Le FLNC s’assagit

 

La fermeté de Cazeneuve
(Photo AFP)

Le Front  de libération nationale corse (FLNC) a publié hier soir un long communiqué dans lequel il annonce qu’il renonce à la poursuite de la lutte armée. Sa décision est purement unilatérale et ne résulte d’aucune négociation avec le gouvernement. Le FLNC, qui existe depuis 1976, a souvent annoncé et appliqué des trêves, mais c’est la première fois qu’il s’engage dans une action exclusivement politique. Il n’a toutefois abandonné aucune de ses exigences politiques.

LA PREMIÈRE question qui vient à l’esprit concerne le sérieux du contenu du communiqué. Il tire sa crédibilité (il a été authentifié) du maintien de quelques positions irréductibles, à commencer par la recherche des voies et moyens de l’indépendance corse. Il entend sortir « progressivement de la clandestinité » et affirme, dans un texte de 14 pages, qu’il ne pose aucun préalable, que ses intentions sont dépourvues de toute équivoque et qu’il enclenche un « processus de démilitarisation ». « Dès maintenant, nous récusons toute paternité d’actions militaires en Corse » ou sur le sol français, déclare-t-il. Le FLNC explique sa décision, très inattendue, par les progrès qu’il a constatés dans les résolutions prises par l’Assemblée corse, notamment l’adoption d’un statut de résident destiné à freiner la spéculation immobilière.

Le différend reste intact.

L’organisation conserve un agenda que les pouvoirs publics ne sont pas près d’accepter sur la fiscalité, la compagnie maritime corse, la révision de la Constitution et le développement économique et social. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui s’est rendu en Corse récemment, a désapprouvé les résolutions adoptées par l’Assemblée corse et le différend politique entre le gouvernement et le FLNC reste intact. En 38 ans, des milliers d’attentats ont été commis en Corse qui ont fait neuf tués chez les gendarmes et policiers. Dans son communiqué, le FLNC dénonce le « coût humain exorbitant » provoqué par la répression, comme si les attentats commis au nom de l’émancipation des Corses ne relevaient pas de sa responsabilité.

Cependant, la décision du mouvement est positive. Elle va améliorer la sécurité dans l’île de Beauté. Le rejet de la violence favorisera peut-être le dialogue et des négociations politiques produisant des  motifs de satisfaction pour les habitants. Le FLNC ne peut néanmoins ignorer que son projet indépendantiste est minoritaire et que la plupart des Corses se sont toujours prononcés contre la sécession que les militants clandestins appellent de leurs voeux. Le mouvement, dissous en 1983 et qui a subi deux scissions en 1989 et 1990, a été déchiré par des luttes intestines jusqu’en 2001. Ses attentats traduisent autant sa faiblesse et ses divisions qu’un irrédentisme confiné à une poignée de militants, désunis sur la stratégie, et peu soucieux des contradictions de leur pensée politique. Les passions du FLNC se nourrissent de l’intolérance à l’égard des Français métropolitains qui s’installent en Corse, des immigrants et plus particulièrement des Français d’origine maghrébine.

Une décision peut-être provisoire.

L’indépendantisme corse, jusqu’à présent fondé sur la lutte armée, a toujours fait bon marché des volontés réelles du peuple corse et de la démocratie. Il n’a pas su tracer la ligne entre le combat politique et la criminalité. Il a créé en Corse une atmosphère permanente de règlements de comptes. Il a ignoré les innombrables avantages accordés aux Corses par la métropole, notamment sur le plan fiscal. Il a empêché le développement économique d’une région méditerranéenne bénie par un paysage et un climat exceptionnels. D’une Corse vouée naturellement au bonheur, il a fait une terre désespérée et ensanglantée. C’est pourquoi sa décision de renoncer à la lutte armée doit être accueillie avec une extrême prudence. Elle n’autorise pas le gouvernement à remettre au FLNC la gestion de toute la Corse, ni à trahir la majorité de Corses qui veut rester française. Face aux blocages à venir, on peut craindre que le FLNC se ravise.

RICHARD LISCIA

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