Grèce : première désillusion

Tsipras :  un coup de frein (Photo AFP)

Tsipras : un coup de frein
(Photo AFP)

Alexis Sipras, le nouveau Premier ministre grec, porté au pouvoir par une belle majorité et dans des conditions indéniablement démocratiques, rencontre déjà de vives difficultés. Comme beaucoup de politiciens de par le monde, il peut constater, moins d’une semaine après son élection, que, pour réaliser les promesses qu’il a faites, il doit convaincre des partenaires européens peu disposés à assouvir ses fantasmes. Le peuple grec, enthousiasmé par l’élection du dirigeant de Siryza, parti de la gauche radicale, risque de subir très vite une vive désillusion.

M.TSIPRAS avait promis, pendant sa campagne électorale, d’obtenir de la commission de Bruxelles, un effacement partiel de la dette grecque, un étalement des remboursements du reste et de lancer en Grèce un plan de 12 milliards d’euros pour améliorer les conditions de vie des Grecs les plus pauvres. La réponse du président la commission, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, est un « non » dépourvu de toute nuance. Il n’est pas question, pour M. Juncker, qui suit en l’occurrence la ligne allemande, d’obliger les contribuables européens à payer une partie de la dette grecque, car ce sont les États qui ont donné leur garantie pour les quelque 230 milliards d’euros versés au Trésor grec depuis sept ans pour renflouer les finances du pays.

Les arguments de Tsipras.

Il y a encore deux ou trois jours, les journalistes les plus chevronnés en la matière, fournissaient les explications suivantes : la victoire électorale de M. Tsipras est celle du peuple grec, accablé par les directives inhumaines de la troïka (BCE, FMI, commission européenne) ; toutes les institutions internationales ont fini par admettre que les plans d’austérité infligés à un pays trop endetté sont contre-productifs : ils font chuter le niveau de vie des habitants, réduisent la croissance et augmentent la dette, celle-là même qu’ils sont censés réduire. Dans le cas de la Grèce, le plan d’austérité a été accompagné par des versements d’un montant très élevé et destiné à compenser en partie les effets négatifs de la rigueur financière. Il se trouve cependant que les dirigeants grecs qui ont précédé M. Tsipras ont à peine commencé à engager les réformes qui devaient renflouer les caisses de l’État. Si, depuis 2008, ces réformes avaient promptement engagées, la Grèce n’aurait pas été contrainte d’emprunter des sommes aussi énormes.

Il est donc fort probable que, si M. Tsipras est en mesure d’obtenir un étalement de la dette grecque, elle ne sera pas accompagnée d’un effacement partiel. Or le nouveau gouvernement grec est pris à la gorge : il a besoin d’un versement presque immédiat d’argent frais pour payer ses fonctionnaires. Il lui appartient donc, compte tenu du rapport de forces, de faire les premières concessions par rapport à la ligne qu’il avait prématurément annoncée. Sa popularité élevée risque d’en prendre un coup. En France, le triomphe de Syriza avait été accueilli par les acclamations plutôt bruyantes d’une partie de la gauche et de l’extrême gauche. D’une façon générale, une sorte de consensus national s’est formé autour d’un résultat obtenu démocratiquement. Les promesses de M. Tsipras n’ont pas non plus soulevé des craintes excessives à l’étranger, chaque gouvernement ayant estimé que ce qui se dit dans une campagne électorale n’est pas forcément suivi d’effet. J’ajoute pour ma part que les excès sémantiques du populisme ne font plus peur à personne tant ils sont de nos jours galvaudés.

Pas de révolution européenne.

Ce qui est clair en outre, c’est que le populisme français n’est pas davantage à la fête. Jean-Luc Mélenchon et ses amis du Front de gauche ont vu dans la victoire de M. Tsipras le début d’une révolution européenne, la fin de l’austérité dans tous les pays, l’effacement de presque toute la dette de presque tout le monde. C’était un rêve dépourvu de toute signification. Ne pas rembourser, c’est déclencher une crise de la dette à l’échelle européenne. M. Mélenchon disait naguère que, s’il était au pouvoir, il se ferait fort d’utiliser le poids de la France, ce grand pays, pour faire entendre son point de vue au gouvernement allemand. Certes, la Grèce n’est pas la France, mais quand il s’agit de gros sous, les meilleurs alliés deviennent circonspects. Il serait terrifiant que nous tombions au niveau où se situe le degré de responsabilté de la Grèce.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Grèce : première désillusion

  1. Oj dit :

    Vous avez tout à fait raison. Les personnalités politiques qui s’appuient sur des événements extérieurs pour faire avancer leur pions sur l’échiquier national nous fatiguent par leur angélisme de circonstance. Le point levé et l’Internationale entonnée en cœur sont des archétypes peu crédibles lorsqu’ils émanent de gens qui s’inscrivent dans une démarche que l’on peut au minimum qualifier de populiste. Ils vendent du rêve qui ne se réalisera pas. Surtout avec des incantations oratoires qui relèvent malheureusement de l’utopie dans ce monde de brutes.

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