Hollande doit rassurer

La politique du zig-zag
(Photo AFP)

François Hollande a bien raison de tenir une conférence de presse, demain en fin d’après-midi à l’Élysée, car les questions ne manqueront pas. La principale concerne la cohérence des dispositions adoptées depuis six mois par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Pour notre part, nous avons cru déceler mardi dernier, avec l’adoption du pacte compétitivité, un tournant dans la politique économique. Il est vrai cependant que ce tournant s’inscrit mal dans la loi de finance.

C’EST LA PREMIÈRE FOIS que François Hollande sacrifie à la grand-messe de la conférence de presse depuis qu’il a été élu président. Après avoir promis qu’il s’exprimerait le plus souvent hors de l’Élysée, il a soudain réalisé qu’il n’y avait pas de meilleur endroit pour parler. De même qu’après avoir choisi le train pour ses déplacements, il a fini par utiliser l’avion. L’adoption du pacte de compétitivité que, pour notre part, nous avons saluée, n’a pas vraiment diminué l’intensité des attaques de la presse contre la politique économique du gouvernement. On reconnaîtra qu’il n’existe aucune cohérence entre les mesures fiscales inscrites dans le projet de budget et les allègements d’impôts et de charges consentis aux entreprises dans le cadre du pacte, entre la première vague de réduction de dix milliards de la dépense publique et la deuxième vague d’un montant égal (il suffisait d’une vague de 20 milliards).

Une politique de l’offre.

Il nous semble que M. Hollande a changé de cap. Qu’il a substitué une politique de l’offre à une politique de la demande. Qu’il s’est décidé à stimuler la production plutôt que la consommation. Mais il doit le dire. On n’exige pas de lui qu’il reconnaisse qu’il s’est trompé de choix au tout début de son mandat, qu’il a commencé par faire des cadeaux, pour imposer ensuite la rigueur, qu’il a rétabli partiellement la retraite à 60 ans et a embauché des fonctionnaires, et qu’il a donc augmenté les dépenses de l’État pour changer d’idée ensuite et décider 20 milliards de coupes. C’est certain, il ne présentera pas les séquences de son action en ces termes. En revanche, il peut l’interpréter pour nous.

L’adoption du pacte de compétitivité a eu lieu sous la pression de la presse et des chefs d’entreprise. Elle a contraint Jean-Marc Ayrault à appliquer la plus grande partie des mesures proposées par Louis Gallois, tout en modifiant (et en compliquant) les mesures d’allègement fiscal qui concernent les entreprises. Elle revient à faire de la TVA dite sociale, naguère présentée comme un péché, l’instrument essentiel d’une relance économique en 2014. Pourquoi pas en 2013 ? Pour qu’une année de plus s’écoule entre le serment messianique de la campagne électorale (« Nous n’augmenterons jamais la TVA ») et le moment où il faudra bien mettre la tête de l’idéologie du PS sur le billot. Bref, l’adoption partielle du rapport Gallois a conduit à quelques incohérences de plus.

Improvisation.

On imagine que M. Hollande tracera le fil rouge de sa continuité programmatique en décrivant les deux plateaux de son balancier, préserver la croissance et stimuler la production industrielle. Avec, bien sûr, le souci d’aider les pauvres et les précaires. Il a  aboli la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ; il a augmenté la prime de rentrée scolaire ; il a a donné au SMIC un minuscule coup de pouce. Ce faisant, il n’a contenté personne, ni les syndicats, d’autant plus moroses que la victoire de la gauche a fait naître chez eux un espoir insensé ; ni le patronat, qui, tout en approuvant sa volte-face économique, craint « l’usine à gaz » du crédit d’impôt. Donc, un coup pour les pauvres, un coup pour l’industrie. Un coup en faveur des enseignants, un coup en faveur de l’équilibre budgétaire. C’est de l’improvisation.

M. Hollande n’a pas non plus satisfait nos voisins allemands qui se demandent où il va et comment il y va. Qui ne sont pas convaincus à 100% qu’il réduira à 3% le déficit budgétaire en 2013. Qui s’inquiètent de la dégradation des relations franco-allemandes alors que l’axe formé par les deux pays est le seul garant de la résistance de l’euro à la crise. En conséquence, le président de la République doit non seulement nous éclairer sur ses intentions profondes, mais aussi nous rassurer.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Hollande doit rassurer

  1. francois dit :

    Avec François Hollande, nous apprenons que la crise précédemment niée existe, que les efforts de rigueur budgétaire sont nécessaires, que les efforts fiscaux ne toucheront que les riches (ces ignobles individus), etc.
    Comprenons nous bien , ce que je critique n’est pas la réalité de tout ceci ; cela fait 30 ans que les pays occidentaux , et notamment la France vit très (trop?) largement au dessus de ses moyens, et même Sarkozy, que je n’approuvais pas,aurait vraisemblablement fait la même chose. Non, ce qui me navre,c’est que ces gens là utilisent la (des)espérance des peuples à des fins politiques.
    Même devant la catastrophe économique qui s’annonce , ils sont à peu près tous incapables de s’unir afin d’adopter une cause nationale au delà des clivages qui seule pourrait nous sortir de l’ornière.
    Si bien que je n’attends pas grand-chose de cette allocation présidentielle. Ou plutôt si, une petite phrase du genre : « Nous vaincrons car nous sommes les plus forts »; cela pourrait tenir de la méthode autosuggestive , de l’aveuglement doctrinaire ou de l’erreur historique , mais cela risquerait d’augurer réellement notre futur économique et social.

  2. vultaggio-lucas dit :

    « L’adoption du pacte de compétitivité a eu lieu sous la pression de la presse et des chefs d’entreprise », est- il écrit dans cet article. Ne serait- il pas plus judicieux de dire « sous la pression des chefs d’entreprise relayée par les médias qu’ils possèdent ? » Seule Mme Parisot s’est montrée ravie du cadeau de 20 milliards fait indirectement aux entreprises quant au coût du travail lequel n’est pas aussi élevé que d’aucuns le prétendent, selon certains économistes libéraux. Les cotisations sociales dites salariales et patronales font partie du salaire différé que les salariés avaient décidé de mettre dans un « pot commun » pour aider ceux qui en avaient malheureusement besoin du fait de la maladie ou du chômage, par exemple. Autres temps, autres moeurs, le PACS ne suffisant plus, il est de bon ton de passer au mariage entre toutes et entre tous, et donc après toutes les exonérations de cotisations sociales concédées au patronat ces dix dernières années, il va de soi qu’au nom de la compétitivité dont la mauvaise santé française n’a rien à voir avec le coût du travail, il va donc de soi que les libéraux de gauche fassent les cadeaux à leurs commanditaires puisque depuis 1984, année de la première rigueur de gauche, il est convenu que les libéraux de gauche et de droite gèrent l’économie de marché ou capitalisme, en alternance.

  3. bonnefoy dit :

    Le bon article de R. Liscia campe les difficultés auxquelles est confronté un president dont la campagne était axée sur le retour de la croissance.
    Mais il y a un contresens sur l’objectif des trois pour cent de déficit : en disant que 2,80% ne serait pas la fin du monde , je pense qu’il faut comprendre que 3,20% ne serait p as la fin du monde. En effet faire seulement (!) 2,80% serait une super bonne nouvelle.

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