Europe : le fiasco français


Le danger de l’isolement
(Photo AFP)

Parmi les échecs de la politique de la France, le raidissement de ses rapports avec l’Allemagne et l’Union européenne n’est pas le moins grave. La tentative mesquine du PS d’attribuer à l’Allemagne les difficultés économiques et sociales de notre pays ne constitue pas un casus belli. François Hollande, s’il le veut et sans modifier son programme en profondeur, peut mettre un terme à la tension franco-allemande.

C’EST URGENT. Tout le monde est d’accord pour dire que, sans l’axe franco-allemand, l’avenir de l’Union européenne et de la zone euro est compromis. On n’a pas vu que le chef de l’État se soit hâté, ces derniers jours, de rassurer la chancelière Angela Merkel sur ses intentions. On devine ce qu’il pense: si Mme Merkel nous tient la dragée haute parce qu’elle veut gagner les élections générales en Allemagne en septembre prochain, M. Hollande, de son côté, n’est pas pressé de clarifier une situation ambiguë qui lui permet, espère-t-il, de garder quelques soutiens à gauche de la gauche. D’où l’exercice d’équilibriste qui consiste à tenter d’apaiser la colère populaire tout en mettant en oeuvre une sorte de programme mixte au sein duquel les mesures sociales cohabitent avec celles qui sont censées favoriser l’essor des entreprises.

Mélenchon veut la rupture.

Avec sa manifestation « coup de balai » du dimanche 5 mai, Jean-Luc Mélenchon entend bien démontrer au chef de l’État  que la clameur du peuple appellera une politique de rupture avec l’Europe, la troïka FMI-UE-BCE, et la surévaluation de l’euro. On verra bien. Ce qui est sûr, c’est que M. Hollande n’entend pas renverser la table. Il se pose en Européen convaincu mais différent, en oubliant qu’il n’a pas pu fédérer autour de lui les pays du sud de l’Europe, qu’une alliance des faibles ne remplacera qu’à notre détriment l’axe franco-allemand. S’il y a un domaine où il doit prendre parti immédiatement, c’est celui-là. Il doit faire son choix. Il doit imposer son programme à la totalité du PS et à certains de ses ministres. Il doit négocier avec Mme Merkel, d’une part pour réaffirmer son attachement aux institutions européennes, euro compris, d’autre part pour trouver avec elle un accord qui permettrait aux Français d’instiller de la croissance dans leur programme économique.

Il ne s’agit pas d’une tâche insurmontable, pour autant qu’on fasse taire les bavards impénitents du PS, dont les rodomontades sont d’autant plus ridicules qu’ils n’exercent pas de responsabilités et que personne ne les ramène à la raison. Mme Merkel n’a jamais dit que la France devait se saigner aux quatre veines. Elle refuse seulement que la France, pour le moment incapable de s’imposer des sacrifices utiles, exige que l’Allemagne abandonne la politique de l’offre pour adopter celle de la demande. Elle ne veut pas accroître la consommation allemande, accepter une perte de compétitivité, effacer l’excédent de sa balance commerciale. Elle ne veut pas devenir laxiste à son tour parce que la France ne sait être que laxiste.

Hollande n’a pas le choix.

Le vrai problème de M. Hollande, c’est qu’il est déjà très impopulaire et qu’il ne veut pas perdre ce quart de la population française qui lui fait encore confiance. Il lui est donc difficile de rompre définitivement avec l’extrême gauche et de museler ceux du PS qui sont passés à la critique systématique de son action. Mais a-t-il le choix ? Peut-il obtenir des résultats s’il ne choisit pas son camp ? Ne doit-il pas passer une vitesse et se lancer à corps perdu dans le soutien aux entreprises, les seules à créer des emplois dans le système actuel ? La contrepartie d’un tel geste, c’est qu’il éviterait l’isolement économique, diplomatique et politique de la France en Europe. L’enjeu mérite que le président prenne des risques. Il y a exactement trente ans, François Mitterrand refusait l’aventure que lui proposait Jean-Pierre Chevènement. La France est restée en Europe. Le choix n’existe pas.

RICHARD LISCIA

 

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