USA : Trumpisme toujours vivant

Les hommes ne sont jamais enceintes
(Photo AFP)©

Le site Politico, en général bien informé, a révélé lundi que la Cour suprême avait rédigé un document prévoyant l’abolition du droit des femmes à avorter. Tollé général aux États-Unis où le président Joe Biden a décidé de défendre la cause des femmes et de s’opposer par tous les moyens de pression à la Cour suprême.

JOE BIDEN a pris l’affaire très au sérieux. Il estime que la Cour, composée de neuf  juges (justices), a réellement l’intention d’abolir l’interruption volontaire  de grossesse et qu’elle pourrait s’attaquer à plusieurs domaines, comme la PMA et le statut LGBT, où les libertés ont progressé ; et le président des États-Unis, qui n’a jamais été vraiment partisan de l’avortement, se présente aujourd’hui comme le défenseur numéro un des féministes. L’indignation de la plupart des Américaines, associée au scandale provoqué par la révélation, lui offre une occasion électorale inespérée pour les élections législatives de mi-mandat, qui renouvellent notamment la totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, et ne se présentent pas bien pour le président, malgré un chômage redevenu résiduel, une forte croissance et un soutien, parfois risqué, à l’Ukraine, qui a fait de lui un combattant.

Déception.

Cependant, M. Biden a déçu son électorat. S’il a réussi à remplacer un membre de la Cour suprême qui a pris sa retraite par une femme noire et progressiste, il n’a pas changé l’équilibre des forces au sein de la Cour : six conservateurs contre trois démocrates. Donald Trump a placé la totalité du parti républicain sous son autorité et gare à celui qui souhaiterait le contester. L’inflation, considérée comme éphémère, et tout cas provisoire, n’a pas faibli. Le réseau de Trump s’est agrandi et il entend bien se présenter en 2024.

Aux États-Unis, la majorité démocrate au Congrès triomphait dans les deux décennies qui ont suivi l’affaire Roe versus Wade, en 1973. L’assassinat de John  Kennedy en novembre 1963 n’a pas empêché son successeur Lyndon Johnson d’appliquer à la lettre et à grands frais les mesures capables de donner aux Noirs les libertés dont ils étaient privés dans le Sud profond, lequel, par réaction, est passé massivement dans le camp des Républicains. Si bien que les démocrates ont perdu leur fief, cette région américaine où le sort des Noirs continue de poser question.

Le seul espoir.

Il ne fait aucun doute que Joe Biden représente pour les minorités le seul espoir politique qu’ils soient en mesure de nourrir. Pourtant, c’est rarement au Sénat ou à la Chambre que l’on trouve des majorités progressistes. Chaque fois qu’un pas a été franchi en faveur d’une minorité, c’est grâce à la Cour suprême, l’ultime tribunal, comme son nom l’indique, dont les décisions ont façonné la société américaine depuis au moins un siècle. Un justice est nommé par le président et avalisé par le Sénat. Trump a donc nommé des juges à son image, alors que Biden n’a eu l’occasion de désigner qu’une juge, qui remplaçait un démocrate par une démocrate, ce qui a maintenu la majorité conservatrice de la Cour.

Biden, néo-féministe.

Avec le temps, la Cour a été politisée, c’est le premier danger qui menace la société américaine, où les Républicains forment la majorité naturelle. Le problème, c’est que nier à la moitié du pays les libertés qu’elle réclame n’est pas exactement ce qu’il faut faire sur le plan électoral. D’où l’enthousiasme féministe de Biden qui voit l’horizon s’assombrir et n’est pas mécontent de la polémique de plus en plus violente qui oppose Républicains et Démocrates à la veille des mid-terms. Le président de la Cour ou chief justice entend d’abord trouver celui qui a révélé au monde le document (une première mouture de la révision de la loi  Roe versus Wade). Il souhaite le traîner en justice et affirme que, pour le moment, aucune décision n’a été prise contre l’avortement. C’est le premier recul d’une tendance de plus en plus prononcée de la société américaine à s’insérer dans les affaires privées des individus en général et des femmes en particulier.

Trump, le machiste.

En l’occurrence, ce sont les hommes qui décident pour les femmes et se montrent prêts à leur dire comment elles doivent vivre. Il n’y a là rien de très original. Le machisme de Trump a fait son œuvre. Le scandale a de bonnes chances, désormais, de faire reculer la pression sur les membres de la Cour suprême qui refusent toute identification politique et ne souhaitent pas être classés comme conservateurs ou progressistes. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’ils soient les deux à la fois ou ni l’un ni l’autre. En tout cas, on sait maintenant sur quel thème se déroulera la campagne des élections de mi-mandat. Ce que l’on sait moins, c’est si Biden s’effondrera ou tiendra bon.

RICHARD LISCIA

 

 

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One Response to USA : Trumpisme toujours vivant

  1. Laurent Liscia dit :

    Les thèmes de la campagne seront l’inflation et l’avortement. Le trumpisme me paraît être moins un ensemble de thèmes (avortement, port d’armes, immigration) qui ont toujours été chéris par la droite du parti républicain, qu’un culte de la personnalité. Trump continue à donner son aval à des candidats républicains dans le processus de primaires, et il semblerait que ses vassaux seront gagnants. C’est à cette aune-là qu’il faudra mesurer son influence.

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