Toi aussi, mon fils

Pascal Cherki
((Photo AFP)

Parmi les critiques qui pleuvent sur François Hollande, la moins savoureuse n’est pas celle de Pascal Cherki, député socialiste de Paris, qui s’en est pris au président avec le langage de la droite. « La situation est très grave, a-t-il déclaré. Alors, quand on est président de la France, on n’est pas conseiller général de canton, on change de braquet ».

HARLEM DÉSIR, Premier secrétaire du PS, a jugé ces propos « inacceptables » et Najet Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, les trouve « assez insupportables ». C’était hier. Ce matin, M. Cherki s’explique d’une manière qui risque d’aggraver son cas en haut lieu : « C’est mon président, dit-il. Je souhaite qu’il réussisse et c’est justement parce que je souhaite qu’il réussisse que je l’ai interpellé. Sur le fond,  je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit ». Il est peut-être animé des meilleures intentions, mais il est surtout sorti de l’anonymat.  Parfois, il en coûte beaucoup de loyauté pour se faire connaître.

La crise et sa gestion.

Il faut distinguer la crise de sa gestion par le gouvernement. Le chef de l’État n’est pas responsable de la crise. Il n’est responsable que des moyens qu’il utilise pour la juguler et qui ne semblent guère efficaces.  La conjonction de l’endettement et de la récession exige des solutions forcément contradictoires. Que vous augmentiez les impôts ou que vous réduisiez la dépense publique, vous aggravez le marasme et le chômage. C’est tellement vrai qu’on a vu récemment les plus grands experts du monde (FMI, BCE, Commission de Bruxelles) « changer de braquet », comme dit M. Cherki. Après avoir pratiquement contraint les Européens à appliquer des mesures d’austérité, ils ont fini par admettre que la rigueur était contre-productive et qu’il fallait, en conséquence, donner plus de temps aux pays européens pour diminuer leurs déficits. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Bruxelles a accepté, sans prendre de sanctions, que la France se contente d’avoir un déficit de 3,7% du produit intérieur brut (PIB), au lieu des 3% promis.

M. Hollande a augmenté les impôts parce qu’il obéissait à la sagesse conventionnelle. Il s’apprête à réduire les dépenses pour la même raison. On peut lui reprocher d’avoir porté atteinte au pouvoir d’achat, on ne peut pas dire qu’il est resté inerte. Les critiques prononcées par les uns ou les autres ne sont pas de même nature. La gauche, dans son ensemble, veut qu’on s’attaque férocement aux riches ou aux nantis, sans nous prouver que cela résoudrait le problème (ça ne le résoudrait pas). La droite exige que l’on diminue la dépense, tout en hurlant dès que l’on parle de toucher aux allocations familiales ou à l’armée. Le président de la République devrait demander à ses détracteurs de tout bord ce qu’ils feraient à sa place, si une crise aussi grave n’exige pas de cruels sacrifices, s’il existe un moyen magique de résorber la contradiction entre les impôts et la baisse des dépenses sociales d’une part et la croissance d’autre part.

Quel modèle ?

Tout le monde, à droite comme à gauche, veut que M. Hollande change de modèle. Mais lequel doit-il choisir ? Celui qui « libérerait » les entreprises de toute contrainte fiscale et environnementale, qui ferait de la France une terre d’investissements, créant des emplois (mais aggravant aussi les inégalités) ? Ou celui d’une France dirigiste qui ferait tout pour les gens, rien pour l’expansion, ce qui nous placerait à contre-courant des flux économiques et financiers mondiaux et nous enfoncerait dans la crise ?

En réalité, la seule critique qui vaille porte moins sur les grands axes que sur le détail des mesures prises par le gouvernement. Il a eu raison d’augmenter les impôts, mais il les a augmentés excessivement, sous un prétexte égalitaire fallacieux. Il diminue la dépense, mais pas assez. Il doit repousser l’âge de la retraite et il perd un temps précieux sur ce point, après avoir réinstauré la retraite à 60 ans pour ceux qui commencent à travailler tôt. Il a péché par optimisme. Il a attendu une croissance improbable. Il n’entamera pas le chômage avec ses  emplois d’avenir et ses contrats de génération. Il a eu tort de fiscaliser les heures supplémentaires, source de pouvoir d’achat. Il ne doit pas hésiter à réduire les allocations familiales.

Cela ne signifie pas du tout qu’il continue à se conduire comme un conseiller général. François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont sonnés par la violence et, surtout, par la durée de la crise. Ils croyaient qu’elle commencerait à s’estomper cette année. Ce n’est pas le cas. Sur le fond, je ne vois rien de bon dans les sauts de cabri de cette opposition de gauche. Elle accroît l’instabilité du pays. M. Cherki dit qu’il veut que le président réussisse. Mais il ne fait rien pour que son voeu soit exaucé.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à Toi aussi, mon fils

  1. Pottier dit :

    Était-il donc nécessaire de changer de président pour appliquer ce programme ?

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