Sécurité : le laboratoire marseillais


Samia Ghali
(Photo AFP)

Le gouvernement va lancer une expérience à Marseille en créant des zones prioritaires de sécurité. Il refuse de répondre positivement à l’appel de la sénatrice et maire de deux arrondissements marseillais, la socialiste Samia Ghali, qui réclame l’intervention de l’armée. Les multiples réglements de compte dans la cité phocéenne expliquent la réaction rapide de nos dirigeants, qui tiennent par dessus tout à montrer qu’ils ne sont pas laxistes en matière de sécurité.

MME GHALI estime que l’exécution à Marseille de 19 jeunes gens depuis le début de l’année mérite des mesures exceptionnelles non seulement parce que les réglements de compte entretiennent un climat de terreur dans la population mais parce qu’une vie est une vie et que les familles des victimes, fussent-elles des trafiquants, souffrent autant que toute famille endeuillée par un décès. Les socialistes, dans leur ensemble, se sont indignés de la proposition parce que l’armée n’a pas vocation à intervenir au coeur de la population civile. Mais Samia Ghali ne dramatise pas une situation objectivement intolérable : Marseille est en train de devenir une zone de non droit.

L’action de Valls.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a pas perdu de temps depuis la formation du gouvernement Ayrault : il prend des décisions qui ressemblent fort, par leur fermeté, à celles de Claude Guéant, même si les discours sont très différents. On l’a vu à l’oeuvre chez les Roms, évacués sans ménagements de leurs bicoques insalubres, mais que l’on tente de loger et de mettre au travail. L’opinion retient moins l’effort compassionnel en faveur d’une population d’une pauvreté inouïe que l’éradication progressive des campements, à la fois illégaux et indignes.

M. Valls a apporté, dans le cortège des réformes socialistes, une note personnelle conforme à ce qu’il a toujours dit mais qui tranche, idéologiquement, par rapport au credo général du gouvernement. Au courant qu’il représente en matière de sécurité, Samia Ghali apporte une forme de surenchère qui a au moins le mérite de montrer que tous les socialistes ne sont pas coulés dans le même moule. On aurait donc tort de critiquer le principe même des zones prioritaires de sécurité. On se demande toutefois avec quels effectifs elles seront créées. Certes, François Hollande engagera, comme il l’a promis, un millier de policiers de plus, qu’il peut affecter en partie à Marseille. Mais ce que l’on sait des zones de non droit, c’est que la police ne s’y aventure que si elle a la possibilité d’engager une opération de force, qui pour être spectaculaire, reste toujours limitée dans le temps et n’empêche pas les réseaux de trafiquants de se reconstituer rapidement. Les hommes et les femmes chargés de maintenir l’ordre ont parfois la consigne de ne pas intervenir pour éviter une émeute.

Dans une zone de sécurité, on imagine que les policiers resteront présents jour et nuit. La force de la criminalité, c’est son infinie patience. Elle attend, tout simplement, que, au bout d’une longue surveillance, les forces de l’ordre se lassent. La plus ferme détermination finit par se déliter dans le temps.

RICHARD LISCIA

 

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