Une maladie américaine

Obama dans son chagrin
(Photo AFP)

La tragédie de Newtown, dans le Connecticut, a provoqué la mort de 27 personnes, dont vingt enfants âgés de 6 ans ou moins. Un tueur fou, Adam Lanza, a pénétré vendredi dans une école primaire et a ouvert le feu avec des armes automatiques. L’Amérique est en deuil. Dimanche, Barack Obama s’est rendu sur place. Il a promis de faire tout ce qui est en son pouvoir pour mieux protéger les enfants des écoles.

LE DEUIL est immense et partagé par tous, y compris à l’étranger. La sombre réalité est que cette tuerie en est une parmi d’autres, presque aussi sanglantes, et que, devant l’impuissance de la société américaine devant cette étrange fatalité, la démocratie américaine ne semble disposer d’aucun moyen pour enrayer cette dérive meurtrière.

Le droit, pour tout citoyen, de porter des armes est inscrit dans le deuxième amendement à la Constitution. Il fait donc partie d’un corpus formé des dix premiers amendements (sur un total de 27) appelé Bill of Rights, qui a davantage force de loi que le texte originel de la Constitution lui-même. Il a été adopté le 17 septembre 1787, et appliqué le 4 mars 1789. Il a résisté à plusieurs contestations devant la Cour suprême, y compris en 1939, dans le contexte d’insécurité créé par les très célèbres Bonnie et Clyde.

Le deuxième amendement.

Le deuxième amendement nous a été présenté par la presse comme une disposition irréfragable de la Constitution. Ce n’est pas vrai. Le problème n’est pas seulement législatif : on  prétend que les élus ne peuvent pas changer la loi fondamentale (ils le peuvent, avec une majorité des trois cinquièmes, pour le moment introuvable). Il est également juridique. C’est la Cour suprême qui a été saisie à plusieurs reprises pour que le deuxième amendement soit repoussé ou interprété d’une autre manière. Moins pour des cas de port d’armes individuel que pour ceux qui concernaient la création de milices d’État armées dont des citoyens souhaitaient la remise au pas par le gouvernement fédéral. Il est parfaitement possible, après le massacre de Newtown, que des citoyens de la ville ou les familles des victimes posent de nouveau la question aux neuf Sages.

Ce serait certes une démarche longue, difficile, probablement vouée à l’échec si l’émotion créée par l’affaire de Newtown finit par s’estomper et si le gouvernement de M. Obama ne montre pas sa détermination à changer les choses, en dépit des sérieux obstacles politiques posés par la dissémination d’armes de toutes sortes ( il y en aurait environ autant que de citoyens, soit quelque 300 millions) dans tout le territoire américain et de la force imbécile de l’argumentation des détenteurs d’armes : ce ne sont pas les armes qui font le mal, ce sont les hommes ; contre ces fous qui menacent des civils, il vaut mieux être armé.

Le président Obama a certes beaucoup de pain sur la planche pour un second et dernier mandat qui commence le 20 janvier prochain. On oublie trop souvent ce qu’il a fait ou réussi pendant son premier mandat, à commencer par un redressement économique, certes insuffisant, mais réel. Il doit cependant accorder la priorité au problème de la détention d’armes parce que tout laisse croire qu’il y aura de nouveaux massacres dans les universités, les écoles ou les lieux publics et qu’il est urgent de les empêcher.  Une sécurité accrue est indispensable, bien que très fastidieuse, avec des portiques, des lieux fermés pendant les cours, des agents de sécurité armés. Sur le long terme, il est évident qu’il faut réduire la circulation des armes, se dresser avec vigueur contre le lobby arrogant de la National Rifle Association (NRA), et adopter une loi fédérale très stricte sur le commerce des armes. C’est une tâche de Titan. Mais c’est le leadership du président qui est en question. Il ne peut plus se dérober.

RICHARD LISCIA

 

 

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One Response to Une maladie américaine

  1. tassery sylvie dit :

    Bonjour, un petit détail qui a son importance, les USA ne sont pas une démocratie, il y a 2 partis autorisés, un de droite et un d’extrême droite….aucun autre parti n’est autorisé, il ne peut donc pas s’agir d’un pays démocratique , non ?
    bonnes vacances
    ST

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