Un incident révélateur

Claude Goasguen à l’Assemblée
(Photo AFP)

Un incident de séance à l’Assemblée nationale mérite-t-il un commentaire ? Oui, dans la mesure où celui qui s’est produit hier après-midi semble révéler la tension qui règne au sein du gouvernement. Claude Goasguen, député-maire de Paris, interrogeait Manuel Valls sur le saccage de Nantes et le ministre de l’Intérieur, très énervé, a renvoyé son interlocuteur à « cette extrême droite d’où vous venez ». Indignés,  les députés de la droite ont quitté l’hémicycle et refusent d’y revenir aujourd’hui tant que le ministre n’aura pas fait des excuses.

ON NOUS DIT que l’absence de l’UMP à l’Assemblée serait sans précédent. La démocratie française ne va pas disparaître à la faveur de cette dispute. M. Goasguen n’est certainement pas le genre d’homme politique à s’exprimer avec déférence quand il s’adresse au gouvernement. Il n’en est pas moins fondé à poser des questions sur des comportements criminels que les Verts, alliés du PS, même s’ils les condamnent, ont favorisé par leur rejet obstiné du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes. La cote de popularité de M. Valls a baissé très injustement depuis qu’il poursuit Dieudonné avec tous les moyens que la loi lui accorde. Les résultats qu’il a obtenus sur le plan de la sécurité sont très contestés par la droite. Son irritation vient sans doute des difficultés qu’il rencontre, comme d’autres ministres, dans ses efforts pour concilier les exigences contradictoires de François Hollande. Par exemple : mater les casseurs tout en laissant les écologistes épuiser la totalité des recours contre l’édification de l’aéroport.

Les Verts relèvent de l’extrême gauche.

Derrière l’incident qui a opposé MM. Valls et Goasguen, il y a principalement la stratégie des Verts, qui restent au gouvernement tout en le critiquant abondamment, et que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, absout après les avoir sommés, mais en vain, de lever toute ambiguité sur leurs intentions. M. Valls, dont on aura compris qu’il a du tempérament, est vraisemblablement excédé par la mollesse du Premier ministre, lui-même forcé par le président de ne pas menacer la fragile majorité qui nous gouverne. Ce qui crève les yeux, c’est que les écologistes appartiennent à l’extrême gauche et que rien ne les différencie du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, sinon qu’ils participent au gouvernement. M. Valls leur reproche sans doute de livrer, à propos de l’aéroport, une bataille interminable et violente qui complique sa propre tâche.

« Il a raté la marche ».

Et qui contrarie ses ambitions. La déliquescence du gouvernement qui, ce soir, devra annoncer de mauvais chiffres sur le chômage et dont le plan d’économies sur la dépense est contesté par la Commission de Bruxelles, pourrait accélérer le départ de Jean-Marc Ayrault, dont M. Valls brigue la place. Mais le ministre de l’Intérieur risque de ne plus faire l’affaire. François Hollande a sûrement besoin d’un Premier ministre à poigne, il ne veut pas miser sur un homme qui, comme on l’a vu hier, risque de s’emporter excessivement et inutilement. « Par sa brutalité, il a raté la marche de Matignon », a déclaré ce matin Jean-Pierre Raffarin. L’ancien Premier ministre estime que « quand on va chercher ce type d’argument (l’accusation relative au passé supposé extrémiste de M. Goasguen), c’est qu’on n’en a pas d’autres et c’est bien faible ». À quoi M. Raffarin ajoute, comme s’il était mieux informé que nous : « Ce gouvernement est à bout de souffle ».

Ce que l’on a vu hier à l’Assemblée serait donc le coup de queue d’un crocodile agonisant, si l’on en croit l’analyse de M. Raffarin. On tiendra compte de la partialité naturelle de ses propos, nécessairement dictés par le combat politique. Mais on devra admettre que le ministre de l’Intérieur traverse une très mauvaise passe. L’incroyable machiavélisme des Verts, qui détestent le ministre de l’Intérieur (Cécile Duflot avait très vivement attaqué Manuel Valls à propos des Roms), n’est pas pour rien dans la décomposition du pouvoir.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Un incident révélateur

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Merci pour cette analyse.
    M. Valls a sûrement « dérapé », mais je crois que, s’il y a un socialiste sur lequel il ne faut pas tirer, c’est bien lui.
    Quant aux Verts, comme disait Coluche à propos des Verts français, « le problème avec les Verts, c’est qu’ils sont rouges » !
    Le problème est vraiment (outre le machiavélisme des dirigeants « verts », Cécile Duflot, la si mal nommée Eva Joly, M. Placé, et quelques autres…) qu’ils ne sont absolument pas défenseurs de l’écologie ni du bien du pays, mais seulement d’intérêts partisans et rétrogrades, et pas du tout représentatifs de la vraie écologie, qui n’est ni de gauche ni de droite, et qui est la vraie urgence dont devrait s’occuper tout « responsable » (encore une appellation à l’opposé des comportements) politique.

  2. Chambouleyron dit :

    Nous sommes en plein bavardage ( la logorrhée diarrhéique de Mme Duflot m’impressionne beaucoup, les boniments de M. Montebourg ne sont pas mal non plus, la verbigération de M. Valls a quelque chose de travaillé, le flux de paroles inutiles et pas toujours cohérentes de M. le président agace…  » Ils m’ont mis le bâillon d’autres paroles ». Écoutons un peu pléiade.

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