Chavez : mort d’un démagogue

 

 

Chavez, l’ami des dictateurs
(Photo AFP)

Le président du Venezuela, Hugo Chavez, est mort hier d’un cancer à l’âge de 58 ans. Il venait d’être réélu pour un nouveau mandat de six ans, après avoir détenu le pouvoir pendant 14 ans. De nouvelles élections auront lieu dans un mois et son successeur, le vice-président actuel, Nicolas Maduro, devrait être élu.

MÊME POUR la droite la plus idéologique, il est difficile de prononcer, à propos de Chavez, un jugement sans nuances. Sa popularité dans son pays était indéniable, ses efforts dans le sens de la justice sociale et de l’éducation incontestables. Il a tiré des millions de ses compatriotes d’une misère noire et en a fait une classe moyenne relativement heureuse. Il a mis les dollars du pétrole au service de la redistribution des richesses.

Le pétrole, clé du pouvoir.

Mais, d’une part, l’expérience du chavisme aurait été impossible sans les réserves vénézueliennes d’or noir, qui sont comparables à celle de l’Arabie saoudite, et sans les cours élevés du brut. Et, d’autre part, Chavez, ancien putschiste, s’est maintenu au pouvoir grâce à un torrent de démagogie et, toujours, en recréant des démons, l’Amérique, les démocraties occidentales, le capitalisme, stratagème peu original mais qui lui assurait l’adoration du peuple. Si cet émule de Castro a présenté son pays comme une démocratie socialiste, il était plus proche du communisme pur et dur qu’il voulait bien le dire. Il a noué en outre avec les régimes du monde les plus atroces, ceux de Cuba, d’Iran, de Libye (celle de Kadhafi), de Syrie (celle d’Assad) ou de Russie, des liens suspects. Les dirigeants qui l’encensent le plus aujourd’hui sont aussi des dictateurs qui oppriment leurs populations. Qu’il ait pu leur trouver une aspiration à une société plus juste est tout simplement absurde.

Dans le concert nourri des louanges qui saluent son parcours, on trouvera certes des réserves mais surtout une note généralement positive, y compris en France, où le président Hollande, François Fillon et Alain Juppé lui ont reconnu des mérites. Sans doute la mort d’un leader n’est-elle pas propice à un bilan négatif. Mais sans réclamer un ouf de soulagement, on pouvait espérer, dans la bouche de nos dirigeants ou anciens dirigeants, un jugement plus sévère.

Un maître de la communication.

Hugo Chavez a surtout été un maître de la communication, qu’il a confisquée à son seul profit. Il prononçait des discours d’une longueur interminable à la Castro, avatar indéboulonnable d’un communisme qui n’existe même plus en Russie. Il a été incapable de juguler la corruption, la gabegie, l’inflation, l’insécurité. Sa « révolution bolivarienne », qu’il souhaitait léguer à la postérité, a été l’instrument d’une présidence à vie, soutenue par l’absence d’un droit élémentaire, la limitation du nombre de mandats présidentiels. Son narcissisme, son égocentrisme, sa logorrhée invraisemblable, ses attaques multiples, grossières, mensongères contre les plus sincères des dirigeants occidentaux, sa main-mise sur les médias auront été surtout les moyens d’exercer son pouvoir personnel. Un pouvoir que la mort, sinon les urnes, lui a arraché, alors qu’il venait d’être réélu dans des conditions grand-guignolesques : affaibli par une maladie cruelle, il n’a pu se présenter, le jour dit, à sa prestation de serment.

Il se peut que le chavisme laisse des traces. Il participe au retour d’idées que la pratique a disqualifiées mais qui continuent à séduire des hommes comme Jean-Luc Mélenchon, convaincu que Hugo Chavez portait un projet susceptible d’être généralisé. Le pire, dans le message de Chavez, c’est ça : si la plus répugnante des conduites politiques est nécessaire à la justice sociale, il faut l’adopter. L’égalité avec pour corollaire le mépris des droits. Mais la simple observation des faits géopolitiques suffit à prouver la fragilité des régimes dits révolutionnaires qui se perpétuent au mépris de toutes les alternances : pétrole plus démagogie font ou ont fait le bonheur des Poutine, des Ahmadinejad, des Kadhafi. Sans le pétrole et des prix qui ont contribué à détruire le tissu social en Occident, Chavez n’aurait eu aucune chance. Il aurait été balayé par l’Histoire.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Chavez : mort d’un démagogue

  1. Levadoux dit :

    Merci pour la clarté de ce commentaire; et merci d’avoir mis en exergue « le pétrole, clé du pouvoir » et le machiavélisme de la démagogie des dirigeants type « Chavez » .

    « On pouvait espérer, dans la bouche de nos dirigeants ou anciens dirigeants, un jugement plus sévère. »

  2. Lefrançois Jérôme dit :

    Une fois encore, tout à fait d’accord avec Richard Liscia…

  3. Chambouleyron dit :

    Chronique limpide et juste. Malheureusement il y a plus de télé spectateurs du 20 heures et de BFM TV qui nous ont abreuvé d’un panégyrique révoltant que de lecteurs du quotidien du médecin et surtout des chroniques de Richard Liscia ma lecture quotidienne sur ma tablette puisque le papier perd sa place. Par la même occasion merci pour avoir écrit que nous sommes à 100% pour l’égalité femme/homme mais qu’il ne faut absolument pas penser que le monde en sera meilleur. Ces lieux communs sans cesse répétés que grâce aux femmes avec leur plus grand sens pratique, leur moindre agressivité testostéronique, leur connaissance du budget familial, leur avance de 3 mois sur les hommes, leur tendresse maternelle, leur dévouement, leur travail tout ira mieux dans le meilleur des mondes possibles est affligeant d’autant qu’il s’agit de convaincre pour l’accession à l’égalité. Bonsoir.

  4. JMB dit :

    L’association de la démagogie au pétrole est plutôt un obstacle pour s’assurer tolérance de la part des occidentaux et influence. Ainsi l’Arabie saoudite et autres monarchies du golfe ont l’habileté d’éviter toutes diatribes à l’égard de l’Occident. Au contraire, non seulement elles leur fournissent du pétrole, mais elles y effectuent des investissements et des achats somptuaires grâce à la manne pétrolière. Berceau du wahhabisme, l’Arabie saoudite est à l’origine intellectuelle des mouvements intégristes islamistes dont certains pratiquent le terrorisme . Ben Laden était iss non de la Russie, de l’Iran ou de la Libye, mais de la péninsule arabique, ainsi que la majorité des exécutants des attentats du 11 septembre 2001. Des représentants du Qatar ont reconnu que des fonds d’organisations d’aide aux populations musulmanes pouvaient avoir été détournés par des mouvements terroristes du Nord-Mali que nous combattons. Mais nous préférons agir en aval plutôt qu’en amont. Quand au Bahreïn, la dynastie locale sunnite peut impunément imposer son pouvoir sur une population majoritairement chiite.
    En somme, des pays intelligemment dirigés, où il est compris que pour, exercer un pouvoir autocratique en toute tranquillité, il suffit de ne pas jouer les matamores devant les occidentaux.

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