Une police maltraitée

Après les faits, des policiers manifestent
(Photo AFP)

Le sort des policiers en France n’est pas enviable. Non seulement ils sont soumis par les mesures de sécurité qu’entraîne la persistance du terrorisme à des normes de travail insoutenables, mais ils sont devenus la cible systématique de la colère de foules incontrôlables.

POUR ËTRE particulièrement révoltante, l’agression dont ont été victimes dans la nuit du premier de l’an un policier et une policière à Champigny -sur-Marne, n’est pas la plus grave que l’on ait recensée. Des représentants des forces de l’ordre ont été tués dans des échauffourées avec des gangsters ou des truands. Tout le monde se souvient de Viry-Châtillon où deux policiers ont été grièvement brûlés par des cocktails Molotov en 2016. En une année, on compte quelque 16 000 policiers et gendarmes victimes d’agressions diverses et pas seulement d’insultes. Cette violence est produite en partie par le sens de l’impunité acquis par les assaillants et par la diffusion sur les réseaux sociaux des scènes les plus pénibles. Il existe en effet dans le pays une « haine anti-flic » que la fraternisation consécutive aux attentats les plus violents n’a masquée que pendant de brèves périodes.

La justice doit être exemplaire.

Pourquoi ne pas le reconnaître ? La lâcheté des agresseurs traduit leur complète absence de scrupules mais aussi une détérioration du tissu social français. Dans une époque lointaine, aucun administré n’aurait songé  à se dresser contre un fonctionnaire de police. Aujourd’hui, l’instinct grégaire permet à un groupe de vingt personnes de frapper deux policiers en patrouille. De sorte que la haine l’emporte sur le raisonnement, sur le risque que l’on est censé prendre lorsqu’on s’attaque aux forces de l’ordre, sur les conséquences pénales d’actes scandaleux. Les agresseurs de Champigny, on les retrouvera bientôt, piteux, devant un tribunal. Et on veut espérer que la justice, en l’occurrence, prendra ses responsabilités.

On est d’abord tenté de dire qu’il n’est pas utile d’ajouter des lois aux lois pour venir à bout de la violence en groupe. Il y a dans l’arsenal judiciaire de quoi faire réfléchir tous ceux qui font une émeute d’une manifestation ou d’une fête. On ne doit pas pour autant faire comme si la justice aura nécessairement le dernier mot, car les membres des forces de l’ordre ne sauraient poursuivre leur tâche avec la peur de tomber dans un traquenard. La police elle-même doit organiser le travail des fonctionnaires de telle manière qu’ils ne se retrouvent pas complètement démunis face à un groupe de sauvages : il n’y a pas de meilleur terme pour décrire les agresseurs qui, dans le cas de Champigny, ne sont pas sortis pour « casser du flic » mais pour fêter le nouvel an. Si un mouvement de foule peut être accompagné par des violences, les forces de l’ordre doivent repenser leur stratégie. On veut espérer que le retour de la police de proximité permettra d’anticiper et donc de prévenir des batailles qui tourneront fatalement à l’avantage du plus grand nombre. Les deux policiers de Champigny, en arrivant sur place, ignoraient que s’était massé un groupe de plusieurs centaines de personnes frustrées de n’avoir pas pu entrer dans un lieu réservé pour le réveillon.

Le crime désorganisé.

Ce qui est relativement nouveau, c’est que n’importe quel mécontentement conduit maintenant au crime. L’incendie de voiture est devenu un sport national et fait partie intégrante de la fête du Nouvel an. L’isolement de policiers est devenu une excellente occasion de les lyncher. Nous sommes dans l’ère du crime désorganisé. Une concentration humaine se traduit presque toujours par des actes que la loi réprouve et c’est très exactement ce qui fait peser sur les forces de l’ordre une menace intolérable. Quand ils partent en patrouille, les policiers ne savent pas dans quel état ils vont rentrer. Le nombre élevé de suicides parmi eux indique clairement qu’ils souffrent d’exercer leur métier, qu’ils n’y voient plus un sacerdoce, la protection du citoyen, et que, si on se contente d’enterrer les affaires graves, on finira par ne plus trouver les effectifs nécessaires pour lutter contre toutes les formes de criminalité et de terrorisme.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Une police maltraitée

  1. Michel de Guibert dit :

    Merci pour votre article ; j’espère qu’il sera lu et médité par les « juges » du syndicat de la magistrature…

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