Ukraine : le chaos

Le centre de Kiev en flammes
(Photo AFP)

Le président ukrainien, Victor Ianoukovitch, a durement réprimé les émeutiers de Kiev dans la nuit de mardi à mercredi : il y aurait vingt-cinq morts et de très nombreux blessés. Le centre de la ville est en flammes. L’insurrection semble s’étendre à l’ensemble du pays. La brutalité de Ianoukovitch succède à diverses tentatives pour tenter d’apaiser l’opposition, mais elles n’ont donné aucun résultat.

LES EUROPÉENS sont d’autant plus consternés qu’ils n’ont cessé de maintenir le dialogue avec le pouvoir en place et avec Moscou. Il y a quelques jours encore, il était question, selon Ianoukovitch, de changer de Premier ministre et de donner des portefeuilles ministériels à deux ou trois leaders de l’opposition. Le président ukrainien a beaucoup tergiversé, il s’est même absenté de la scène politique pendant quelques jours, prétextant une maladie et donnant du coup de lui-même l’image d’un homme traqué et indécis. Le problème, aujourd’hui, n’est plus le conflit entre pro-européens et anti-européens, mais entre le peuple, y compris beaucoup de russophones, et le gouvernement actuel, dont l’alliance avec Moscou, soutenue par un prêt de 15 milliards de dollars dont trois ont été versés, masque surtout l’immense corruption  et la consternante incompétence du régime.

Un risque de guerre civile.

François Hollande et Angela Merkel devaient se retrouver aujourd’hui à l’Élysée pour évoquer les questions énergétiques. L’arrivée de la chancelière allemande a été saluée par Greenpeace qui a fait déverser devant l’entrée du palais présidentiel quelques tonnes de charbon qui ont été hâtivement nettoyées. L’urgence obligeait quand même le président et la chancelière à aborder la crise ukrainienne, qui risque de déboucher rapidement sur une guerre civile. En effet, la légitimité de Viktor Ianoukovitch, contestée par l’opposition depuis son élection, n’aura pas été renforcée par le choix qu’il vient de faire de réprimer aveuglément les manifestants ou émeutiers. Même Vladimir Poutine ne saurait continuer à croire que le recours à la force suffit à régler le problème. La détermination et le courage de l’opposition, l’extension de la grogne à ceux des Ukrainiens qui sont favorables habituellement à la Russie, la violence intolérable des forces de l’ordre, le désarroi croissant du pouvoir montrent qu’il est difficile, pour Poutine, de cautionner la politique de fermeté qu’il a préconisée jusqu’à présent sans déclencher un conflit majeur qui finirait par nuire aux intérêts de Moscou.

Ianoukovitch doit démissionner.

Les Européens ne sont pas restés inertes qui, conscients que l’Union ne peut pas financer les déficits chroniques de l’Ukraine, se sont efforcés jusqu’à présent de rapprocher les points de vue du pouvoir et de l’opposition en gardant des contacts étroits avec les deux. Et ils vont, sans doute dès aujourd’hui, annoncer des sanctions contre l’Ukraine. L’accélération de la crise depuis hier ruine leur volonté de dialogue, mais elle montre aussi que la première revendication de l’opposition, c’est-à-dire le départ pur et simple de Viktor Ianoukovitch, compromis jusqu’au cou dans des affaires mafieuses, n’est pas excessive : l’Ukraine a besoin d’élections libres contrôlées par l’ONU, et ne sortira de ses terribles convulsions que si elle renouvelle entièrement sa classe politique.

Cette solution idéale n’est pas à portée de la main : la chute de Ianoukovitch serait analysée comme une défaite de Moscou et, comme chacun sait, M. Poutine estime que, en Ukraine, il est dans son pré-carré. Il continue à faire de la géopolitique et à rêver d’une reconstitution de l’ancien bloc soviétique, sans comprendre que les temps ont changé et qu’il est devenu impossible, en Europe, de gouverner avec des oukazes. Les Ukrainiens n’ont pas eu le temps de savourer la liberté. Pour n’en sentir que les effluves, ils ont déjà payé cher. Mais c’est un parfum qu’ils n’oublieront plus.

RICHARD LISCIA

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