Oui à la morale dans les écoles

Vincent Peillon
(Photo AFP)

Le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, veut lancer un programme de « morale laïque » dans les écoles. Il n’invente rien puisque son prédécesseur, Luc Chatel, avait déjà renforcé l’instruction civique et morale, enseignement qui commençait à tomber en désuétude et qui a, pourtant, une importance considérable. 

M. PEILLON  a cru bon de préciser que la morale dont il parle est d’essence laïque, connotation républicaine probablement destinée à démontrer qu’elle sera différente de celle de Nicolas Sarkozy, qui avait pris ses distances avec la laïcité, notamment quand il a dit que le prêtre lui semblait plus irremplaçable que le professeur. Ce qui avait fait bondir les ardents défenseurs de l’école publique et républicaine. Le ministre va installer une « mission » (encore une) dont la tâche consistera à harmoniser les cours qui sont déjà dispensés. On ne s’offusquera pas de cette méthode bureaucratique, l’essentiel étant de rendre à l’instruction civique et morale, battue en brèche par l’individualisme et par une conception erronée de la liberté, toute l’importance qu’elle mérite.

Il ne semble pas que l’on ait beaucoup songé à ce très utile instrument d’apaisement des révoltes adolescentes lorsque l’on a réformé, à plusieurs reprises, l’éducation nationale. On a changé les horaires, en les allongeant ou en les raccourcissant, et en s’en servant comme d’une variable économique dès lors que les congés des enfants permettaient ou non aux parents d’aller dans leurs résidences secondaires ou de faire de courts voyages. On a laissé le niveau scolaire se dégrader en attribuant des notes imméritées dans un souci de démocratisation de l’enseignement, ce qui a conduit à une augmentation ahurissante de l’illettrisme. On est consterné par la violence et par l’usage de la drogue sans voir que les mises en garde adressées par les professeurs aux enfants sont rares ou insuffisantes.

L’enseignement du civisme et de la morale doit commencer très tôt, comme autrefois, au moment précoce de la vie où l’enfant est encore perméable au discours sur la vertu et avant qu’il ne se rebelle contre la société, l’école et sa famille. On a commencé à renoncer à la société permissive, mais c’est trop tard : les élèves construisent leur personnalité par opposition à l’autorité, donc au maître. Il faut leur expliquer qu’il n’y a rien de plus banal  et facile que de céder aux sollicitations du vice, que, s’ils veulent montrer leur courage, ils doivent se méfier des passions destructrices et que, pour ce qui concerne les garçons, il y a plus de virilité dans  la ferme détermination que dans un comportement de mouton de Panurge.

Il est bon également que les enseignants décrivent la société démocratique, avec le suffrage universel et le libre-arbitre. Dès le moment où il aura été posé que la liberté de chacun s’arrête là où elle menace autrui, les élèves finiront par comprendre, dans leur majorité, que l’unique moyen de changer ce qui ne va pas dans une société bien organisée, c’est le vote. Enfin, il est essentiel de répéter à satiété que, en dépit des mauvaises nouvelles, de l’injustice sociale, de la pauvreté, non seulement les violences minoritaires n’y changeront rien, mais le « système » si détesté offre des moyens d’action : pour peu que s’y mette la totalité des adultes, il est possible de modifier le destin collectif.

C’est pourquoi on reconnaîtra son mérite à l’initiative de Vincent Peillon, plutôt que de la brocarder au nom du combat politique.

RICHARD LISCIA

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