Représailles de l’esprit

Un imam à Saint-Étienne du Rouvray (Photo AFP)

Un imam à Saint-Étienne du Rouvray
(Photo AFP)

À l’assassinat du père Jacques Hamel, les catholiques ont riposté en tendant la main aux musulmans. Ceux-ci ont décidé alors d’assister à la messe du dimanche partout où elle était célébrée. Un élan de fraternité répond donc à la violence pure. Le danger n’en est pas moins permanent et durable.

DE FROIDS politiciens penseront que l’angélisme n’est pas la solution. Les images pastorales risqueraient de nous transformer tous en brebis égorgées. Il fallait néanmoins poser le problème du rapport entre les deux religions quand des organisations qui allient la férocité au machiavélisme veulent les dresser l’une contre l’autre. De ce point de vue, les catholiques, fidèles à leurs voeux, ont fait du bon travail ; les musulmans aussi, qui sont allés à la messe. De cette soudaine symbiose, où elle ne verra que profanation et apostasie, l’organisation État islamique concevra quelque colère. Pas moins essentiel, le signal donné par les catholiques, qui, en filigrane, interdit toute violence anti-musulmane. Il ne faut sûrement pas ajouter le désordre à la haine.
Des musulmans de bonne volonté ont publié dans le « Journal du dimanche », une profession de foi dans laquelle ils rendent hommage à toutes les victimes, avec un oubli regrettable, celui des victimes juives. C’est le moment de rappeler que l’oecuménisme n’a de signification que s’il n’exclut personne. Les musulmans doivent se faire à l’idée que les juifs de France sont tout aussi respectables que les autres et les catholiques, de leur côté, ne doivent jamais oublier leurs erreurs comme le pape le leur a rappelé à Auschwitz.

Des actes sécuritaires.

Tout cela n’a rien à voir avec le problème bien plus difficile à résoudre qu’est la sécurité en France. L’accent étant mis sur la nécessité pour nous de distinguer les musulmans dévoyés, faible minorité représentant une menace, des musulmans majoritaires qui ne demandent qu’à vivre paisiblement, les pouvoirs publics sont tenus de faire le tri, et c’est une tâche accablante. Il appartient au gouvernement de résoudre cette quadrature du cercle, parce que c’est son rôle et que la première tâche des élus consiste à assurer la protection de tous leurs électeurs. Mais on peut aussi demander aux musulmans de concrétiser leur témoignage de fidélité à la République par une vigilance accrue, par la surveillance de leurs propre entourage et par la dénonciation de ceux qui s’apprêtent à commettre un crime. Ce n’est pas facile, mais les temps sont durs pour tout le monde et ils n’échappent pas aux devoirs associés à leur appartenance à la communauté nationale qui vient d’être réaffirmée en quelque sorte par la majorité religieuse du pays.

Ouverture d’esprit.

Les imams qui se sont le plus exprimés ces derniers jours ont montré dans l’ensemble une extraordinaire ouverture d’esprit, d’abord en réclamant tous un aggiornamento de l’islam pour qu’il soit adapté au temps présent et ne s’appuie plus sur des dogmes vieux de 15 siècles, ensuite en allant même jusqu’à proposer par exemple que les femmes musulmanes ne portent plus le voile en public. Voilà un geste précis qui serait effectivement salutaire. Car l’affichage d’une religion que les terroristes veulent associer coûte que coûte à leur comportement abject soulève parfois l’étonnement, puis l’irritation et souvent, hélas, l’intolérance. Chacun sait qu’il y a trente ans, les musulmans n’obligeaient pas leurs femmes et leurs filles à porter le voile. Ils l’ont exigé à mesure que parvenaient du Moyen-Orient des injonctions de plus en plus nombreuses, pressantes et menaçantes, d’imams étrangers. Il peut y avoir un risque pour une musulmane qui ôte son voile. Mais aujourd’hui, il y a un risque pour qui prend le train, est allongé sur une plage ou fait ses emplettes dans un centre commercial.
Les musulmans de France sont en mesure d’offrir au monde l’exemple de cette intégration idéale que la France a toujours préconisée mais qui est affaiblie par le sentiment religieux si puissant qui accompagne ce siècle. Il vaut mieux, bien sûr, que catholiques et musulmans s’entendent, mais pas sur le dos d’une autre religion. La laïcité reste le moyen le plus efficace pour effacer les différences.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Représailles de l’esprit

  1. Alan dit :

    « Des musulmans de bonne volonté ont publié dans le « Journal du dimanche », une profession de foi dans laquelle ils rendent hommage à toutes les victimes, avec un oubli regrettable, celui des victimes juives.  »
    Ce genre d »oubli’, sans avoir besoin d’être freudien, est hautement significatif et hautement regrettable. On ne peut pas parler de « bonne volonté » pour des musulmans qui omettent de parler des attentats contre les juifs, alors qu’ils citent scrupuleusement tous les autres attentats survenus en France, qui parlent d’unité nationale en omettant de nommer les juifs. On a plutôt l’impression qu’ils ont essayé de ‘ménager la chèvre et le chou’, justement parce que l’antisémitisme dans le monde musulman est omniprésent, ce qui n’est un secret pour personne, et ceci pas seulement chez les pires d’entre eux, les salafistes radicaux.

  2. Michel RENAULT dit :

    Merci Richard pour votre Réflexion limpide : OUI, la Laïcité est LE Rempart !
    les Lois de la République sont au-dessus des Religions … mais pas en SocialDemokrati suédoise!
    http://www.expressen.se/debatt/gayrorelsen-blundar-for-verkligheten/

  3. JMB dit :

    Dans une interview à Télérama (8/10/2014), la sociologue Eva Illouz, enseignante à l’Université hébraïque de Jérusalem, revint sur sa naissance au Maroc, sa venue et ses études en France, et concluait: <>.
    En effet, la fin du XIXè siècle et la première moitié du XXè siècle, voit la multiplication des alyah motivée par les pogroms, les discrimintions économiques (notamment en Russie tsariste puis URSS, future Ukraine, Pologne, Europe centrale) et bien sûr la politique radicale de l’Allemagne nazie. Avant cette période, des Juifs vivaient plus tranquillement en Palestine et autres pays arabes.
    L’hostilité entre juifs et musulmans a des fondements qui leur sont extérieurs.
    Les musulmans les plus hostiles ont Les Protocoles des Sages de Sion, ouvrage des services secrets tsaristes en référence. Une bonne école si l’on peut dire.

    • JMB dit :

      Curieusement, les propos de Mme Illouz n’ont pas été reproduits. Ils disaient:
      « On sait maintenant que les pays musulmans ont été bien plus bienveillants envers les Juifs que les pays chrétiens. L’hostilité entre les juifs et les musulmans n’est, finalement, qu’une affaire récente. »

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