Un Hollande tenace

 

« Je ne cesse pas de décider »
(Photo AFP)

Cet après-midi, dans la conférence de presse (interminable) qu’il a donnée à l’Élysée, le président de la République a mis sa force d’âme au service du statu quo : il ne procèdera pas à un remaniement gouvernemental, il accorde toute sa confiance au Premier ministre,  il maintient que la courbe du chômage commencera à s’inverser à la fin de l’année, il confirme nombre de mesures déjà connues.

JOUR APRÈS JOUR, François Hollande apparaît comme un excellent commentateur de sa propre action politique. Il ne manque rien à cet éditorialiste, ni la subtilité de l’analyse, ni le sens de la nuance, qui lui permet de relativiser le mal français, ni l’auto-dérision, ni même l’art de ne pas répondre aux questions susceptibles de l’embarrasser. S’il écrivait, il exercerait un puissant attrait sur ses lecteurs. Par exemple, quand on lui demande de s’expliquer sur son impopularité, il répond, pince sans rire : « Ce n’est pas un objectif que je me suis fixé ». Quand on lui rappelle que Laurent Fabius a critiqué le désordre créé par la présence, à Bercy, de sept ministres et par l’absence d’un chef, il se contente d’observer qu’ils doivent tous être « sur la même ligne », mais ne condamne ni M. Moscovici ni M. Montebourg. Il se présente aussi comme l’humaniste qu’il a toujours été, attentif à ne pas oublier les pauvres plongés dans le maelström de la crise, scandalisé par les émeutes du Trocadéro, encore sous le coup de la perte d’un soldat en Somalie et de six autres au Mali.

Aimable avec l’opposition.

Il lui est arrivé tout de même, et c’est inédit, d’élever la voix, mais seulement pour exprimer la passion avec laquelle il entend gouverner. La plupart du temps, il n’est jamais à court d’une réponse, jamais à court d’une amabilité, y compris à l’endroit de l’opposition qu’il voudrait associer à quelques-unes de ses réformes. Un journaliste lui ayant, grosso modo, demandé s’il avait du courage, il a rappelé le Mali. Mais il en a bien davantage quand il propose à une droite d’autant plus survoltée qu’elle manque d’idées de le rejoindre au moins sur les dossiers, comme l’armée ou les prestations familiales, où un consensus est possible.

M. Hollande est un président agréable, un homme accessible, fin et drôle, avec qui on aimerait bien dîner en ville. Le portrait qu’il offre de lui-même,  fait de civilités, de simplicité, d’humour, de recul par rapport à la violence des événements, de sagesse en quelque sorte, convaincra-t-il ses concitoyens? Il a prononcé le mot « offensive », qu’il n’a pas l’habitude d’utiliser. C’était au sujet de l’Europe qu’il veut doter d’un gouvernement économique et d’un « vrai » président, ce qui comblera d’aise Herman Van Rompuy. Ou de son plan d’investissements en dix ans qu’il consacrera au numérique, à l’énergie, à la santé et aux infrastructures de transports. Bref, Hollande a fait un prodigieux effort pour avoir l’air martial, même si, chez lui, l’équanimité a toujours le dernier mot.

On garde le même modèle.

Je trouve, pour ma part, qu’il donne une très bonne image de ce que doit être le comportement d’un chef d’État et qu’il nous venge de quelques vulgarités ou arrogances du passé. Apporte-t-il pour autant à la résolution de la crise une vision cohérente, vigoureuse, globale ? Ce n’était pas sa faute si les journalistes le questionnaient tour à tour sur le dossier qui les intéresse. Cela obligeait M. Hollande à répondre sujet par sujet, ce qui éparpillait son propos. Certes, son discours préliminaire lui a permis de mettre les points sur les i. Il nous mettait tous en garde contre l’attente déraisonnable d’un coup de tonnerre que ce Zeus sympathique et calme n’entend pas déclencher. D’un côté, son attitude nous confirmait qu’il ne changerait pas de modèle économique, bien que celui de la France soit condamné par la crise. D’un autre côté, il opposait une sorte de riposte passive aux objurgations du peuple et de la presse, qui s’écrasaient sur la statue inamovible et marmoréenne du Commandeur. M. Hollande a le dernier mot parce qu’il est président.

RICHARD LISCIA

 

 

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One Response to Un Hollande tenace

  1. Pottier dit :

    Hollande en avatar de Zeus, ça c’est nouveau!
    Statu(r)e du Commandeur, jusqu’ici on croyait que c’était Don Juan.
    Votre lyrisme, heureusement, ne vous empêche pas d’être clairvoyant dans vos analyses!

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