Hollande, le train et la vie

 

Hollande, hier
(Photo AFP)

François Hollande n’était pas sûr de la nécessité de l’entretien du 14 juillet avec TF1 et FR2. Il a mis de côté son engagement à ne plus recevoir les journalistes à l’Élysée, mais l’entretien a eu lieu dans le parc, selon un principe approximatif d’extra-territorialité que le beau temps expliquait mieux que le souci de prendre ses distances avec l’autorité présidentielle. Il s’est donné seulement 35 minutes pour convaincre et n’a pas dépassé d’une seule minute le temps qu’il s’était assigné. 

LE CHEF DE L’ÉTAT partait pour l’entrevue avec deux boulets au pied: l’accident de train à Brétigny et l’annonce inévitable de la mort d’un otage français au Mali, Philippe Verdon. Après un défilé militaire condamné par la crise à la sobriété, le contexte de l’interview était de toute façon défavorable. M. Hollande, qui, non sans franchise, a reconnu qu’il avait lui-même sollicité l’entretien, avait pourtant un message à faire passer: celui du pessimisme excessif des Français, plus désespérés que les populations des pays en guerre, et qu’il entend ramener à la raison. Heureusement, le président de la République a eu une bonne audience, 6,7 millions de téléspectateurs, près du triple du score décevant de sa prestation récente à M6. Il est peu probable, cependant, qu’il les ait enthousiasmés.

Le critère du limogeage.

Il continue en effet à faire porter la responsabilité de sa tâche accablante sur le fameux héritage laissé par ses prédécesseurs. Il fournit, à propos de la discipline gouvernementale, un critère dont on n’avait pas entendu parler, à savoir que, si un ministre est opposé au budget, il doit s’en aller. Ce qui expliquerait qu’Arnaud Montebourg soit toujours ministre et pas Delphine Batho. Mais la règle n’est-elle pas posée après la sanction ? Il annonce une reprise économique fantomatique dont les Français ne voient pas les signes avant-coureurs. Et il le fait impérieusement, en faisant taire Claire Chazal. Il croit si fort à cette croissance qu’il envisage d’augmenter les impôts, alors que le pouvoir d’achat diminue, que ses concitoyens ploient sous le fardeau des prélèvements obligatoires et que la consommation baisse. Même si on percevait le début du début d’une reprise, elle mourrait avant de naître parce qu’il n’y aurait pas assez de ventes pour l’alimenter.

On veut bien croire que la brièveté de l’entretien ait empêché les deux journalistes de relancer leurs questions. Mais on est resté sur sa faim : à combien de ses engagements M. Hollande a-t-il renoncé depuis quatorze mois ? La « transition énergétique » tient lieu de protection du nucléaire. Il n’a pas trouvé de majorité pour sa réforme de la Constitution et du Conseil supérieur de la magistrature. La loi sur le non-cumul des mandats ne sera applicable que dans quatre ans. On ne parle plus du droit de vote des étrangers aux scrutins locaux. Les élus, harassés par le nombre de textes à examiner, ne se plaindront pas d’un répit bienvenu. Et surtout, les administrés de M. Hollande attendent tout autre chose que des lois vertueuses destinées à rétablir la justice politique. Non qu’il faille la négliger. Mais il y avait un ordre des priorités qui n’a pas été respecté. L’urgence, c’est l’emploi et le désendettement. Dans ces deux domaines, nous n’avons guère avancé. Si la France avait été remise au travail, le droit de vote des étrangers aurait été mieux perçu et aurait complété un dispositif efficace.

Le bon levier. 

Au lieu de quoi, nous avons un chantier chaotique : la logique en vertu de laquelle on réforme les retraites en augmentant les années de cotisations mais sans repousser l’âge où se termine la vie active n’est pertinente qu’aux yeux de la majorité. Dans la crise budgétaire, le levier le plus puissant, celui qui rapporterait le plus d’argent sans diminuer d’un centime le pouvoir d’achat des salariés ou des retraités, c’est la prolongation des carrières. Un homme ou une femme qui travaille, c’est des cotisations en plus et des pensions en moins. Justice, justice, M. Hollande n’a que ce mot à la bouche. Mais la justice résulte de réformes efficaces et durables, pas de la distribution immédiate des deniers de l’État.

RICHARD LISCIA

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