Le pays en danger

Une image rare
(Photo AFP)

La guerre en Ukraine retient toute notre attention, mais la France ne saurait contribuer à un quelconque processus de paix si elle n’est pas gouvernée par un président fort et raisonnable. Avant toute chose, il faut maintenant confier le pouvoir non pas à une aventurière, mais à un homme expérimenté qui a déjà fait ses preuves en diplomatie.

EMMANUEL Macron a fait l’objet des attaques politiques les plus sévères, et cependant elles ne l’ont jamais mis en minorité. C’est seulement depuis dix jours que l’une de ses opposantes, Marine Le Pen, a fait des bonds substantiels dans les intentions de vote. Le président sortant conserve sa domination des sondages, mais il ne contrôle plus leur évolution, l’écart entre lui et Mme Le Pen au premier tour étant désormais insuffisant, à quatre jours du premier tour. Il n’y a aucune raison de contester ce nouvel alignement des candidats. Il n’empêche que la robustesse électorale de la cheffe du Rassemblement national approche du point de bascule qui lui permet non seulement de figurer au second tour, mais de l’emporter.

Ce que Marine ferait.

Dans l’électorat qui critique Macron et refuse de garder un bon souvenir de sa gouvernance, il y a énormément de votants qui, en aucun cas, ne choisiraient Marine Le Pen. Avant d’exprimer leur suffrage à la manière de Gribouille, il est souhaitable qu’ils réfléchissent aux conséquences de leur geste. Contrairement à la légende que Mme Le Pen s’est forgée, avec la fameuse dé-diabolisation et son adhésion apparente à l’Europe, à l’euro et à la Vè République, elle n’entrerait à l’Élysée que pour remettre en cause le socle institutionnel de la République. À la résolution des problèmes économiques et plus particulièrement du pouvoir d’achat qui désespère les Français, elle n’apporterait que son incompétence ou des solutions capables d’enfoncer le pays dans plus de dette et plus de chaos. Elle serait observée avec méfiance par nos partenaires européens. Elle continuera à flatter le monstre du Kremlin, elle nouera des alliances contre nature avec le Hongrois Viktor Orban, qui vient d’être réélu, et tout ce qui traîne dans la galaxie de l’extrême droite.

La vraie question.

M. Macron a décidé, mais un peu tard, de la combattre par le verbe. Bien qu’elle se soit préparée au débat d’entre les deux tours, il saura démonter ses arguments artificiels, sa vision mythologique et, surtout, l’ordre qu’elle veut instaurer en France en s’éloignant des principes démocratiques sur lesquels il est établi. Macron n’est pas forcément la panacée. Il n’a pas toujours la manière et le fait même qu’il aborde en position de faiblesse ces élections qui, il y a quinze jours, annonçaient sa victoire,  peut lui être reproché. La question ne porte donc pas sur le talent personnel du président candidat et de savoir s’il est aimable ou haïssable, et pas davantage sur sa victoire ou sa défaite. La question porte sur le sort du pays livrée à une extrémiste de droite.

Pas pour ses beaux yeux.

J’ouvrirai ici une parenthèse : la droite classique a réuni tous les moyens possibles et imaginables pour abattre le président. Elle est sur le point d’arriver à ses fins. Mais sa candidate, Valérie Pécresse,  qui serait une présidente parfaitement acceptable, n’a aucune chance et tout ce que LR aura fait, c’est d’offrir le pouvoir à Marine Le Pen. Rien de nouveau sous le soleil. En 2017, LR a refusé de donner une consigne de vote, perdant déjà et du même coup toute sa vertu démocratique. On verra comment elle se comportera au terme du premier tour quand Mme Pécresse aura été lessivée. On verra si LR se croit encore capable de rependre au RN les électeurs qui ont rejoint l’extrême droite. On verra si la référence à Fillon a encore la moindre signification. Ce n’est pas un hasard si les Muselier, les Estrosi, les Falco et les Woerth se sont prononcés en faveur du chef de l’État. Ils ne l’ont pas fait pour ses beaux yeux, mais parce qu’ils le considèrent comme l’héritier naturel de l’histoire de France, alors que Mme Le Pen en serait l’usurpatrice.

Gouverner par le mensonge.

Ukraine, environnement, pouvoir d’achat, inégalités, la tâche est indescriptible. Quand on a sollicité le pouvoir par de multiples mensonges, on gouverne par le mensonge, on ne règle aucun problème, on ne réalise aucune réforme, on laisse en outre, et c’est le plus grave, l’intolérance se développer à la faveur des crise de la sécurité et de l’immigration.  On m’écrit souvent des commentaires qui ont peut-être le défaut de confondre le contingent avec l’essentiel. Nous avons besoin d’un pouvoir fort doté d’une expérience et d’une analyse, nous n’avons pas besoin d’une autre mésaventure. Dans la marche du monde, tout est mésaventure.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le pays en danger

  1. Dominique S dit :

    Après avoir écouté France Info ce matin, je suis un peu rassuré. De jeunes citoyens, pas très habitués à voter, ont décidé de le faire pour éliminer Marine Le Pen. Le « tout sauf Macron » a donc du plomb dans l’aile. Et le qualitatif de citoyen me parait bien adapté, pour des gens qui ont parfaitement compris la logique d’un deuxième tour.

  2. mathieu dit :

    Le « lynchage » du président en place est un sport convenu, habituel, « de bonne guerre », faute de mieux… quand on n’a à proposer que strictement le même programme! (pour Valérie Pécresse en tous cas). Nul n’est dupe du caractère totalement artificiel de cet « anti-macronisme » de façade, surtout pas l’électorat traditionnel de centre-droit républicain (ex courant Juppé, majoritaire) qui a été – presque- entièrement siphonné par Macron depuis 5 ans. Seule une personnalité charismatique hors-norme aurait pu, à droite, « re-siphonner » ce large électorat modéré, libéral, « raisonnable »… sans certitude d’y parvenir, tant l’action internationale actuelle du président et sa pugnacité à toute épreuve l’ont placé sur un piédestal quasi inaccessible à d’autres!
    PS. Plus que la « brave » Marine et ses chatons, la République me paraîtrait bien plus en danger à la botte d’un Mélenchon, rétrograde, populiste, idéaliste, déconnecté des réalités économiques, et fondateur utopiste d’une 6ème (et totalement irréaliste et démagogique) République!

    Réponse
    Vous n’avez pas bien compris ce que Marine Le Pen a dit : elle aussi, par ses « réformes » aspire à la VIe République. Et puis la grande différence entre Mélenchon et Marine, c’est qu’il n’a aucune chance. Même s’il passait le premier tour, il serait écrasé au second. Ce qui n’est pas le cas de MLP.Je ne crois pas que l’on puisse relativiser le danger que Le Pen représente, c’est même suicidaire.
    R. L.

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