C’est Macron

Un triomphe
(Photo AFP)

Emmanuel Macron l’a emporté par 58,54 % des voix contre Marine Le Pen, à 41,46. L’abstention atteint le taux record de 28 %.

IL FAUT d’abord s’interroger sur le score du second tour. Il exprime une victoire nette de M. Macron et donc une déroute de Mme Le Pen. Il confirme le rôle du président de la République comme rempart contre l’ascension de l’extrême droite. Il déjoue les sondages d’opinion, qui ont vu la percée de Macron sans évaluer la distance enter les deux scores. Il impose d’emblée la légitimité passée et à venir du vainqueur. Il semble qu’il ne rencontrera pas de difficulté majeure dans la recherche d’une majorité présidentielle. Il ridiculise les commentaires exprimés à gauche et à droite le soir même de la réélection et qui se contentaient de poursuivre la même analyse, à savoir que Macron avait cherché et obtenu une confrontation avec Marine Le Pen car il avait la certitude de la battre. Les Français ayant depuis longtemps refusé la configuration du second tour en 2022, certains en concluent que le duel avec Mme Le Pen est le simple produit des manoeuvres politiciennes du chef de l’État.

Le gagnant est vilipendé.

C’est faux. Le premier quinquennat de Macron n’aura été qu’une succession de crises censées balayer le pouvoir ; le peuple, aiguillonné par les syndicats et les partis, a tenté, mais en vain, de sanctionner les réformes engagées par le président de la République ; la crise des gilets jaunes, symptôme d’un malaise profond des classes moyenne et pauvre, a été jugulée ; le Covid a été, au total, bien géré ; la crise économique et sociale a été amortie par le « quoi qu’il en coûte ». C’est à l’aune de ces succès qu’il faut évaluer la performance électorale du président et non pas dans l’absolu, comme s’il était naturel qu’il l’emporte contre ses ennemis. Au lieu de quoi, on n’a cessé, pendant toute la nuit, de présenter la victoire de Macron comme une défaite, les uns parlant de destitution (Ségolène Royal), d’autres (Adrien Quatennens, LFI) rappelant le nombre de gilets jaunes qui ont été éborgnés ou ont perdu une main, comme si la violence ne venait jamais  que d’un seul camp. La colère, l’aversion et le ressentiment contenus dans ces critiques ne peuvent pas tenir lieu de scrutin. M. Macron dispose d’un camp vaste, où se soutient une nombre impressionnant de jeunes et qui va lui donner une majorité.

L’ascension des Insoumis.

L’exploit de Macron, l’homme a qui on a reproché de ne pas faire campagne, comme s’il y était tenu, ou comme si cela le rendait éligible à l’aveugle parce que, bien sûr, personne en France ne sait qui il est, est donc indéniable et il mérite d’être salué sans réserves. Ce qui ne veut pas dire que la totalité de cet épisode électoral ne se soit pas déroulée dans un chaudron : non seulement Marine Le Pen continue à représenter un danger, mais la France insoumise s’est imposée comme le premier parti de la gauche. Jean-Luc Mélenchon, dans une sorte de naïveté cynique, estime que cela l’autorise à demander aux Français de « l’élire président ». Mélenchon parle d’union populaire. Il s’adresse ainsi au PS et à EELV qui n’ont pas encore commencé à panser leurs plaies et ne représentent plus aujourd’hui les deux partis bien implantés et capables de grossir les rangs d’une opposition. Quant à savoir si Mélenchon est compatible avec Fabien Roussel (PCF), Yannick Jadot et Anne Hidalgo, c’est une autre affaire dont il goûtera les délices dans quelques semaines, sans doute pour avaler une fois de plus quelques couleuvres.

Un plébiscite.

La réélection d’Emmanuel Macron a été saluée dans le monde entier ; elle a été reconnue comme le meilleur remède contre les fractures et les divisions de la société française ; elle a rassuré l’Europe et enthousiasmé les Allemands. Les partis de l’opposition peuvent continuer à l’envi d’accabler d’injures le chef de l’État-bis : la vérité est qu’il est plébiscité par le monde. Il sait néanmoins -et il l’a reconnu dans son discours d’hier soir- qu’il est appelé à changer sa politique générale en profondeur, en tenant compte des aspirations de ceux qui n’ont pas voté pour lui et qu’il doit satisfaire, au moins partiellement, non seulement parce qu’on ne vit pas heureux dans un creuset en fusion mais parce que les Français ont besoin de plus d’égalité.

Le roi du rebond.

Mais il n’est pas inutile de rappeler les éléments suivants : c’est Macron qui a gagné ce scrutin et il est logique qu’il dispose bientôt d’une majorité présidentielle, la plus forte possible si l’on veut qu’il poursuive ses réformes jusqu’au point où les extrêmes commenceront à perdre une partie de leurs adhérents ; les espoirs de coalition à droite ou à gauche sont à la mesure de l’espoir de Marine Le Pen au second tour : voués à l’échec ; les Français doivent prendre conscience que les grèves interminables, les saccages de mobilier public, la violence des black blocs ne sont plus tolérables. À ceux qui continuent à dire qu’il faut changer de système et de constitution, on répondra que le partisan le plus ardent du changement, c’est Emmanuel Macron. Que sa légitimité est indiscutable ; qu’il est reconnu partout comme un réformateur et que l’accabler d’injures soir et matin est totalement vain. Jamais homme d’État n’a subi autant d’invectives, jamais, sphinx né de ses cendres, il n’a su aussi bien rebondir.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to C’est Macron

  1. Laurent Liscia dit :

    Soulagement intense, et esperons que les mauvaises têtes sachent se contenir dans les mois qui viennent.

  2. Jean Vilanova dit :

    C’est une belle victoire pour Emmanuel Macron. Et, sans surprise, je reste consterné par le comportement et les propos irresponsables de ses opposants extrémistes. L’une parle d’une « victoire éclatante » de son camp. Je me pince. L’autre, tout aussi inquiétant, non pas tribun comme on le présente trop souvent mais juste autocrate vociférateur ne cesse de mettre en cause les institutions et veut se faire élire Premier ministre dans le cadre d’un « troisième tour de la présidentielle. » Je ne ferai qu’un reproche à M. Macron, celui d’avoir largement contribué à exploser ses oppositions démocratiques, de droite comme de gauche ; mais aidé, il est vrai, par la médiocrité des leaders et représentants de telles oppositions.

    • Michel de Guibert dit :

      Votre reproche à M. Macron n’est pas sans valeur (aidé il est vrai comme vous le soulignez par la médiocrité des leaders et représentants des oppositions).
      En effet, l’absence d’opposition autre que celle des extrêmes, de droite ou de gauche, ne laisse pas de place au débat démocratique en dehors de la majorité.

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