Mauvaise nouvelle de Bruxelles

Olli Rehn
(Photo AFP)

La Commission de Bruxelles a annoncé aujourd’hui que le déficit de la France serait de 4,7 % du PIB (au lieu des 4,5 prévus) en 2012, 3,6 % en 2013 (au lieu de 3) et 3,9 % en 2014. Dans ces conditions, on ne voit pas comment le budget national reviendrait à l’équilibre en 2017. Olli Rehn, le commissaire européen chargé des affaires économiques, n’exclut pas que la Commission accorde un nouveau délai à la France pour remettre ses affaires en ordre. 

IL N’Y A PAS de quoi se réjouir. Les marchés risquent de ne pas avoir pour la France l’indulgence de M. Rehn. Laurent Fabius, qui oublie souvent qu’il n’est pas ministre de l’Économie, estime que la croissance française pourrait atteindre 0,3 % cette année. Que ce chiffre soit atteint ou non, il est clair que nous avons perdu la bataille de la relance économique, en dépit des efforts diplomatiques de François Hollande, qui a réclamé un volet croissance au traité européen, ne l’a pas obtenu et s’y est résigné.

La voie la plus facile.

Depuis quelques mois déjà, les dirigeants français militent pour une plus grande souplesse des critères européens de déficit et de dette. La chancelière allemande, Angela Merkel, qui était vigoureusement opposée à toute forme de laxisme, a finalement admis  que Bruxelles inclue dans ses jugements et calculs le caractère exceptionnel de la crise. Le gouvernement français n’a pas eu le courage de maintenir des prévisions certes très contraignantes mais qui l’auraient obligé à un effort plus fourni en matière de réduction des dépenses publiques. C’est clair : il se satisfera d’un déficit budgétaire plus élevé pendant deux ans au moins, tout en jurant que la France atteindra le déficit zéro en 2017, comme si les sacrifices qui ne seront pas accomplis cette année ne rendaient pas plus intenses ceux des années suivantes. À l’inverse, des coupes drastiques dans les dépenses de l’État auraient montré l’exemple aux autres pays européens et placé la France en position de leadership.

Les pouvoirs publics doivent également admettre qu’une diminution de la dépense est un stimulant de la croissance. S’il est vrai qu’elle contribue au chômage et à la baisse du pouvoir d’achat (en réduisant les prestations sociales), elle dégage des sommes susceptibles d’être investies dans de nouveaux projets industriels. Il apparaît toutefois que le gouvernement juge urgent de satisfaire, au moins partiellement, son électorat, en maintenant un haut niveau de prestations. Il le fait à la fois parce qu’il craint la surenchère de l’extrême gauche et parce qu’il perçoit clairement la grogne de ses propres troupes.

Budgets obèses.

Une fois de plus, la politique aura eu raison de la gestion : au moment où l’endettement risque de ruiner l’Europe et de détruire l’euro, au moment où il est convenu de dire qu’il faut désendetter la France, l’Italie et l’Espagne, au moment où une prise de conscience internationale favorise l’amaigrissement de budgets obèses, la France, un peu avec la complicité de Bruxelles et de ses partenaires, renonce à une thérapie de choc.

Le gouvernement avait juré, il y a quelques semaines, que le coup de matraque fiscal de 2012 était le dernier et qu’il s’orienterait désormais vers des économies. Il n’en prend pas le chemin et il sera tenté, comme d’habitude, de financer chaque mesure nouvelle par des impôts supplémentaires. On ne comprend pas que le président fasse le tri entre les promesses électorales qu’il n’a pas tenues. Qu’il accepte de laisser filer le déficit en dépit de ses serments répétés, mais qu’il ait eu l’audace d’affaiblir la réforme des retraites en autorisant ceux qui ont commencé à travailler plus tôt  à partir plus tôt, tout cela au nom d’un engagement qu’il a pris l’an dernier. Cette justice sociale conduit à la politique de Gribouille : il faudra bien, sans doute dès cette année, repousser l’âge du départ à la retraite si on veut sauver le régime des pensions. Et faire bientôt le contraire de ce qu’on a fait hier.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Mauvaise nouvelle de Bruxelles

  1. Levadoux dit :

    Commentaire remarquable, à adresser aux politiques.
     » Des coupes drastiques dans les dépenses de l’État auraient montré l’exemple aux autres pays européens et placé la France en position de leadership. »

  2. Herodote dit :

    Le diagnostic esf fait, le traitement indiqué, le pays globalement informé et quasiment résigné. Avec les docteurs Merkel et Monti les soins seraient déjà dispensés. Le changement de médecin référent intervient en 2017.
    Mais c’est long.

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