Les carences du pouvoir

Marylise Lebranchu
(Photo S. Toubon)

La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, a décidé d’abolir le jour de carence (non indemnisé par la Sécurité sociale) pour les fonctionnaires qui s’absentent pour cause de maladie. Journée que le gouvernement précédent avait instaurée pour faire des économies et décourager l’absentéisme. L’opposition a critiqué cette nouvelle mesure avec virulence. 

LE DÉBAT sur ce que coûte la mesure (quelque 200 millions d’euros) n’a pratiquement aucun intérêt. Le gouvernement pense que c’est une goutte d’eau dans l’océan du déficit, façon de dire : au point où nous en sommes pourquoi ne pas dépenser larga manu ? Le jour de carence, affirme la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, n’a pas diminué l’absentéisme. Il est injuste, selon elle : dans le privé, des accords d’entreprise ont permis aux salariés d’être indemnisés pour les trois jours de carence prévus, alors que les fonctionnaires n’ont aucune compensation. Pourtant, trois jours, c’est pire qu’un seul jour. Allons jusqu’au bout du raisonnement : la vraie justice consisterait à prévoir trois jours de carence pour les fonctionnaires et à demander à l’État de les payer.

« Clientélisme ! », déclare Valérie Pécresse, de l’UMP. Franchement, elle n’a pas tort : le gouvernement cherche à se réconcilier avec les fonctionnaires, après les protestations et grèves soulevées par la réforme du calendrier scolaire et son refus d’augmenter les salaires du public. Il vient de trouver une compensation et, une fois de plus, d’éliminer une disposition prise par Nicolas Sarkozy. Il faudra que tout ce qui a été fait pendant la précédente législature disparaisse à jamais. Est-ce là une politique appropriée ?

Le mauvais moment.

Elle l’est d’autant moins que la suppression du jour de carence s’inscrit dans une conjoncture épouvantable. La croissance sera nulle en 2013 et le déficit budgétaire atteindra, selon la Commission de Bruxelles, 3,60 % du produit intérieur brut, au lieu des 3 % prévus par le gouvernement. Lequel s’accommode de ces deux mauvaises nouvelles, sous le prétexte que la Commission admet que, en cas de stagnation ou de récession, un pays peut étaler dans le temps le retour à l’équilibre budgétaire. Promis, juré, ce sera déficit zéro en 2017. Mais les 3 % de 2013 avaient été promis, eux aussi, sous serment.

Ce qui est inquiétant, c’est que le gouvernement accueille avec soulagement l’indulgence des partenaires européens. Il se sent assez libéré pour prendre, presque tous les jours, des mesures de dépenses nouvelles. Dans d’autres pays, la récession est le prix à payer pour le désendettement. Nous avons les deux : une croissance inexistante et un déficit budgétaire que nous ne parvenons pas à réduire parce que le pouvoir craint d’irriter les Français à un an des élections municipales. C’est la campagne électorale de l’an dernier qui a conduit François Hollande à multiplier les promesses de « justice » sociale dont il a oublié de chiffrer le coût. C’est maintenant la nécessité d’amadouer les déçus du socialisme qui lui interdit de faire les réformes en profondeur des retraites, de l’assurance-maladie, du fonctionnement l’État, les seules capables de diminuer sensiblement le déficit et de mettre fin aux emprunts publics.

Les 200 millions négligemment jetés dans un simple réflexe démagogique ne sont rien par rapport au coût annuel de la Fonction publique : on fait tout, depuis le 6 juin dernier, pour qu’elle reste pléthorique. Les enseignants, les personnels hospitaliers, les juges et les policiers nous inspirent le plus grand respect. Leur travail et leur dévouement ne sont pas en cause. Mais on ne comprend toujours pas pourquoi la France a besoin de deux fois plus de fonctionnaires que l’Allemagne, sauf à considérer que leurs emplois empêchent le taux de chômage national d’atteindre un niveau effrayant. On a vu, aujourd’hui encore, des ministres voler au secours des fonctionnaires, alors qu’ils ont la garantie de l’emploi, celle qui n’existe pas dans le privé. À les défendre de cette manière, en maintenant des privilèges obsolètes, nos dirigeants ne contribuent pas au rassemblement des Français.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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One Response to Les carences du pouvoir

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    L’ancien médecin généraliste que je suis peut vous le dire : il est bien évident que l’ardeur au travail des fonctionnaires est (en moyenne, car il existe des exceptions, qui sont …rares) bien moindre que celle des salariés du privé ; dans la même veine, il est évident que les fonctionnaires ont bien plus facilement tendance à « s’arrêter » (comme ils disent, prendre un « congé-maladie ») que les employés du privé.
    Et ne parlons pas des travailleurs indépendants, qui continuent d’aller travailler même lorsqu’ils sont en bien mauvais état de santé.
    Tout cela est archi-connu ; le gouvernement précédent avait timidement fait avancer les choses avec cette journée de carence pour les fonctionnaires…et le gouvernement actuel vient de faire de la façon la plus éhontée assaut de démagogie, et de renforcer une fracture de plus entre les catégories de Français.
    Pauvre France!
    Voilà qui me renforce encore (si j’en avais besoin) dans la conviction que j’ai bien fait de sortir du circuit professionnel de la médecine générale, pour m’éviter des raisons quotidiennes, en vivant sur le terrain, d’éprouver la colère qui viendrait spasmer mes artères coronaires, en entendant des demandes d’arrêts de travail de complaisance, par exemple (demandes qui seront encouragées par le message que le gouvernement vient d’envoyer à son électorat favori, la fonction publique).

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