Hollande : péril à gauche

Quadrature du cercle (Photo AFP)

Quadrature du cercle
(Photo AFP)

La démission de Christiane Taubira « pour désaccord politique majeur » fait échec à la stratégie de François Hollande, qui voulait, peu ou prou, se rabibocher avec la gauche pour se présenter à un second mandat. Les obstacles à son plan se multiplient : chômage toujours en hausse, popularité très basse, conflit avec ceux qui l’ont porté au pouvoir.

LE DÉPART de l’ex-ministre de la Justice a été salué par des cris de joie à l’extrême droite, mais aussi par un hommage d’une bonne partie du PS et de toute l’extrême gauche. Beaucoup d’anciens ministres, comme Arnaud Montebourg et Aurélie Filipetti souhaitent qu’une primaire soit organisée à gauche et que Mme Taubira se présente à cette consultation. Le président de la République et ses amis tentent de défendre l’idée qu’il est le candidat « naturel » de la gauche en 2017. Ils ont des arguments valables. Les États-Unis ont inventé les élections primaires, mais le président candidat à un second mandat échappe à ce processus et ne fait pas campagne. Même s’il n’est pas soutenu par au moins les trois-quarts des électeurs, M. Hollande a une notoriété que n’a aucun de ses concurrents potentiels. Cependant, si la gauche finit par renoncer à la primaire, ce sera parce que le chef de l’État n’en veut pas et qu’il imposera sa volonté à tous ceux qui contestent son autorité. En outre, s’il n’y a pas de primaire, il y aura probablement des candidats indépendants, de Christiane Taubira à Arnaud Montebourg, de Jean-Luc Mélenchon à Cécile Duflot.

Une stratégie suicidaire.

Si M. Hollande accepte qu’une primaire soit organisée, il avouera publiquement qu’il ne dispose plus de l’autorité suffisante pour représenter la totalité de son camp. Mais au moins peut-il espérer qu’il vaincra des candidats qui n’ont pas fait leurs preuves, qui sont plus bruyants que populaires et qui, dès lors qu’ils risquent conduire le pays dans une nouvelle mésaventure, seront écartés par les électeurs. En revanche, si des hommes ou des femmes se présentent contre lui, ils assureront sa défaite dès le premier tour. En effet, même s’il ne recueillent qu’un nombre limité de voix, ce nombre sera suffisant pour que François Hollande ne passe pas le cap du premier tour. Ces événements sont tellement prévisibles que l’on se demande pourquoi il y a encore des gens pour vouloir en découdre avec le président, comme s’ils n’avaient pas compris que leur projet n’offre, au second tour, que le choix qu’entre la droite et le Front national. C’est une stratégie suicidaire et elle va servir d’argument ultime au président.

Si Hollande renonce…

Non seulement le pays sera, en 2017, à ramasser à la cuiller, mais les tensions au sein des partis politiques vont le conduire à des processus chaotiques. Le chef de l’État, par exemple, pourrait tenir à son engagement de ne pas se présenter parce que la courbe du chômage ne sera pas inversée. Ce qui donnerait à Manuel Valls une occasion unique de se porter candidat. Le Premier ministre ne peut pas exclure cependant qu’Emmanuel Macron, populaire ministre de l’Économie, tente sa chance, tandis que la gauche de la gauche fera tout pour faire barrage à l’ascension de M. Valls et présentera son propre candidat. Toutes ces hypothèses aboutissent au même constat : la gauche est en train de couver l’une de ses défaites les plus accablantes. Comme il y a très peu de chances que la situation économique et sociale s’améliore d’ici à l’élection de 2017, les Français mécontents et sceptiques voteront dans un climat qui renforcera le Front national et augmentera ses chances de conquérir le pouvoir, surtout si la droite et le centre ne s’unissent pas autour d’un seul nom.
C’est l’autre aspect incompréhensible de la stratégie de la gauche. Deux-tiers des Français se situent aujourd’hui à droite, mais la gauche du PS, le PC et d’autres croient dur comme un fer qu’ils peuvent proposer un projet inspiré du socialisme, pour ne pas dire du marxisme. Il est courageux de défendre ses idées, même si elles sont impopulaires. Il est absurde, en démocratie, de les proposer à un électorat qui n’en veut pas.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Hollande : péril à gauche

  1. Truhania dit :

    Je ne commenterai pas votre propos chacun est libre de ses idées, toutefois votre conclusion est entièrement erronée et indigne d’une personne ayant votre niveau d’études. Elle repose sur une pseudo vérité assénée et que nous sommes sommés de croire. 2/3 des français se situeraient à droite. Regardons donc la réalité : sur 45 299 336 d’électeurs inscrits sur les listes électorales au premier tour des régionales 22 689 876 se sont abstenus et donc n’ont pas émis de préférence soit déjà 50.09% des électeurs. Sur les 22 609 460 votants on a compté 544 147 votes blancs soit 1.20% du total des inscrits. On peut aussi sans problème rajouter les votes nuls qui sont toujours un vote blanc ce qui s’élève quand même à 357 154 électeurs soit 0,79% de plus. En additionnant abstention, vote blanc et nul on arrive donc à 52.08% d’électeurs qui refusent de s’exprimer. Vos 2/3 portent donc (si on admet votre estimation) sur 47.92% des électeurs soit 31.95% des électeurs qui voteraient à droite c.à.d moins d’un tiers. Mais même votre 2/3 est exagéré si j’additionne tous les partis gravitant à droite (LR/MODEM/UDI, FN, Debout la France et divers droite) nous arrivons à 59,61% pour la droite soit bien moins que 2/3. Donc 59.61% de 47.92% cela nous fait très exactement 28.57% des électeurs inscrits qui votent à droite donc on est plus près du 1/4 que du 1/3 (il manque 4.76 points de pourcentage pour faire 1/3 contre seulement 3.57 points de pourcentage pour faire 1/4). En conclusion un gros quart des électeurs votent à droite et une grosse moitié choisi de ne pas s’exprimer. Aussi il semble donc parfaitement pertinent pour les partis de proposer des programmes différents de ceux de droite et de la gauche traditionnelle puisqu’un réservoir de votes de plus de la moitié des inscrits ne se retrouve ni dans les programmes de la gauche traditionnelle ni dans ceux de la droite traditionnelle et extrême.

    • Num dit :

      Absurde comme raisonnement : si on vous suit, moins de 15 % des Français votent à gauche et constituent alors un groupuscule, une ultra minorité, qui pourtant tient les rênes du gouvernement. La France ne serait alors qu’une dictature antidémocratique…
      Voyez-vous, ce sont ceux qui votent qui détiennent le pouvoir, les autres choisissent de le subir. En l’état, il est juste que deux tiers des Français se situent à droite.

  2. admin dit :

    M. ou Mme Truhania
    Je ne vois pas ce qui vous permet de préjuger de mon niveau d’études qui est infiniment plus bas que ce que vous imaginez. Je suis un imbécile qui écrit des articles politiques depuis … tant d’années que je n’en préciserai pas le nombre. Ce qui m’autorise à écrire encore pour des gens qui ont un niveau d’études beaucoup plus élevé que le mien mais qui, parfois, disent des choses contestables. Toute votre démonstration est fondée sur les abstentionnistes. La mienne est fondée sur les suffrages exprimés. Je ne vois pas comment on peut tirer des abstentions l’idée que ceux qui se sont abstenus auraient voté à gauche ou à droite ou, encore moins logique, pour une formation qui n’existe pas. Il y a une seule réalité : la gauche aujourd’hui ne recueille que 35 % des suffrages exprimés, la droite et l’extrême droite en obtiennent 65. Cela n’a rien à voir avec mes idées personnelles et encore moins avec mon niveau d’études. Ce sont des faits corroborés par toutes les personnes qui sont expertes en la matière. Le reste n’est qu’hypothèses et ne vous autorise certainement pas à me juger « indigne ».
    R.L.

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