Déficits : Hollande tiendra-t-il ses promesses ?

Jean-Marc Ayrault
(Photo AFP)

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’est livré ce matin à des effets d’annonce qui éclairent l’action du gouvernement pour les jours et les semaines qui viennent. Le plafond du livret A va être progressivement doublé (il sera augmenté de 25 % deux fois cette année), la projet de loi pour la création de 150 000 emplois d’avenir en 2013 et 2014 sera discuté au Parlement en septembre, le traité européen de juillet 2012 sera  présenté au Conseil des ministres le 19 septembre, le déficit commercial hors énergie sera supprimé en cinq ans, les prix des carburants vont baisser sous l’effet d’une diminution « provisoire » des taxes.

ON NE DOUTE PAS de la volonté du gouvernement de mettre en oeuvre les mesures que M. Ayrault vient d’indiquer. On s’interroge néanmoins sur leur efficacité. Le Premier ministre a tenu compte de l’avis des experts financiers en procédant prudemment à l’élévation du plafond du livret A, car elle présente un inconvénient : elle risque de drainer vers le livret les placements en assurance vie qui, eux, ne sont pas exonérés et rapportent de moins en mois. Cela pourrait priver partiellement l’État du gisement où il puise ses emprunts. Il serait logique qu’il exonère  aussi l’assurance vie, pour autant qu’il puisse se le permettre.

De la même manière, la baisse des taxes sur les carburants risque de coûter cher à l’État si elle dure trop longtemps; et si elle ne dure pas, elle n’aura aucun effet sur le long terme. La création de 150 000 emplois « d’avenir » va surtout se traduire par une importante dépense supplémentaire, à chiffrer en milliards, et M. Ayrault n’a donné aucune indication sur le financement de cette mesure généreuse, mais insuffisante pour réduire le taux de chômage. De la même manière, le Premier ministre a écarté d’une chiquenaude l’opposition qui ne se manifeste dans la gauche du PS au  traité européen. Les « quelques députés » hostiles au traité, a-t-il dit, « prendront leurs responsabilités. Ils savent bien qu’ils ont été élus après l’élection de François Hollande, et qu’ils lui doivent aussi leur élection ». 

Un calendrier précis.

Dans l’entretien qu’il a accordé à BFM-TV-RMC, le chef du gouvernement a voulu montrer qu’il prend les affaires en main et qu’il a un calendrier précis et serré. Mais il n’a rien dit sur les déficits et la dette et s’est borné à annoncer de nouvelles dépenses, dans la foulée des mesures coûteuses qui ont précédé la période de vacances. De sorte qu’on se demande si le gouvernement entend respecter intégralement les engagements qu’il a pris pour la réduction du déficit budgétaire en 2013. Pour parvenir à un déficit de 3 % seulement à la fin de l’année prochaine, il doit augmenter les impôts et réduire les dépenses pour un montant de 33 milliards d’euros. Pour le budget de 2012, il s’est contenté de trouver 7,5 milliards en augmentant la pression fiscale.

Or, depuis plusieurs mois, la méthode préconisée par l’Europe et par le Fonds monétaire international pour diminuer les déficits publics est vivement critiquée. En effet, les exemples grec, espagnol ou italien démontrent que, à force de couper dans les dépenses, on porte atteinte à la croissance, ce qui fait entrer l’économie dans un cercle vicieux, puisque la réduction des budgets publics nourrit la récession et augmente les déficits. Il y a du vrai dans cette analyse, mais il n’est pas impossible que François Hollande, qui rencontre demain Angela Merkel, en fasse un argument central pour retarder le calendrier de retour aux équilibres français qu’il a lui-même inscrit dans son programme. Le président, s’il décidait de retarder les échéances relatives au budget, ne saurait convaincre la chancelière, prompte à dénoncer le laxisme des États dits du sud.

Même s’il est très prématuré d’évoquer un changement de ligne politique au sujet du budget, on note que, depuis son élection, François Hollande a annoncé beaucoup de nouvelles recettes fiscales et de nouvelles dépenses. Les sacro-saints budgets sociaux, santé et retraites, ne sont jamais évoqués, comme s’ils avaient une vocation éternelle et indiscutable. Le retour de bâton risque d’être brutal.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Déficits : Hollande tiendra-t-il ses promesses ?

  1. Chiaverini dit :

    Il semble en effet que l’activité déployé par Mr Hollande au plan international soit inspiré par le souci de « retarder le calendrier du retour aux équilibres français. »On en comprend bien la motivation si on en appouve pas la démarche. Sur les causes de la crise et son traitement Mr Philippe Dessertine (C dans l’air, 22 août) ouvre une perspective aux antipodes du débat franco français nourri des attermoiements du consensus mou. Comme d’autres, il voit venu le temps d’une révolution économique et politique passant nécessairement par un fédéralisme européen. guidé par des Hommes/ Femmes d’Etat.
    Normaux, de préfèrence s’abstenir. L’Allemagne a déjà la sienne. On cherche le notre.

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