Chine-Europe : gesticulations

 

Li Keqiang et Merkel
(Photo AFP)

Le Commission européenne a décidé de taxer les panneaux solaires chinois vendus à un prix de dumping sur le marché européen. La Chine riposte en alourdissant les taxes sur les importations de vin français. Les conditions sont réunies pour un face-à-face qui ne se terminera que par la négociation, ce qui doit être en réalité l’objectif des Européens. Mais l’Allemagne est fort mécontente. Elle menace le consensus du reste de l’Union européenne.

SANS FAIRE PREUVE de nationalisme, on constate qu’Angela Merkel poursuit des objectifs égoïstes, dépourvus de tout esprit communautaire : recevant à la fin du mois de mai dernier le Premier ministre chinois, Li Keqiang, elle l’avait assuré que l’Europe ne prendrait pas de sanctions contre les panneaux solaires chinois. Elle semblait avoir enterré de la sorte toute velléité européenne de sanctionner des pratiques commerciales chinoises qui visent à détruire une industrie naissante en Europe. Bien entendu, l’Allemagne peut s’offrir ce luxe, qui dispose d’un excédent commercial colossal dû aux mesures qu’elle a adoptées il y a plus dix ans pour recouvrer sa santé industrielle. Ce n’est pas le cas de ses partenaires, dont la France.

Horace et Curiace.

Laquelle vend à l’étranger ce qu’elle peut, le luxe, les Airbus, le vin, le cognac et le champagne, spiritueux dont les Chinois sont gourmands. Pékin, en l’occurrence, pratique la tactique d’Horace contre les Curiace. Elle singularise un seul adversaire pour venir à bout des autres en les affrontant un à un. Sans exprimer un nationalisme qui porterait un coup sévère à l’UE, on constate que le degré de solidarité des Allemands dans cette affaire est à peu près nul. Ils n’auraient pas manqué de réagir vivement si la Chine avait visé les machines-outils allemandes. Il faut néanmoins porter à leur crédit que depuis le début de la confrontation, ils étaient profondément hostiles à toute confrontation commerciale avec la Chine. Angela Merkel avait rapidement écarté les menaces européennes de sanctions et fait avaliser sa position lors de la visite en Allemagne de Le Keqiang.

Saisie d’un vertige de liberté, la Commission européenne en a jugé autrement, trouvant sans doute dans ses statuts le degré d’autonomie dont elle paraissait dépourvue face aux volontés allemandes (mais aussi françaises). Les Chinois mettent à profit une ruse ancestrale, celle qui divise les adversaires. En singularisant la France pour ses représailles, elle sait qu’elle crée aussitôt un différend sérieux entre Berlin et Paris. On verra sans doute dans les jours qui viennent que les Allemands ne négligeront pas les dommages commerciaux que les Chinois infligent singulièrement à la France et exprimera sa solidarité d’une manière ou d’une autre.

Ravages du protectionnisme.

Mais elle fera aussi valoir que le néo-protectionnisme cher à Arnaud Montebourg n’est pas sa tasse de thé. C’est en effet une voie sans issue : de représailles en représailles, on finit par tuer les échanges commerciaux et on appauvrit à la fois les exportateurs et les importateurs, étant entendu que chaque pays est les deux à la  fois. Touchée de plein fouet (les exportations de vins et spiritueux français vers la Chine dépassent la valeur des 700 millions d’euros et sont en pleine croissance), la France veut établir un rapport de force, lequel n’est possible que si elle s’entend d’abord avec l’Allemagne. Celle-ci, de son côté, ne peut pas négliger le point de vue français.

Il y a donc de la négociation franco-allemande dans l’air ; elle précédera des pourparlers avec la Chine. L’objectif sera de contraindre Pékin à vendre ses panneaux solaires à un prix raisonnable. Le gouvernement chinois soutient financièrement une industrie qui emploie 400 000 chinois et vend à perte. Ses énormes excédents commerciaux lui permettent de financer une industrie viciée à la base. Ce n’est pas le cas de la France qui enregistre chaque année un déficit commercial de quelque 70 milliards d’euros. Ni la Chine ni l’Europe ne peuvent s’offrir le luxe d’une guerre commerciale. La première construit son développement sur les exportations et déclinerait si son taux de croissance passait au-dessous de 7 %. La seconde a certes un déficit commercial avec la Chine mais elle est bien contente de lui vendre ses productions.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Chine-Europe : gesticulations

  1. guinard dit :

    Toujours aussi bien documenté et aussi finement analysé. Donc toujours aussi intéressant. Merci

  2. Les Chinois sont les Chinois et ce n’est pas simple de gouverner la Chine. La France avait un crédit lié à la reconnaissance de la RP qu’elle avait été la première à négocier sous de Gaulle avec l’entregent de Mendès-France. Pour la petite histoire j’en avais tiré un très grand parti quand j’étais trésorier de l’International Society of Radiology et que j’avais organisé le programme international du premier congrès ICR à Pékin en 1996. http://www.jfma.fr/LETTRE-GOURTSOYANNIS.html
    Paris n’en finit pas de payer l’erreur colossale du fumiste de Reporter sans frontières lors du passage de la flamme olympique. Il faut ne rien comprendre à l’Asie pour se comporter d’une façon aussi irresponsable.
    Les Asiatiques et notamment les Chinois, communistes ou non, ne sont pas des adeptes du cartésianisme. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne soient pas pragmatiques, mais l’ésotérisme reste très présent dans les décisions.
    Pour Confucius, le futur vainqueur est celui qui ne déclare pas la guerre!

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