Peugeot : Montebourg contesté

Arnaud Montebourg (Photo AFP)

Sortant lundi d’une entrevue avec le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le P-DG de Peugeot, Philippe Varin, a évoqué un « entretien très constructif ». Ce qui a aussitôt détendu l’atmosphère entre la firme automobile et le gouvernement, après les attaques auxquelles le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s’est livré contre la direction de l’entreprise et contre la famille actionnaire.

L’OPPOSITION PARLEMENTAIRE affirme que M. Montebourg a été recadré par le chef du gouvernement, ce que dément Bruno Le Roux, le chef du groupe socialiste à l’Assemblée. Jusqu’à lundi dernier, aucun fossé ne semblait séparer M. Montebourg et M. Ayrault. Mais, mardi,  « le Monde », peu suspect de souhaiter la fin de l’expérience socialiste à laquelle nous convie le résultat des élections, publiait un éditorial que l’on aurait trouvé plus conforme à la ligne du « Figaro ». Sous le titre « Le ministre du Redressement contre-productif », le quotidien du soir compare M. Montebourg et Nicolas Sarkozy en accusant le ministre de monter certaines catégories de la population contre d’autres. « Les représentants d’un État qui, dirigé à droite ou à gauche, n’a pas réussi à équilibrer un budget depuis 1974, poursuit « le Monde », ne sont pas (…) les mieux placés pour donner des leçons de bonne gestion aux capitaines d’industrie ».

On nous dira que ce n’est là que l’écume des choses, encore que le rôle de M. Montebourg dans l’action gouvernementale ait été présenté par le pouvoir comme essentiel. Et il l’est, puisque de la réindustrialisation de la France dépend son avenir. La vérité est que l’on ne trouvera pas de solution dans la confrontation. Peugeot n’a pas nécessairement démérité. L’entreprise a joué la carte du maintien d’une grosse fraction de ses activités en France pour préserver des emplois. Cette stratégie, non assortie d’une offre technologique forte et de modèles innovants, a conduit à un déficit d’exploitation considérable, qui explique le projet de fermeture de quelques sites. Peugeot a annoncé mercredi des pertes de 819 millions d’euros au premier semestre. C’est tout simplement insoutenable.

La voie étroite de la réindustrialisation.

Ce qui a fait défaut, c’est une politique agressive d’exportation soutenue par des produits concurrentiels. Peugeot a peut-être commis une erreur, mais l’État lui-même n’a jamais encouragé cette politique. Il ne la soutient pas davantage aujourd’hui quand il renonce à baisser les coûts de production en déplaçant une partie des charges sociales vers la TVA. Dès lors qu’il renonce à une hausse de la taxe à la valeur ajoutée au nom de la seule idéologie, le gouvernement est contraint de choisir la voie étroite, peut-être impraticable, de la réindustrialisation. Il faudra beaucoup de temps pour que l’automobile française produise un jour des voitures comparables ou meilleures que celles de l’Allemagne. En revanche, la baisse des prix de revient pouvait être immédiate et apporter de l’oxygène à toutes nos usines.

Le gouvernement a pris ce jour des décisions destinées, par le recours aux primes, à encourager la production d’automobiles électriques ou hybrides. Les secondes semblent avoir plus d’avenir que les premières. Tant que la voiture non polluante ou non polluante n’apportera pas à son propriétaire le même confort que la voiture classique, sa commercialisation restera faible. De toute évidence, Renault éprouve de vives difficultés dans la mise au point d’une automobile électrique pour tout le monde.

On ne niera pas la gravité de la crise sociale engendrée par la fermeture probable de certains sites de Peugeot. Les salariés ont manifesté aujourd’hui à Paris. La vraie question ne porte pas sur la proximité du pouvoir avec le peuple mais sur les mesures les plus efficaces pour préserver l’emploi en France. Le gouvernement de M. Ayrault fait le grand écart entre l’économie de marché, qu’il n’entend pas abolir, et une action qui ne doit pas se cantonner au social ou relever de la compassion, mais économique. On ne fait rien pour les chômeurs quand on se contente de partager leur douleur ou même de leur verser des indemnités. On les aide seulement en pratiquant une politique de l’offre.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Peugeot : Montebourg contesté

  1. metanomski dit :

    Quelle honte! Laisser parler un avocat sur la gestion d’une entreprise? Laisser parler un administratif sur la consultation médicale et la manière de la mener? Quand l’exemple viendra-t-il d’en haut ? Journalistes, sportifs, énarques, ministres, sénateurs … à eux les hauts salaires avec dépassements et à nous les critiques sur des revenus que nous ne volons pas (Bac+13 et horaires + 70h/semaine) avec des assureurs grassouillets qui nous ponctionnent sans vergogne ni gêne ni défense de l’État ! Honte sur nous car on ne travaille pas gratis comme des bonnes soeurs. Quel syndicat va taper sur la table ? Le public reste public, le privé reste privé : à l’État s’il le souhaite de réguler le public, mais qu’il fiche la paix au privé … où qu’il nous nationalise. Chiche!

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