Sarkozy, le retour ?


Le chemin de 2017 sera ardu
(Photo AFP)

Un sondage CSA pour RTL indique aujourd’hui que 55% des Français ne regrettent pas que Nicolas Sarkozy ne soit plus président de la République. Cela devrait doucher les commentaires multiples, abondants et prématurés sur le retour de M. Sarkozy. Lequel a tout le temps d’envisager ou non une candidature pour 2017.

CANDIDAT à la présidence de l’UMP, François Fillon a très bien montré que, si M. Sarkozy veut revenir un jour, son premier soin doit être de ne rien dire pendant deux ou trois ans. La popularité qu’il n’avait plus en tant que chef de l’État et qu’il semble reconquérir est directement liée à son silence. Deux facteurs l’expliquent en effet : d’une part, M. Sarkozy bénéficie de la déception que ressentent les Français depuis que François Hollande est au pouvoir. L’actuel président ne mérite pas vraiment cette désaffection : tout le monde aurait dû comprendre qu’il ne ferait pas de miracles et que la crise est plus forte que le volontarisme de nos dirigeants. En outre, la déception est le fait de gens divers, ceux qui attendaient un programme plus généreux et n’aiment guère M. Sarkozy et ceux qui se situent dans l’opposition. D’autre part, Nicolas Sarkozy a été battu par M. Hollande de justesse. Il a subi un échec, non une disqualification définitive. En outre, il a su prononcer, au moment de sa défaite, son meilleur discours, à la fois le plus simple et le plus élégant.

Rien ne bougera avant 2016.

Cela signifie-t-il pour autant que les Français aient la nostalgie de M. Sarkozy ? Le sondage cité plus haut semble témoigner du contraire, mais, selon d’autres enquêtes d’opinion, une majorité de nos concitoyens préfère finalement son style incisif à la « normalité », annoncée puis déprogrammée, de François Hollande. La chance de M. Sarkozy, c’est que, en aucun cas, il ne saurait entrer dans la bagarre des frères ennemis pour la présidence de l’UMP. Il continuera donc à se taire au moins jusqu’à l’élection. Que François Fillon ou Jean-François Copé l’emporte ne sera à ses yeux que secondaire, s’il estime que personne ne résisterait à son come-back. Bref, il ne devra pas déclarer la moindre candidature à un poste électif avant 2016.

On ne sait pas s’il en est capable et on sait encore moins si les événements, les résultats, bons ou mauvais, obtenus par la gestion de la gauche, l’émergence d’un autre homme fort à droite ne risquent pas modifier la donne au point de rendre impossible le retour de M. Sarkozy. Battu par Mitterrand en 1981 au terme d’un seul mandat, Valéry Giscard d’Estaing, a voulu plus tard revenir sur le devant de la scène. Il n’y est jamais parvenu. On cite le cas de Jacques Chirac, battu en 1988 par Mitterrand, et élu président sept ans plus tard. Ce n’est pas le cas de figure que présente le parcours de M. Sarkozy.

Il y a une vie après Sarkozy.

À ces considérations, il faut ajouter que, pour les ténors de l’UMP, il y a une vie après Sarkozy. L’ancien ministre Xavier Bertrand l’a rappelé, qui estime que l’on ne peut pas rester fidèle au passé sans faire de propositions pour l’avenir. En d’autres termes, la vie suit son cours et les trahisons sont presque naturelles en politique. À droite,  Chirac a trahi Chaban-Delmas, puis Giscard et, plus tard, Édouard Balladur et Nicolas Sarkozy ont trahi Chirac. À gauche, Lionel Jospin n’a été éliminé au premier tour en 2002 que parce que Jean-Pierre Chevènement lui a pris des voix, aggravant ainsi, pour des raisons relevant plus du caprice que de l’idéologie, la menace de l’extrême droite, qui a forcé le « peuple de gauche » à voter massivement pour le candidat de la droite. Pour prendre un exemple, un François Fillon élu président de l’UMP, critique permanent de la gestion du pays par la gauche, ralliant chaque jour des soutiens, ne tolèrerait pas que Nicolas Sarkozy, après quatre ans d’absence, annonce sa candidature. Certes, nul n’est prophète en son pays. Mais si la presse accorde autant d’importance à l’ex-président, c’est surtout pour créer un faux suspense qui,  d’ailleurs, ne sort pas de la rubrique people.

RICHARD LISCIA

 

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5 Responses to Sarkozy, le retour ?

  1. derrien dit :

    Moi, je souhaite qu’il se représente, car je pense que la situation de la France sera si désastreuse après cinq ans de socialisme que l’on aura bien besoin de lui pour la redresser. Pour ma part, s’il renonçait à se présenter, je voterais Marine.

  2. Herodote dit :

    Que 55 % des Français regrettent (déjà) N.Sarkozy se comprend pour les raisons énoncées ici. La question d’un retour est en effet prématurée. Il reste que l’ancien timonier laisse une impression d’autorité rugueuse mais déterminée qui semble faire défaut à l’équipage actuel. Par le temps qu’il fait, naviguer sans cap ne peut pas continuer jusqu’en 2017. D’ici là, plusieurs hypothèses, mais une certitude : en cas d’échec, à gauche comme à droite, tous les passagers trinqueront.

  3. vultaggio-lucas dit :

    « Que 55 % des Français regrettent (déjà) N.Sarkozy se comprend pour les raisons énoncées ici… » écrit notre confrère. Beau lapsus calami! Car c’est le contraire que le sondage a énoncé… « La question d’un retour est en effet prématurée. » poursuit-il…Comme le ton de cette phrase manque, il n’est possible de se fonder que sur la suite de ses propos, à savoir : « Il reste que l’ancien timonier laisse une impression d’autorité rugueuse mais déterminée qui semble faire défaut à l’équipage actuel. » pour penser que notre confrère est un nostalgique de l’ex-président de la République et de sa méthode de gouvernance aussi éloignée de la décence que le libéralisme économique est éloigné de la Morale.
    Il n’est pas du tout sur que le président Sarkosy veuille revenir aux affaires et n’être que candidat à la Magistrature suprême compte tenu de son personnage/personnalité. Et, le voudrait-il, la majorité des français même de droite n’en veut plus comme le montre le sondage cité en introduction de cet éditorial et d’autres encore plus précis quant au refus catégorique de le revoir aux affaires, enfin celles concernant le « pilotage » de la République française »…car il y a les autres affaires… Les nostalgies et les nostalgiques ne font pas le futur!

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