Le cas Cahuzac

Jérôme Cahuzac
(Photo AFP)

Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, est accusé par le site Mediapart, spécialisé depuis longtemps dans les « affaires », d’avoir eu un compte en Suisse. Mediapart apporte des « preuves », toutes fournies par un « vérificateur » fiscal du Sud-Ouest, un certain Rémy Garnier. M. Cahuzac dément avoir jamais possédé un compte chez UBS. Médiapart affirme que le compte a existé, qu’il a été clos en 2010 et que l’argent a été viré vers un lointain paradis fiscal.

ON PEUT compter sur Mediapart pour enquêter à fond sur cette affaire et ne pas lâcher le ministre ; on peut compter sur M. Garnier pour réaffirmer ses accusations : considéré autrefois comme un bon contrôleur fiscal, il semble en avoir trop fait et fut mis au placard. Il explique aujourd’hui que, n’ayant plus grand-chose à faire, il a enquêté sur les biens de M. Cahuzac. Lequel a acheté en 1994 un appartement de 6 millions de francs, soit un peu moins qu’un million d’euros, ce qui n’est pas énorme pour un logement parisien et pour un médecin de talent (M. Cahuzac a exercé la médecine pendant de nombreuses années).

Un doute.

Il y a donc dans cette affaire de nombreux points qui soulèvent un doute plus que légitime sur la véracité des révélations de M. Garnier, manifestement saisi par les délices de la chasse à courre et sur le comportement de Mediapart, harceleur en chef des hommes politiques de droite ou de gauche, ce qui ne l’empêche pas d’avoir parfois raison. M. Cahuzac a trouvé un soutien en la personne d’Éric Woerth, son prédécesseur de droite, qui, lui-même, fut obligé de démissionner à cause du rôle qui lui a été attribué, jusqu’à présent sans preuve définitive, dans l’énorme affaire à tiroirs des Bettencourt. M. Woerth semble agir au nom de la solidarité des victimes. Chargé par le gouvernement de Nicolas  Sarkozy de chasser l’évasion fiscale, il s’est procuré une liste de quelque 3 000 noms de citoyens français munis d’un compte en Suisse, ce qui a donné lieu à pas mal de redressements fiscaux. Aujourd’hui, M. Woerth affirme haut et fort que le nom de M. Cahuzac n’a jamais figuré sur cette liste.

Le public n’aime pas ça.

On comprend pourquoi un homme de droite, qui n’a cessé de se plaindre d’accusations lancées contre lui mais selon lui injustifiées, vole au secours d’un homme de gauche. Il tente de démontrer qu’il y a dans l’attitude des médias avides de scandales un acharnement qui transforme en victimes les personnalités que l’on veut dénoncer, même si l’on dispose de preuves insuffisantes. Le public n’est pas friand de ces scandales, qu’ils soient avérés ou fabriqués. Ils font peser un soupçon de plus sur la classe politique dans son ensemble et ils éloignent les électeurs des partis de gouvernement au profit des extrêmes.

Comme ministre du Budget chargé de réduire les déficits publics à 3% en 2013, Jérôme Cahuzac est compétent et efficace.  À un tâche accablante, il apporte ses connaissances, profondes, en matière fiscale, et une détermination à toute épreuve qui ne lui fait pas que des amis, y compris dans son camp. Avant d’être ministre, il présidait la commission de l’Assemblée chargé des questions budgétaires. On peut sortir du bois et mettre à mal un homme utile à la France ; on peut, comme Mediapart, engager avec un représentant du pouvoir un bras-de-fer qui glorifie provisoirement son détracteur ; on a le droit de s’appuyer sur une liberté de la presse qui fait toute la différence entre la France et une république bananière ; on a le devoir mettre la vérité au-dessus de tout parce qu’il est insupportable qu’une société vive dans le mensonge.

Mais l’opinion publique souhaite que, avant de s’en prendre à une personnalité politique qui, jusqu’à présent, a fourni tous les gages de probité, les medias s’assurent qu’ils disposent d’un dossier irréfutable. Car, sur la base d’accusations dont on devine qu’elles profitent surtout à ceux qui les formulent, on prend le risque de détruire un homme qui  ne l’a mérité en aucune manière. Tout homme est présumé innocent tant qu’il n’a pas été condamné. Il est paradoxal que M. Cahuzac soit tenu d’administrer la preuve de son innocence alors que les preuves de sa culpabilité ne sont pas vraiment établies.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Le cas Cahuzac

  1. René Migeon dit :

    Ce monsieur R. G., procédurier, justicier, depuis plus de 10 ans, ne pourrait-il pas être un paranoÏaque, toujours ou souvent, à la limite du délire ?

  2. Manfrédi dit :

    J’ai connu personnellement le Dr Jérôme Cahuzac et j’ai pu constater en plusieurs occasions qu’il était un homme intègre et honnête, bien moins intéressé par l’argent que ses compétences chirurgicales n’auraient pu le lui permettre. Je suis donc convaincu qu’il est victime dans le meilleur des cas d’une erreur journalistique et dans le pire des cas d’une campagne visant à détruire une carrière politique qui s’annonce brillante, peut-être trop au goût de certains concurrents.Et tant qu’électeur de droite je ne suis pourtant pas du même bord politique que lui, mais l’odeur de la calomnie m’inspire une insurmontable nausée.

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