Le Front commun du pauvre

Un brin de causette à l’Assemblée
(Photo AFP)

EELV a signé un accord avec LFI dans la nuit de dimanche à lundi, dans le cadre de la l’Union populaire. Le PCF et le PS se tâtent, malgré de nombreuses mises en garde formulées par les caciques du parti socialiste.

BIEN ENTENDU, il ne s’agit pas seulement de savoir comment les circonscriptions seront réparties entre les partis de gauche. Il s’agit de l’orientation que Jean-Luc Mélenchon s’apprête à donner à la totalité de la gauche, qu’il s’agisse de l’Union européenne, de l’attitude à l’égard de Poutine, des institutions ou encore de l’OTAN. EELV est tombé dans le piège tendu par LFI parce que Yannick Jadot a accompli une faible performance à la présidentielle. Et pour le PS, c’est pire encore quand on songe qu’Anne Hidalgo n’a réuni que 1,7 % des suffrages. Mais il ne s’agit plus du Front commun de François Mitterrand. Il s’agit du concours que trois partis au parcours historique vont apporter à un  quatrième qui, fort de ses bons résultats, va les gauchiser sous sa houlette.

Mélenchon plus acceptable que Macron ?

Rien, sinon une forme de panique ou peut-être une sorte d’anesthésie post-24 avril n’obligeait Olivier Faure, chef du PS, à ouvrir les bras à Mélenchon. Il le fait parce que Macron lui paraît encore moins tolérable. Et pourtant, il y a plus de points communs entre la social-démocratie et Macron qu’entre LFI et le PS. De sorte que celui-ci s’engage, malgré les mises en  demeure et les ultimatums de François Hollande et de plusieurs caciques du parti, dans une expérience totalement inattendue sans que les socialistes soient consultés. L’affaire est grave. Elle survient alors que les perdants de la présidentielle raidissent leurs discours et leurs actes. Elle se produit au moment où, par un extraordinaire retournement de la logique, la gauche à son tour considère Macron comme illégitime, à la manière d’un vulgaire parti d’extrême droite.

Une illusion.

L’accord du PS s’il a lieu, ajouté au geste des écologistes qui met M. Jadot en minorité, est d’autant plus bizarre qu’il accompagne une vue de l’esprit, une illusion, un espoir qui ne sera pas exaucé. La gauche est structurellement minoritaire dans le pays. Elle n’obtiendra pas la majorité absolue et M. Mélenchon ne sera pas nommé Premier ministre, ce à quoi la Constitution n’oblige pas le président, qui peut choisir une autre personne dans la majorité. Fallait-il jeter aux orties tous les principes de la social-démocratie pour soutenir la stratégie d’un tiers qui n’a pas ménagé le PS depuis qu’il l’a quitté et dont il ne faut pas oublier l’énorme ambition personnelle ? Les socialistes, les Verts et les communistes sont-ils les supplétifs de LFI ? Le PS aura-t-il le cœur de voter le Frexit, la VIe République et la sortie de l’OTAN  au moment où la sécurité des Européens est menacée publiquement pas Poutine ?

Le courage de dire non.

LE PS risque de sombrer brutalement, mais pour un temps très court, juste assez de temps pour se déshonorer, avant que les élections législatives remettent en place le vrai paysage de la politique française. À quoi auront servi ces périlleuses palinodies quand Macron aura obtenu sa majorité à la Chambre ? Pourquoi prendre un risque dont les effets seront durables (la scission du PS) et la nécessité nulle ? La vérité est que les socialistes marchandent des sièges à l’Assemblée en vendant leur âme au diable. Ils changent de philosophie pour ne pas sombrer corps et âmes. Non seulement l’accord avec LFI ne tiendra pas, mais l’Union populaire sera renvoyée à ses divisions quand une coalition gouvernementale adoptera des réformes. Alors, pourquoi y aller ? Il manque tout à coup à Olivier Faure le vrai courage : celui de dire non.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Le Front commun du pauvre

  1. Doriel Pebin dit :

    Merci pour ce réaliste état des lieux. LFI et Mélenchon se comportent comme des imposteurs et des trumpiens avec leur post-vérité. Ils auraient gagné les élections (?), Macron les aurait perdues (?) et la gauche serait majoritaire dans le pays (?). Triple mensonge et vraie désinformation dans la lignée d’autocrates. La gauche non radicale existe probablement encore et doit urgemment se réveiller en bannissant les vieilles lunes de la gauche radicale qui n’a amené historiquement que des malheurs.
    Il faut faire connaître tout le programme de LFI. Veut-on réellement sortir de l’Europe et de l’Otan pour se rapprocher de Poutine, le copain de Mélenchon jusqu’il y a peu ? De la rationalité et de la vérité que diable !

  2. Lébeaupin dit :

    Votre article semble idéaliser un parti socialiste social-démocrate, représentatif des travailleurs, défenseur d’un service public avec une ambition d’universalisme. Or, selon moi, ce parti n’existe plus en 40 ans de pouvoir partagé ou solitaire, ce parti a accepté toutes les compromissions, a renoncé depuis longtemps à l’universalisme, à la défense des services publics, de l’éducation, de la santé, et aux idéaux que valorisait l’électorat, pour se restreindre à défendre les minorités, les réformes sociétales pour se reconnaître de gauche, tout en épousant l’économie libérale, que souhaitait sans doute la population, les cadres prenant la grosse tête, appliquant le libéralisme dans la structure, renonçant à toute discipline de parti permettant ainsi à une majorité de peu de talent et peu de culture de se bombarder présidentiable. Le résultat est la claque du 21 avril 2002, puis le 1,7 % de Mme HIDALGO après une lamentable primaire populaire. Le problème est que le parti n’existe plus, il a vieilli, abandonné son cap, explosé en micro-nébuleuses, et ne peut ainsi plus drainer de militants, n’exprime plus d’idées, se traîne dans la démagogie, doublement de salaire des prof après avoir laminé l’institution dans la foulée des libéraux. Ce n’est pas aujourd’hui que le parti jette aux orties les principes de la social-démocratie, il s’est assis sur ses principes depuis trente neuf ans, il n’a pas non plus perçu la nécessité de répondre à la demande écologique, après avoir positionné ses cadres dans les grandes entreprises à l’OMC ou au FMI, et a aussi généré ses propres frondeurs. En revanche, Jean-Luc Mélenchon a exprimé sa critique à l’égard des travers du PS au pouvoir, a renoncé à un poste de sénateur PS, a bâti un rassemblement qui motive des militants qui vont au contact de la population, le mouvement théorise les actions politiques à mener, ce mouvement est vivant, c’est ce qui manque au PS.

    Réponse
    Je n’idéalise personne.
    R. L.

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