L’étrange négociation

Le tour de force de John Kerry
(Photo AFP)

Pour la première fois depuis trois ans, les États-Unis ont réussi à réunir Israéliens et Palestiniens à Washington pour des négociations de paix dont il est déjà prévu qu’elles dureront au moins neuf mois, pour autant que l’un ou l’autre des interlocuteurs ne claque pas la porte avant. Il s’agit d’un tour de force de la diplomatie américaine, préparé avec une patience infinie par Hillary Clinton quand elle était secrétaire d’État et achevé par son successeur, l’ancien candidat à la présidence John Kerry.

PERSONNE ne peut sous-estimer la charge de scepticisme qui pèse sur les négociations. Israël va libérer 104 détenus palestiniens pour donner un gage à Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, lequel a enfin accepté de négocier sans les préalables du gel de la colonisation et de la référence aux frontières de 1967. Ces gestes de bonne volonté de part et d’autre semblent cependant très insuffisants quand on connaît la taille des obstacles dressés devant le processus de paix : du côté israélien, la négociation est confiée à Tzipi Livni, ancienne ministre des Affaires étrangères et favorable à la paix. Mais elle ne se fait pas d’illusions : elle a elle-même souligné  les difficultés qui attendent les négociateurs. Elle n’a pas carte blanche pour signer n’importe quel traité, car elle fait partie d’un gouvernement composé de faucons qui ne songent pas une minute à évacuer les colonies ou à conclure un accord sur le statut de Jérusalem. Quant aux Palestiniens, la scission entre le Fatah et  le Hamas, entre la Cisjordanie et Gaza, la guerre civile de Syrie, les désordres du Liban, l’influence de l’Iran et du Hezbollah, les convulsions de l’Égypte, la fragilité de la Jordanie créent les conditions alarmantes de leur impuissance et de leur solitude. La seule nation qui s’intéresse vraiment à eux en ce moment, c’est l’Amérique, laquelle, en même temps, est l’alliée d’Israël.

Les ennemis de la paix.

Les deux parties ne semblent avoir accepté de négocier que pour faire plaisir aux États-Unis, dont dépendent l’une et l’autre. Ce qui ne veut pas dire que Barack Obama parviendra à obtenir un accord durable et applicable avant la fin de son second mandat. Les ennemis de la paix sont nombreux et une vague d’attentats lancée par le Hezbollah ou par le Hamas suffirait à faire capoter l’accord, surtout s’il est fragile. Mais avant même d’en arriver là, on ne voit pas très bien ce qui pourrait rapprocher les négociateurs israéliens et palestiniens, dès lors que la droite israélienne semble avoir définitivement tourné le dos aux accords d’Oslo. Il ne semble pas que M. Abbas croie encore qu’il peut contraindre 500 000 Israéliens à repasser la « ligne verte » de 1967. Il pourrait donc accepter un échange de territoires. Mais il ne cèdera pas sur Jérusalem qui, à ses yeux, doit être la capitale de l’État palestinien.

Deux États.

On ne dira jamais assez combien est nécessaire la solution des deux États vivant côte-à-côte dans la paix. L’idée d’un État unique déboucherait fatalement sur un système d’apartheid. M. Netanyahu et son parti, le Likoud, ne peuvent pas se résoudre à gérer un peuple qui, comme tous les autres, a le droit d’être libre et indépendant. S’ils s’entêtaient, ils conduiraient Israël au désastre. En d’autres termes, il y a plus de bon sens et de courage à faire la paix qu’à s’en tenir au statu quo.

Les Israéliens n’ont pas de raison urgente de faire des concessions. Ils voient que les peuples arabes n’acquièrent pas plus tôt leurs libertés que leurs nouveaux régimes se hâtent de les en priver. Indiscutablement, le climat et le contexte géopolitique ne se prêtent pas à une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens. Mais seule une vision de l’avenir permet de franchir les obstacles qui encombrent le chemin.

RICHARD LISCIA

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