Corse : l’impuissance

À Ajaccio, sur les lieux du crime
(Photo AFP)

L’assassinat, à Ajaccio, de Jacques Nacer, président de la Chambre de commerce de la ville, porte à 17 le nombre de crimes prémédités commis en Corse depuis le début de l’année. Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a rappelé que les crimes de sang perpétrés dans l’île de Beauté représentent 20 % de tous les meurtres enregistrés en France, pour une population inférieure à 0,30 % de la population nationale.

LE GOUVERNEMENT n’est pas resté les bras croisés. François Hollande a demandé à M. Valls et à Christiane Taubira, ministre de la Justice, de partir séance tenante pour la Corse où ils sont arrivés au milieu de la nuit de mercredi à jeudi et où ils ont tenu aussitôt des séances de travail avec les élus et des hauts fonctionnaires. Le ministre, on s’en souvient, avait commis sa première bourde en accusant l’opposition d’être « à l’origine du retour du terrorisme » en France. Recadré par le président de la République lors de sa conférence de presse de mardi dernier, M. Valls a fait amende honorable et s’est excusé auprès de la droite. De son voyage en Corse, il retire l’idée principale que la lutte contre la criminalité ne peut réussir que si les Corses eux-mêmes commencent à parler et mettent un terme à la tradition de l’omerta. Ce que les Corses, de toute évidence gagnés par la peur, ne sont pas prêts à faire.

Si quelques victimes sont des nationalistes ou d’anciens militants du séparatisme, il apparaît que le crime mafieux s’est substitué au crime politique. Dans cette île dont la nature devrait inciter les Corses à profiter de la vie, on règle ses comptes à coups de revolver ou de kalachnikov. La violence, la multiplicité des exécutions sommaires, l’impunité dont bénéficient des jeunes gens qui basculent dans la plus abjecte des dérives criminelles créent un sombre climat. Désespoir et fatalisme caractérisent une population dont la majorité a renoncé au retour, extrêmement improbable, à des moeurs un peu plus civilisées.  Si déterminé et actif qu’il soit, M. Valls semble bien impuissant, qui risque de ne pas réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Lancer des enquêtes financières.

Le seul espoir ne peut venir que d’une action de la justice qui s’efforcerait de fouiller dans les actes de corruption en même temps qu’elle essaierait de trouver les coupables. On ne doit pas oublier que, à Chicago dans les années trente, Al Capone est tombé non pas à cause des crimes qu’il avait commandités mais à la suite d’une fraude fiscale. En Corse, nous avons besoin d’enquêteurs financiers tout autant que de détectives.  C’est de cette manière que l’on remontera une filière aboutissant à des crimes résultant non plus de l’irrédentisme mais de marchés truqués, de l’avidité, de profits illicites et rapides, tous induits par une anarchie nourrie, effectivement, par la vieille habitude du crime politique.

L’exemple de la Sicile, où des juges et des policiers ont été assassinés en grand nombre sans que le pouvoir de Rome puisse se réjouir d’avoir imposé la loi et l’ordre, n’est guère encourageant. Le discours sur la puissance du pouvoir central et sur les « valeurs » de la République tombe dans l’oreille de sourds qui continuent leur sinistre besogne. Et que fera-t-on lors du prochain assassinat ? Renverra-t-on deux ministres sur un front invisible?

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Corse : l’impuissance

  1. vultaggio-lucas dit :

    « il apparaît que le crime mafieux s’est substitué au crime politique. » est-il dit dans cet article. Des historiens disent plutôt le contraire à savoir que la criminalité se serait « politisée », histoire de se donner du panache. Cela dit, le laisser faire des libéraux de droite comme de gauche n’arrangera pas ces affaires criminelles,d’autant moins que ce type de terrorisme fait taire les témoins dans tous les sens du terme. De plus, la violence se généralisant partout en France dans tous les milieux, à tout âge et pour trois fois rien, il est à craindre que nous n’en puissions voir la fin. Y aura- t-il au moins des « repentis » comme en Sicile ou à Naples?

  2. anger dit :

    On peut lutter contre le terrorisme islamique mais pas contre la mafia corse?
    Cherchez l’erreur.

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