Où va se nicher le réformisme

Jean-Louis Debré, président du CC
(Photo AFP)

Avide de tenir autant de promesses électorales qu’il lui est possible, François Hollande a décidé de réformer le Conseil constitutionnel. À en croire l’Élysée, il ne s’agit pas de porter atteinte à une institution qui vient de repousser la taxe de 75 % sur les revenus supérieurs à un million d’euros, ni de priver Nicolas Sarkozy du bénéfice de sa présence au Conseil en tant qu’ancien président, membre de droit, mais de mettre fin à un privilège anachronique.

NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET a déclaré un peu vite que M. Hollande était coupable d’une « mesquinerie » envers M. Sarkozy. En réalité, le président associe le respect de nos anciens chefs d’État à son abnégation, puisque, selon lui, le premier ex-président à ne pas entrer au Conseil, ce sera lui. Il se privera d’une fonction prestigieuse et du salaire qui va avec, sans s’intéresser à Jacques Chirac ou Valéry Giscard d’Estaing, qui sont âgés, ni à Sarkozy qui, lui, pourra continuer à siéger pendant encore de nombreuses années au sein de ce qui est notre Cour suprême.

Une procédure longue et compliquée.

Cependant, le président Hollande ne peut modifier la composition du Conseil constitutionnelle, supprimer la Cour de Justice de la république et aménager le statut du chef de l’État, comme il l’a annoncé, sans réunir les deux chambres en Congrès et sans obtenir une majorité des trois cinquièmes, procédure qui n’est ni facile ni dépourvue d’écueils. On concèdera au président sa bonne volonté et même l’honnêteté d’un homme qui tient absolument à ce que la plupart des propos qu’il a tenus pendant sa campagne électorale seront suivis d’effet. Mais pas tous : pour ne prendre qu’un exemple, il semble avoir renoncé au droit de vote des étrangers dans les élections locales, réforme repoussée  sine die. 

On note simplement un  zèle considérable dans la mise en oeuvre de réformes dites de société, même si celles que nous venons de mentionner sont de nature plus politique. Son ardeur et son activisme dans la résolution de problèmes dont l’urgence nous semble relative n’échappent pas au soupçon de détournement de l’opinion, obsédée par la crise et par ses conséquences, que le pouvoir aimerait orienter vers d’autres sujets que le chômage, la fiscalité ou le pouvoir d’achat. Le gouvernement nie farouchement son indifférence à la dette et aux déficits et réaffirme chaque jour qu’il entend bien diminuer les dépenses publiques. Il n’est pas impossible que Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, soit à l’oeuvre, dans la discrétion. Il n’empêche que l’on ne nous a toujours pas dit comment le pouvoir entend appliquer les coupes budgétaires qui nous permettraient de parvenir à un déficit public de 3% de la richesse nationale pour 2013.

Un début d’année lent.

Si nous faisons un mauvais procès au gouvernement, il lui appartient de nous le démontrer. Puisque M. Hollande et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, se partagent la tâche, on veut bien que le président réforme les institutions pendant que le chef du gouvernement réduit les dépenses. On veut bien aussi que le pouvoir se sente assez fort pour mener de concert les réformes économiques et sociales et celles des institutions. Mais d’où tient-il cette confiance en lui-même ? Le début de l’année est lent sur le plan politique. Il succède à une fin d’année 2012 marquée par le fiasco de Florange où le Premier ministre a perdu une bonne partie de sa crédibilité et ne l’a pas reconquise, malgré un branle-bas de combat gouvernemental, dès les premiers jours de janvier, qui n’a convaincu personne. On nous reparle de plan, de projet et même de vision. Des mots. Il suffit que le gouvernement nous dise de quelle manière il va réduire les dépenses, priorité de son action pour cette année.

RICHARD LISCIA

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