De la méchanceté en politique

Mme Kosciusko-Morizet
(Photo AFP)

Les membres du gouvernement s’indignent du comportement de l’opposition qui se livrerait, si on les entend bien, au « sabotage » de tout ce qu’ils entreprennent, mettant ainsi en danger les réformes qu’ils tentent de réaliser et le destin de la France. L’opposition actuelle ne se privait pas, quand elle était au pouvoir, de dénoncer les attaques contre Nicolas Sarkozy. Tout le monde se trompe.

PAS UN JOUR ne passe sans qu’une personnalité de la droite, de Jean-François Copé à Nathalie Kosciusko-Morizet, ne lance contre le gouvernement une attaque venimeuse.  Bien qu’elle s’efforce de participer à la critique de l’action du pouvoir pour ne pas avoir l’air d’être aux ordres, la presse de gauche commence à s’en prendre assez vivement au comportement de l’opposition et des ses journaux associés, comme « le Figaro », qu’elle considère comme dangereusement agressif.

Dans cette attitude outragée, il y a au moins deux éléments négatifs : le premier est que la gauche a oublié les insultes qu’elle adressait quotidiennement à Nicolas Sarkozy quand il occupait l’Élysée ; l’idée, très répandue à gauche, selon laquelle l’ancien président méritait chacune de ces injures ne correspond à rien d’autre qu’à un moralisme dont on ne craindra pas de dire qu’il vient de faire faillite. Le second est que, de l’avis général, y compris à gauche, quand ses représentants acceptent de parler sans paraître affaiblir le pouvoir qu’ils ont appelé de leurs voeux, les incohérences de la communication et de la gestion du gouvernement expliquent largement la violence de l’opposition qui, peut-être n’a pas imaginé naguère que François Hollande, une fois élu président, prêterait le flanc à autant de sarcasmes.

Menteur, tricheur !

Quand, autrefois, Ségolène Royal traitait M. Sarkozy de menteur ou de tricheur, sans le moindre respect pour la fonction présidentielle, qui s’en offusquait ? Quand Najet Vallaud-Belkacem, Harlem Désir et Martine Aubry lançaient leurs diatribes contre l’ancien président, qui, dans les cercles du pouvoir, essayait de les remettre en place ? Sans jamais qualifier le chef de l’État, hier ou aujourd’hui, nous-mêmes ne nous sommes jamais privés de dire ce qui, selon nous, n’allait pas. Or il n’y a pas de journaliste engagé dans l’analyse critique qui ne reçoive son lot de commentaires acerbes. On nous jugeait très désagréable pour Nicolas Sarkozy, on nous jugera tout aussi agressif pour M. Hollande. Et on se demandera  qui nous approuvons. Nous ne détestons personne, nous critiquons des choix quand il nous semble qu’ils ne correspondent pas à ce dont le pays a besoin. Classé il y a peu dans dans le camp de l’opposition à Sarkozy, alors que, sans ménager nos attaques, nous défendions le bilan de ses réformes, nous voilà associé à la droite ou au libéralisme économique, bien que, en réalité, nous soutenions les méthodes pragmatiques que la gravité de la crise devrait inspirer à nos gouvernants.

Bons sentiments.

En adoptant la conduite de la victime offensée, la gauche ne fait qu’augmenter le soupçon d’amateurisme qui pèse sur elle. Comment, avec tant de bons sentiments, pourrait-elle être critiquée? Mais, pour ne prendre qu’un exemple, on ne défend pas les chômeurs ou les précaires en affirmant haut et fort qu’on partage leur souffrance. On se bat pour en réduire le nombre. Et d’ailleurs, tout ce que fait le gouvernement n’est pas nul. Arnaud Montebourg mène une bataille difficile, mais nécessaire.  Il était souhaitable et utile d’adopter une loi sur le logement social. Nous la devons à Cécile Duflot. Que le gouvernement doive revoir le texte pour une erreur technique de nature constitutionnelle n’est pas la fin du monde, sinon que l’erreur traduit un peu de laxisme. Qu’au lieu de reconnaître l’erreur, il dénonce le « sabotage » de l’opposition après avoir prétendu qu’elle « souhaitait l’échec de la France », montre que, dans l’épreuve, il en arrive à rejeter le fonctionnement normal de la démocratie.

Que, dans « le Nouvel Observateur », le talentueux Laurent Joffrin s’élève avec force contre Nathalie Kosciusko-Morizet sous le prétexte que cette femme moderne, appartenant au groupe des humanistes de la droite, ne trouve jamais de mots assez durs pour le pouvoir, revient à exiger de l’ancienne ministre qu’elle adopte un comportement conforme à son image de femme belle, éthérée, diaphane et sereine. C’est à la fois enfantin et un tout petit peu sexiste.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à De la méchanceté en politique

  1. tredez pierre dit :

    C’est avec un vif plaisir que je lis vos articles toujours documentés at objectifs…continuez je vous prie.

  2. Vultaggio-Lucas dit :

    « Nous voilà associé à la droite ou au libéralisme économique, bien que, en réalité, nous soutenions les méthodes pragmatiques que la gravité de la crise devrait inspirer à nos gouvernants », nous dites-vous. Mais être associé au libéralisme économique, qu’il soit de droite ou de gauche, n’a jamais été une insulte, c’est un fait. Depuis la chute du mur de Berlin auquel était paraît-il l’ex-président, et bien sur l’implosion de l’URSS, l’économie libérale (ou capitalisme) décomplexée exulte et vous êtes ni pour ni contre vous en faites partie par la force du destin individualiste.

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