Trump et nous

Hillary et Barack (Photo AFP)

Hillary et Barack
(Photo AFP)

La convention démocrate s’est terminée dans la nuit de jeudi à vendredi dans un feu d’artifice d’éloquence, grâce aux discours de Barack Obama, de son épouse, Michelle, de Bill Clinton et, pour clore la convention, celui d’Hillary Clinton, qui a énuméré les bons sujets.

Mme CLINTON a en effet intégré au moins une partie des idées de Bernie Sanders, qui continue à proposer des solutions « socialistes » aux problèmes rencontrés par les pauvres et la classe moyenne et a réussi à convaincre une partie non négligeable de l’électorat démocrate. Tourner le dos à de telles idées alors que les inégalités ne cessent de croître aux États-Unis aurait été dommageable à la campagne de la candidate. Elle se serait privée des voix de M. Sanders et aurait remisé le problème le plus lancinant du pays. Pour convaincre le réseau bancaire de cesser d’enrichir les riches jusqu’à la faillite du système et les entreprises d’investir, il faut plus d’État, plus de règles et davantage de réformes. Hillary Clinton a pris, sur ce point des engagements formels, étant entendu qu’elle ne fera pas de l’Amérique un paradis marxiste. Elle serait même la présidente la plus capable d’accomplir cette réforme.
Réussie, la convention va lui apporter provisoirement un regain de popularité, de la même manière que Donald Trump est passé en tête dans les sondages au lendemain de la convention républicaine. Mme Clinton est poursuivie par la malchance : elle était certaine de l’emporter à la convention démocrate de 2008 jusqu’au moment où est apparu un jeune sénateur noir de l’Illinois qui a conquis tous les coeurs. Cette année, la concurrence de Bernie Sanders a été vive et parfois désagréable. Aujourd’hui, Mme Clinton sait que le jeu est ouvert, qu’elle n’est pas sûr du tout de triompher de Trump et elle s’apprête à entrer dans une campagne qui s’annonce comme l’une des plus dures de l’histoire américaine.

Un métal inoxydable.

On a énormément médit des Clinton, on les a même calomniés et diffamés. Ils sont tous les deux faits d’un métal inoxydable. Ce sont des animaux politiques. Quels que soient leurs vices et leurs vertus, on ne saurait nier leur compétence. Hillary connaît personnellement les chefs d’État et de gouvernement du monde entier. En tant qu’ancienne sénatrice de l’État de New York, elle n’ignore rien des rouages et des procédures du congrès. Son aura ressemble un peu à celle de Nicolas Sarkozy : elle enthousiasme beaucoup de ses concitoyens, mais des millions d’Américains ne voteront jamais pour elle. Dans les « swing states », ces États dits « pivots » dont le vote est imprévisible, elle risque donc de se heurter à un noyau dur de ces électeurs qui lui préfèrent n’importe qui. Elle est également menacée par quelques candidatures fantaisistes, dont la plus crédible est celle de Jill Stein (Green party), du Massachusetts, qui peut la priver de suffrages précieux. Sa campagne sera donc un chemin de croix.
En effet, elle ne peut pas se contenter de disqualifier son rival en invoquant son excentricité et ses bizarreries. Il tient un discours qui parle non pas aux minorités ethniques mais à une classe moyenne dont le niveau de vie n’a pas progressé depuis quinze ans. Il y a chez Trump un côté social qui est certes moins élaboré que chez Clinton, mais dont l’expression touche le public. Il ignore ce qu’est une réforme et le mot même lui est étranger, mais il a montré à ses électeurs qu’il compatissait avec les victimes de la mondialisation, avec les gens qui travaillent mais restent pauvres, avec ceux qui perdent leur emploi sans bénéficier du moindre filet social. Il n’a même pas l’intention de démanteler l’Obamacare, le nouveau système d’assurance maladie, plus équitable que l’ancien.

Le parti français de Trump.

Je crois néanmoins que l’élection se jouera moins sur les idées que sur les discours. Nous avons tous constaté que d’avoir été intronisé par le parti républicain n’a pas fait de Trump un homme plus prudent. Dans les débats télévisés, il malmènera Hillary qui, elle, devra allier sa dignité à la férocité de ses ripostes. Elle ne viendra pas à bout de lui si elle le ménage. Mais elle aura du mal à se transformer. C’est une scolaire, elle sort de Harvard, elle ne croit qu’à l’examen approfondi des dossiers, pas à la rhétorique, pas aux propos précipités et à l’emporte-pièce, pas aux simplifications. Elle ne sait pas donner un camouflet à un homme irrespectueux.
En France, il existe un parti de Trump. Il est composé de ceux qui croient au populisme, confondent autorité et brutalité, et s’imaginent que l’agressivité est une forme d’efficacité. Ils auront été tout étonnés de la dernière sortie du candidat républicain, qui fait de la France et de l’Allemagne des enfers dominés par l’anarchie, à tel point qu’il ne souhaite pas que des Français voyagent aux États-Unis, ni que des Américains nous rendent visite. Selon lui, « la France n’est plus la France ». François Hollande lui a répondu que la France serait « toujours la France, parce qu’elle ne cède jamais ». C’est exactement comme si nous avions coupé les ponts avec l’Amérique après les attentats du 11 septembre, comme s’il n’y avait pas de tueries commises par des terroristes au pays de M. Trump, et comme si les victimes devaient être dénoncées au même titre que les assassins. Et s’il est élu président, M. Trump, qu’est-ce qu’il dira à ses alliés allemand et français ?

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Trump et nous

  1. MaxMaf dit :

    « Et s’il est élu président, M. Trump, qu’est-ce qu’il dira à ses alliés allemand et français ? » Ce qu’ont toujours – ou à peu près – dit les présidents des pays étrangers ! C’est-à-dire ce que les circonstances lui imposeront, traitées par les services de l’administration et des adjoints proches. Ce sera – à la forme près – ce qu’aurait dit Mme Clinton à sa place. Mais il est très probable aujourd’hui qu’elle le dira elle-même. Tant mieux ou tant pis, seul l’avenir le dira, car on peut être un président atypique et mener, in fine, une bonne politique, ou un président plus politiquement correct mais conduire une politique désastreuse. Mais l’inverse est aussi vrai. Alors tout cela ne se jugera qu’au terme du mandat de celui qui sera élu. En attendant, ce ne sont que conjectures plus ou moins rigoureusement argumentées.

  2. Chassain dit :

    Trump , la coquille vide . Clinton, les casseroles aux fesses . Rien de nouveau sous le soleil. Surtout, pas de leçons à donner . On a ce qu’ on mérite et l ‘ Atlantique n ‘ est pas bien large .

  3. Roubeix dit :

    S’il est élu, gageons que Monsieur Trump continuera à parler sans tabous, en vérité, ce qui fait hurler en France les bien pensants, largement responsables de nos malheurs actuels.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *