Pères et impairs

Charnay sur sa grue
(Photo AFP)

Le coup d’éclat de Serge Charnay,  42 ans, divorcé, qui est monté au sommet d’une grue à Nantes pour obtenir le droit de visite à son enfant traduit un autre des nombreux dysfonctionnements de notre société, beaucoup plus sensible à la médiatisation d’une souffrance qu’à l’application du droit. 

PAR SON ascension acrobatique, M. Charnay a réussi à soulever une émotion nationale qui oublie ses actes précédents. Personne ne niera qu’il est douloureux pour un père d’être privé de son enfant. Mais M. Charnay n’a pas été victime d’une décision de justice malencontreuse. Selon l’avocate de son ex-épouse, il aurait soustrait deux fois son fils à la garde de sa mère et aurait menacé celle-ci. S’il a été privé du droit de visite, c’est parce que son mépris des décisions de justice faisaient peser un danger sur l’enfant lui-même, dont les parents oublient trop souvent que, en concevant leur progéniture, ils prennent une grande responsabilité. Et que tout être humain, y compris les enfants, doit être respecté. Un fils n’est pas un objet qui appartient à son père ou à sa mère. Il a une existence à part entière.

Le droit naturel de la mère.

La présence de l’État dans la vie familiale est déjà immense, comme en témoigne le débat sur les allocations familiales et sur la politique nationale de natalité. On peut souhaiter que cette présence diminue, mais, dans un différend qui oppose un père et une mère, la justice doit intervenir puisque c’est un devoir sacré de protéger l’enfant. Certes, la majorité des décisions rendues est en faveur des mères, sans doute parce que les juges pensent qu’un enfant est plus heureux avec sa mère qu’avec son père s’il est contraint de choisir entre les deux. Le « masculinisme » dont certains accusent déjà M. Charnay ne suffit pas à éliminer une loi de la nature qui fait que la mise au monde d’un enfant est plus l’affaire de la femme que celle de l’homme.

L’application de ce principe de bon sens encourage les erreurs judiciaires ; et il n’est pas impossible que, dans un certain nombre de cas, la mère ait été injustement favorisée, justement parce que la société lui accorde un crédit beaucoup plus grand qu’au père. Il existe, bien sûr, des mères qui mettent leur tendresse pour leurs enfants au deuxième plan et accordent la priorité à leur vie professionnelle ou personnelle. Inversement, un père peut éprouver pour son ou ses enfants plus d’amour que sa femme. Une mauvaise connaissance du dossier, composé d’éléments qui relèvent de l’intimité, peut expliquer les choix judiciaires que contestent les pères.

Au-dessus des lois.

Aussi bien le monde est-il très imparfait. Mais ce sont les parents qui ont la responsabilité d’une intervention de la justice. C’est quand ils sont incapables d’accepter de poursuivre leur vie conjugale jusqu’à ce que l’enfant devienne adulte, quand ils décident de divorcer, sachant à quelles angoisses ils exposent leurs enfants, que la justice intervient. Le peu que l’on sache du caractère de M. Charnay incite à dire que, s’il se sent père jusqu’à la moelle, il n’était pas mari idéal. Il ne souhaitait pas subir les affres d’un mariage raté dans l’intérêt d’un fils que, in fine, il est allé chercher au sommet d’une grue. En s’exposant aux caméras de télévision, il n’a pas donné l’impression que ce qui compte le plus à ses yeux est le bien-être de son fils. Il a offert plutôt l’image d’un homme qui n’a pas plus de respect pour l’institution du mariage (et celle du divorce) qu’il n’en a pour sa femme ou pour la justice. Il est monté sur une cime qui le plaçait au-dessus des lois.

Que, après ça, le ministère de la Justice se soit ému, notamment parce que M. Charnay a trouvé deux ou trois imitateurs et que le phénomène risquait de faire boule de neige, que Christiane Taubira, garde des Sceaux, ait reçu « SOS-Papa », revient à accorder beaucoup d’intérêt à un cas sans doute douloureux mais fort ambigu, plus gravé dans le charivari médiatique que dans l’amour paternel.

RICHARD LISCIA

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