Mali : pas si simple


Le site d’In Amenas
(Photo AFP)

En Algérie, les intégristes ont attaqué le site gazier d’In Amenas et pris en otage une quarantaine d’occidentaux, dont l’un, au moins, a été tué. In Amenas est à 1 200 km du nord du Mali et la bande de Mokhtar Ben Mokhtar, qui revendique l’attaque, se trouvait certainement à une relative proximité du site gazier.

L’OFFENSIVE MILITAIRE française a donc des effets pervers : l’Algérie produit 20 % de son gaz à In Amenas et le sort des otages, des Américains, des Britanniques, des Norvégiens, est plus qu’inquiétant. Les Algériens ont tenté de reprendre le site mais ont dû rebrousser chemin. Ils excluent toute négociation, mais il est peu probable, de toute façon, que Mokhtar Ben Mokhtar,  homme particulièrement cruel et intransigeant, consente à les libérer.

Elle a aussi un effet positif, dans la mesure où Américains et Européens, qui, jusqu’à présent, s’étaient contentés d’approuver la France, ne lui avaient apporté qu’une aide négligeable. Le président Obama est désormais tenu d’accorder à la France un soutien logistique plus important, s’il veut récupérer un jour ses sept concitoyens aux mains des intégristes. On notera, à cette occasion, la volatilité des commentaires. Mercredi matin encore, « l’isolement » diplomatique et militaire était souligné par tous les médias. Mercredi soir, radios et télévisions oubliaient ce sur quoi elles avaient tant insisté le matin.  François Hollande, pour sa part, a pris le parti de présenter les événements avec un relatif optimisme. Ses lieutenants, plus particulièrement Jean-Marc Ayrault à l’Assemblée, ont remercié l’opposition d’avoir approuvé le gouvernement. Seule l’extrême gauche, peu soucieuse de choquer l’opinion, et certains Verts, dont Noël Mamère, ont répété le slogan de la Françafrique, alors que l’immense majorité du peuple malien se réjouit de l’intervention française.

Indignes des responsabilités.

La différence entre François Hollande et ses rares opposants, c’est qu’ils agissent comme s’ils étaient indignes des responsabilités du pouvoir. Ce n’est pas leur patriotisme qui est en cause, c’est qu’ils émettent des thèses suicidaires. L’opération militaire française, décidée en janvier, après la fin du rapatriement de nos troupes d’Afghanistan à la fin de décembre, n’est pas,  effectivement, marquée au coin d’une logique incontestable. Mais il y a les idées, et puis les faits. Les faits, c’est le danger imminent de disparition du Mali en tant qu’État et de sa transformation en base terroriste. On peut défendre ses idées jusqu’au bout, mais pas quand elles risquent de faire de nombreuses victimes maliennes ou françaises  (6 000 de nos concitoyens vivent à Bamako), ou entraîner un désastre géopolitique. La vraie raison de l’intervention au Mali, c’est la proximité de ce pays avec la France.

M. Hollande n’en est pas moins confronté à des risques majeurs : la bataille de Djabali, occupée par les fanatiques, sera dure et risque de causer des pertes parmi nos soldats ; la libération du nord pourrait n’être qu’apparente, dès lors que les djihadistes vont se disperser dans le désert et les montagnes ; un affrontement à In Amenas pourrait se traduire par la mort des otages, même si les pays concernés ont souligné qu’ils faisaient confiance aux autorités algériennes, dont on se demande bien pourquoi elles n’ont pas protégé leurs sites stratégiques contre les bandes armées qui parcourent le Sahara.

Nous n’en sommes qu’au début d’une guerre qui s’est déjà étendue à l’Algérie, et pourrait gagner le Niger et la Mauritanie. Elle sera longue, coûteuse et exigera sans doute des sacrifices en hommes et en matériel. Le fond de l’affaire, c’est la nature de l’ennemi : il est féroce, irrédentiste, cynique et inhumain. Il n’est pas intéressé par la négociation, parce que ce qui compte pour lui, c’est le mal qu’il fait aux pays qu’il a décidé de désigner comme des entités à abattre ; et parce que, l’idéal d’un califat universel étant irréalisable, son projet s’arrête à des combats sanglants où périr est à ses yeux souhaitable.

RICHARD LISCIA

 

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