politique et condamnés à panser leurs propres plaies, ce que les élections législatives ne vont pas favoriser. Ils auraient été mieux inspirés de se rapprocher de la REM.

Les déçus de la droite et de la gauche.

La perspective d’une victoire de Le Pen devrait conduire l’électorat de la droite modérée, du centre et de la gauche modérée à voter massivement pour Macron. Éric Zemmour ayant parachevé la « dé-diabolisation » du RN, elle continuera cependant à attirer les déçus du socialisme et de la droite filloniste. Ce n’était donc ni une question de programme, ni une question de charisme, ni une question sur les principes constitutionnels qui nous régissent. C’était une question d’émotion : LR continue à croire qu’il est le seul représentant de la droite et même des droites au moment  où elles s’éparpillent entre divers courants extrémistes, et les socialistes se sont en quelque sorte habitués, avec le temps, à ne plus être un parti de gouvernement.

Le bilan des femmes.

Le tableau général est très négatif : Zemmour aura seulement servi à renforcer Marine Le Pen ; la gauche a été incapable de se réunir, la candidature-éclair de Christiane Taubira étant apparue comme une manœuvre dictée à la fois par le désespoir et par le machiavélisme ; Valérie Pécresse, charmante et décidée, a totalement manqué de pouvoir de persuasion. Le bilan des femmes candidates, qui aurait pu contenir un espoir, est plus que médiocre. Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ont semblé jouer leur rôle au lieu d’incarner une vision pour l’avenir. Nathalie Artaud n’a même pas cherché à se renouveler. Mme Taubira nous a tenu des propos sur les inégalités alors qu’elle se livrait à une manipulation.

Consécration de l’incompétence.

Seule Marine Le Pen a tiré son épingle du jeu. Et la voici aujourd’hui aux marches du pouvoir, avec un programme dont elle a raboté les arêtes mais qui reste strictement sécuritaire et migratoire, étant entendu que, malgré des efforts laborieux, elle sera nulle en économie et en matière financière. À ce jour, elle n’a jamais compris que les menaces qui pèsent sur notre société ne sont pas le fait de Macron, mais du réchauffement climatique, de l’hystérie des réseaux sociaux, et d’une forme stupide de la démocratie qui fait croire à qui le souhaite qu’il est compétent dans tous les domaines. Il faut être naïf pour imaginer que Marine gouvernerait d’une manière classique ou apaisée. D’abord elle nous aura tous privés d’une partie de nos libertés et de notre libre-arbitre ; ensuite, sa méfiance à l’égard de l’Europe nous vaudra des conflits coûteux avec nos partenaires de l’UE.

Ceux d’entre nous qui éclairent leur chemin à la lumière des valeurs républicaines continueront de la combattre par tous les moyens dont ils disposeront. On peut craindre toutefois que l’ombre du totalitarisme ne s’étende peu à peu sur notre territoire. Une victoire du lepénisme serait probablement irréversible.

RICHARD LISCIA

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6 Responses to Le Pen au pouvoir ?

  1. Sphynge dit :

    Une victoire de MLP irréversible ? D’abord, elle ne peut être élue, même si le système tente de faire peur aux électeurs qui sont de moins en moins dupes de la vieille manœuvre. Mais si elle l’était quand même, l’irréversibilité ne durerait pas longtemps, ne serait-ce que parce que les perdants avec tout leur attirail médiatique, syndical, juridique, administratif, politique, la rue, etc. l’empêcheraient de gouverner. Et surtout parce que aujourd’hui, elle est sûrement plus démocrate que l’oligarchie en place. Elle ne sera donc très probablement pas élue, Zemmour non plus évidemment, les vrais problèmes du pays ne seront pas résolus et la dégringolade (identité, sécurité, immigration, école, wokisme, santé, colonisation américaine et Otan, etc.) continuera tandis qu’on continuera à amuser la galerie avec les sujets intemporels, petitement techniques et jamais résolus (type pouvoir d’achat, retraite, Europe, etc.). Et subrepticement, à faire passer toutes les « réformes sociétales » en vue.

    Réponse
    Vous vous sentez colonisé par les Américains ? Essayez donc l’Ukraine et donnez m’en des nouvelles.
    R. L.

  2. JMB dit :

    <>
    <>
    Eric Hoffer, philosophe états-unien, « Le Vrai Croyant »

  3. mathieu dit :

    Malgré toutes les tentatives de rediabolisation de Mme Le Pen, je la vois mal instaurer en France un régime « extrémiste », une dictature policière ou militaire! c’est d’ailleurs le renoncement – de guerre lasse, ou accès de lucidité? – qui l’a fait renoncer à tous ses vieux thèmes de « remigration » (d’où la génération « compensatrice » du mouvement zemmourien). Quant à sa nullité en matière économique (probable), un niveau de compétence à peu près identique sur le sujet n’a pas empêché deux présidents (Mitterrand et Chirac) de gouverner la France 26 années durant!
    Et si la prétendante n’a ni l’envergure, ni le savoir, ni la sagesse, ni le charisme, ni sûrement le machiavélisme parfois indispensable à la fonction, dès son accession au pouvoir, nul doute que bien des talents – réels – proposeraient, « dans l’honneur », leurs services à la nouvelle élue…sans renoncer, bien sûr, à aucune de leurs convictions profondes !
    Mais, soyons rassurés, ses chances de « croquer » le candidat Macron dans un débat de plus de 2 heures sont quand même assez minces ! Et restons aussi lucides: voilà que maintenant, selon le dernier sondage, 47% des français sont maintenant près de penser, à tort ou à raison, que l’immigration n’est plus la « chance historique et fondatrice de l’avenir de la France »!

    Réponse
    Il est certain que par une analyse aussi emberlificotée, vous ne contribuez guère à la défaite de Le Pen. C’est exactement comme si Le Pen et Macron se valaient. Mitterrand faisait l’économie de la gauche, moins on travaille et mieux on se porte. Chirac était bien plus doué que vous ne dites. Et croyez-vous vraiment que des talents se proposeraient à la nouvelle élue ? Son gouvernement est déjà fait. Il n’y a qu’un moyen d’écarter la bête immonde: voter intelligemment.
    R. L.

  4. mathieu dit :

    Certes, un boulevard de compétence sépare Macron de Le Pen, mais la démagogie de l’une peut faire du tort à l’honnêteté intellectuelle de l’autre…

  5. JMB dit :

    Arte, chaîne franco-allemande, a donné un aperçu de la campagne électorale législative de septembre en Allemagne. Les élections ont abouti à un compromis, qui n’est pas une compromission, pour gouverner entre SPD, Verts, libéraux. Le parti d’extrême-droite AfD a perdu un million d’électeurs.
    La comparaison des campagnes électorales allemandes et française n’est pas en faveur de celle de la France.
    « Moins un  homme est fondé à proclamer l’excellence de sa propre personne, plus il est prêt à exalter la supériorité de son pays, de sa religion, de sa race ou de la cause sacrée qu’il défend ».
    Eric Hoffer. (homme ne désigne pas un genre mais un élément de l’humanité).

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