Éloge de la modération

Macron : ni la panacée, ni la fin du monde
(Photo AFP)

En cette veille de Noël, quoi de mieux qu’une réflexion sur la vanité des solutions qui nous sont proposées par tous ceux qui ne gouvernent pas et croient encore qu’ils s’empareront du pouvoir s’ils préconisent des remèdes radicaux dont le principal défaut est qu’ils n’ont pas encore été testés ? Il n’existe pas de choix fulgurant ou miraculeux, il n’existe que des orientations dont le bénéfice ne peut apparaître qu’à long terme. S’il s’inspirait de cette logique, le débat politique serait moins passionné et plus cohérent.

L’EXÉCUTIF s’est engagé dans une voie qu’il a jugée erronée au bout de deux ans et a changé son cap en mettant en place une politique de l’offre incarnée par un nouveau Premier ministre et, désormais, par Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, dont le nom est associé à une nouvelle loi souvent décriée, mais qui traduit de nouveaux engagements de l’équipe au pouvoir. Le mal français vient peut-être de ce que ce genre de choix est fatalement soumis à un bombardement de critiques. On s’interroge donc sur ce qu’il restera de la loi Macron après son passage par l’essoreuse du Parlement.

Tendances radicales.

Le problème vient du radicalisme des tendances en présence : la loi Macron ne va pas, à elle seule, apporter d’immenses bénéfices. Elle entraînera, si elle est appliquée en l’état, des sacrifices pour de nombreuses professions mais aussi le déverrouillage de certains blocages qui affectent l’économie nationale. Elle ne représente qu’un des instruments de lutte contre la stagnation. Une réforme de la fiscalité est aussi nécessaire. Et, quoi que disent de la dette ceux qui la jugent sans rapport avec nos difficultés, nous devons garder à l’esprit  que les déficits doivent être résorbés ou plutôt réduits parce que nous ne disposons plus des autres armes pour les combattre, inflation et dévaluation.

Pourquoi est-il impossible de réunir un consensus autour de ce constat, et pourquoi le choix entre politique de l’offre et politique de la demande s’est-il transformé en guerre idéologique ? Parce qu’il est plus important en France d’afficher sa couleur politique, quitte à dire que MM. Hollande et Valls ont trahi leur camp, que d’approuver ce qui a une chance de fonctionner et de produire des résultats. L’idée que nous pouvons continuer indéfiniment à dépenser de l’argent que nous n’avons pas gagné, que les politiques dites d’austérité n’ont produit que des désastres en Grèce et en Espagne, ce qui n’est pas vrai, que la lutte des classes commence avec la réduction des dépenses publiques, est tout simplement fausse et excessive.  Un exemple : on exalte les beaux résultats de la politique économique des États-Unis, où la croissance a atteint 5 % au troisième trimestre, en affirmant que Barack Obama a laissé filer les déficits et la dette. Faux : sous la pression de l’opposition républicaine, il a sensiblement diminué le déficit budgétaire depuis deux ans, ce qui ne l’a pas empêché de toucher (enfin) les dividendes de sa relance économique de 2009-2010.

Seuls les modérés font la part des choses. Seuls les modérés refusent de jeter l’anathème sur la chancelière Angela Merkel parce que, si elle n’a pas complètement raison, elle n’a pas non plus complètement tort. Seuls les modérés réclament des potions élaborées avec soin et minutie sans en attendre, pour les Français, un soulagement immédiat. Seuls les modérés ne sont pas obnubilés par le combat idéologique et consentent à approuver (ou voter) ce qui leur paraît bon pour le pays même si le projet est porté par le camp adverse.

Le tombeau de l’intérêt général.

Mais en définitive qui est le plus patriote, celui qui, pour avoir raison à tout prix, est prêt à engager le pays dans une nouvelle mésaventure ou celui qui veut lui donner une chance réelle sans pour autant faire une promesse qu’il n’est pas sûr de tenir ? La radicalisation de la pensée, c’est le tombeau de l’intérêt général. C’est, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, envisager une purge capable de tuer le malade, par exemple par le retour à une monnaie nationale. C’est, comme Cécile Duflot, penser à l’objectif politique au mépris de la vérité des faits et juger tout projet de développement  à l’aune du seul critère écologique. C’est, face au terrorisme, demander des mesures susceptibles de nuire à des innocents parce qu’elles seraient prises à partir de considérations purement ethniques ou religieuses ; ou au contraire tomber dans l’angélisme en refusant de voir où le danger prend racine. Les difficultés contenues dans n’importe quelle crise sont toujours multiples et donc insensibles aux solutions uniques.

RICHARD LISCIA

PS- Je vous souhaite à tous un joyeux Noël.

 

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Une réponse à Éloge de la modération

  1. py dit :

    Je vous remercie pour vos commentaires qui sont toujours pleins de modération tout en étant très justes.
    Continuez dans ce sens.
    Bonnes fêtes.

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