2013 : ce qui nous attend

« Mosco » envoie ses lettres de cadrage
(Photo S. Toubon)

Une belle polémique a éclaté ce matin au sujet d’une taxation des prestations familiales, proposée par Didier Migaud, président de la Cour des comptes, dont le rapport annuel, publié la semaine dernière, démontrait la nécessité de diminuer la dépense publique. Dès que l’on parle d’une coupe précise dans un secteur des dépenses de l’État, la levée de boucliers est immédiate chez les bénéficiaires. En réalité, ce n’est pas du tout de cette manière que le problème se présente.

LA QUESTION ne porte pas, en effet, sur les seules allocations familiales. Elle concerne la totalité des dépenses. Les collectivités locales savent déjà que leurs dotations seront réduites de 3 milliards en deux ans. La recherche d’économies portera aussi sur l’assurance-maladie, sur les retraites, sur les indemnités de chômage et sur les allocations familiales, qui ne représentent qu’une des dépenses publiques parmi d’autres.

Deux aspects positifs.

Du gouvernement, on peut dire deux choses positives : la première est qu’il a enfin pris la mesure du déficit et de l’impératif catégorique de le réduire ; la seconde est qu’il n’est plus question de monter un budget 2014 avec des bouts de ficelle, mais de prendre une série de mesures qui formeront une sorte de réforme fiscale. Il a donc demandé au ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, d’envoyer à tous les ministères concernés les lettres de cadrage dès cette semaine, avec un mois et demi d’avance. La réaction du président Hollande est vive, large, à la hauteur de l’enjeu.

L’aspect négatif de sa démarche est décrit tout d’abord par l’obsession fiscale. On ne diminue pas la dépense, on en récupère une partie par l’imposition. Ensuite, on change de politique économique sans le dire, c’est-à-dire qu’on refuse d’appeler la réforme par son nom. L’exemple le plus frappant de cette hypocrisie ou de ce manque de transparence, c’est le secteur des retraites. D’emblée, l’an dernier, on a atténué les effets de la réforme Fillon des retraites, ce qui impliquait quelque 2 milliards de dépenses supplémentaires. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il va falloir soit geler les pensions, soit les taxer, soit  reporter l’âge de la retraite, c’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que l’on a fait en 2012. Nous continuerons à affirmer ici que le meilleur instrument d’un retour du régime des pensions à l’équilibre, c’est la prolongation des carrières. Elle traduirait une donnée démographique irréfutable, à savoir que les Français vivent plus longtemps et en meilleure santé et qu’il faut impérativement qu’il y ait plus d’actifs capables de cotiser et moins de salariés qui partent prématurément à la retraite. Quand le gouvernement aura-t-il enfin le courage de reconnaître que ce serait la décision la plus sage, en ce sens qu’elle ne réduirait ni le pouvoir d’achat des pensionnés ni celui des actifs ? La hausse du temps de travail s’inscrit en outre dans une politique de l’offre, celle que le gouvernement n’exclut pas et qu’il sera obligé de mettre en oeuvre dans le cadre du pacte de compétitivité. Arrêtons de taxer les Français. Mais faisons-les travailler un peu plus pour augmenter leur productivité.

Exiger la transparence.

Enfin, il serait temps que le gouvernement fournisse des chiffres clairs et précis. En juin dernier, M. Hollande nous disait qu’il fallait économiser cinquante milliards en cinq ans. Sera-ce suffisant au regard des dépenses nouvelles qu’il a engagées ? Peut-il, par un simple saupoudrage d’économies, ou plutôt d’impôts, sur les prestations sociales qu’il verse à ses administrés, financer le pacte de compétitivité, censé coûter une vingtaine de milliards ? Ne doit-il pas se pencher sur la formation professionnelle, qui coûte quelque 25 milliards par an, mais n’empêche nullement le chômage d’augmenter d’une manière alarmante ?

La crainte que nous exprimons ici, c’est que les pouvoirs publics n’aillent pas jusqu’au bout de leur analyse. Et qu’ils vont devoir faire des réformes précipitées qu’ils auraient dû lancer il y a six mois. La formation professionnelle, en effet, ne saurait disparaître. Elle crée au moins des emplois, ceux des formateurs. Rien n’est simple. L’objectif, en revanche, est d’une simplicité biblique. Le gouvernement dit ou laisse dire que, si on n’arrive pas à ramener à 3% du produit intérieur brut (PIB) le déficit public à la fin de l’année, ce ne serait pas trop grave. L’Europe elle-même est prête à nous accorder un délai. Fort bien. Mais ne nous laissons pas entraîner sur la pente du laxisme.

RICHARD LISCIA

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One Response to 2013 : ce qui nous attend

  1. geyl dit :

    Que le gouvernement donne l’exemple en amputant d’un tiers les revenus et pensions-prébendes de toute la classe politique.

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