De quoi se fâcher

Le boeuf, c’est du cheval
(Photo AFP)

Les expériences désastreuses se multiplient, mais personne n’en tire vraiment la leçon : pour prendre un exemple, comment se fait-il que le gouvernement socialiste n’ait pas obtenu des banques qu’elles séparent, une fois pour toutes, leurs activités de dépôt de leurs activités de marché ? Tout se passe comme si l’argent de l’épargnant était moins important que les bénéfices des institutions bancaires.

VOILÀ UN SUJET sur lequel les pouvoirs publics pouvaient mettre tout le monde d’accord : la droite, la gauche, le public en général, sauf les banques elles-mêmes, dont on ne sait pas très bien si elles ont pris goût aux désastres causés par la spéculation ou si leur désir de puissance est plus fort que leur prudence. Ce n’est pas que le gouvernement soit resté inerte. Il a conclu avec les banques françaises un accord qui protège mieux les dépôts individuels ou patrimoniaux, mais qui n’est pas tout à fait une séparation étanche entre les dépôts et les achats sur les marchés. Ce qui signifie que les banques pourront encore, et malgré la disparition de nombre d’entre elles dans la crise des subprimes, faire appel à l’argent des gens pour conclure une transaction.

On nous fait prendre des risques.

On n’entrera pas dans les détails techniques des dispositions qui viennent d’être prises. On se contentera de dire que le gouvernement n’a pas obtenu une protection absolue des comptes courants et de l’épargne. Sans doute les banques ont-elles fait valoir qu’elles se heurtent à une vive concurrence internationale et que des règles françaises trop strictes nuiraient à leur prospérité. Franchement, on s’en moque. Nous serions plus sereins si nos comptes étaient protégés par autre chose que la garantie de l’État, insuffisante en cas de crash boursier. On ne voit pas pourquoi les petits clients des banques devraient partager les risques qu’elles prennent pour s’enrichir.

Et il en va des banques comme du reste. Comment ne pas être exaspéré par la présence de viande de cheval dans des produits congelés venus de Roumanie et étiquetés pur boeuf ? Comment accepter cette conduite criminelle, cette falsification, cette escroquerie, dans une Europe tellement bureaucratique et tatillonne qu’elle nous bassine à longueur de journée avec les règlements draconiens qui régissent le camembert ? Comment admettre que le budget européen soit amputé, alors que de toutes parts fusent les appels à un regain de croissance, que les peuples européens sont accablés par le chômage, que la stagnation ou la récession annoncent le déclin de l’Union ? Comment accepter que les organisations caritatives, comme les Restos du coeur, soient privés d’une aide européenne (500 millions, dans un budget de 960 milliards !) alors que des Français ont faim parce qu’il ne leur reste plus un fifrelin pour acheter du pain ?

La litanie des nos indignations.

Pourquoi la chancelière allemande, Angela Merkel, a-t-elle accepté les conditions posées par la Grande-Bretagne à l’adoption du budget européen, sous le prétexte que l’austérité dont le Royaume-Uni a fait son credo, avec des résultats fort peu convaincants (la Grande-Bretagne est en récession) et pourquoi François Hollande s’est-il plié au diktat germano-anglais, alors qu’il a été le premier à réclamer de l’Union sa contribution à la croissance ?

La litanie de nos indignations serait interminable si nous pouvions citer tous les domaines où les replis stratégiques le disputent aux redditions. Le problème premier des gouvernants, c’est la mesure insuffisante qu’ils ont prise de la crise. C’est la négligence par laquelle sont traités les dysfonctionnements. C’est de croire qu’il s’agit seulement d’un mauvais moment à passer, que la croissance reviendra, que les trous se boucheront avec le temps, que les désagréments nationaux et internationaux, les scandales alimentaires, les menaces sur le niveau de vie disparaîtront comme ils sont apparus, c’est-à-dire vite. C’est malheureux : une crise historique n’entraîne pas nécessairement des réformes historiques.

RICHARD LISCIA

 

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