La droite se cherche

Le rêve d’un grand centre
(Photo AFP)

Leader de l’UDI, Jean-Louis Borloo envisage sérieusement de s’allier au MoDem de François Bayrou qui ne dit pas non a priori. Il en résulte un grand espoir de fusion entre les deux partis, mais on ne voit pas très bien ce que l’UDI y gagnerait. M. Bayrou s’est prononcé l’an dernier en faveur du candidat Hollande, ce qui lui a fait perdre sa légendaire réputation de neutralité. Or le ton actuel de l’UDI est celui d’une opposition sévère. Les manoeuvres du centre préalables aux élections municipales de l’an prochain ne sont donc pas très convaincantes.

UN TOUT RÉCENT sondage CSA inscrit en effet l’UDI et le Nouveau centre dans la mouvance de l’UMP et ne les crédite pas d’un pourcentage spécifique. Le MoDem de M. Bayrou recueillerait 4 % des suffrages, l’UMP-UDI 35 %, le PS et alliés 40, EELV 4%, Front de gauche 10 %. Enfin, le FN obtiendrait 16 % des voix, ce qui le placera dans une position arbitrale dans beaucoup d’endroits. Premier constat : ce ne sera pas du tout la déroute de la gauche tant espérée par la droite. Les centristes ne pèsent pas lourd, l’UMP ne va pas au-delà de son noyau dur, l’extrême droite triomphe et l’extrême gauche se maintient. Deuxième constat : dans beaucoup de localités, les deux extrêmes vont gêner les deux gros en pesant sur le résultat final.

Des mythes tombent.

Il est curieux que ceux qui font campagne ne présentent pas l’état des lieux avec cette simplicité. L’apparition d’un centre capable de ravir la vedette à l’UMP est un mythe, de même que le PS, loin d’être affaibli par l’impopularité du gouvernement, reste le premier mouvement politique du pays. Le danger représenté par le FN et par les mélenchonistes demeure très sérieux, mais, comme tous les sujets qui embarrassent,  il est peu évoqué par les candidats aux municipales ou aux échéances ultérieures. François Fillon, par exemple, est candidat officiel à la présidentielle de 2017 ; face à l’érosion de la base électorale de l’UMP, il a décidé de « droitiser » son discours, allant jusqu’à refuser de dire à l’avance que son parti rejettera toute alliance locale avec l’extrême droite. L’argument invoqué n’est pas nouveau. M. Fillon, dans une phrase trop subtile pour être honnête, est prêt à s’associer au parti « le moins sectaire » à ses yeux. Ben, dis donc, le vote anti-sectaire, voilà une tâche malaisée pour l’électeur.

Deux inconnues.

L’ancien Premier ministre oublie un peu vite que la France a voté comme un seul homme en 2002 pour écarter Jean-Marie Le Pen au profit de Jacques Chirac. Disons qu’il n’est pas prêt, le cas échéant, à renvoyer l’ascenseur au PS, qui s’est conduit pourtant de la manière la plus républicaine qui soit quand Lionel Jospin a été éliminé au premier tour. Quant au rival de M. Fillon, Jean-François Copé, il n’est pas plus explicite sur ses propres intentions, même si l’on a cru deviner qu’il serait moins rude que M. Fillon à l’égard du PS. Bref, beaucoup de mots alimentent la rubrique polémique, mais la réalité des faits, c’est que la droite perd énormément de temps dans ses querelles internes et ses plans sur la comète, alors qu’il est urgent pour elle, à quelque six mois des municipales, de rédiger un programme, de constituer ses listes, de galvaniser ses troupes : ce n’est pas parce qu’elle a réussi le tour de force de faire payer aux militants les 11 millions d’euros  que le Conseil constitutionnel lui a refusés qu’elle est en meilleure forme politique (et même financière). Elle a besoin d’unité et d’un seul leader pour 2014. Et elle a besoin d’électeurs plus que de donateurs.

Il reste deux grandes inconnues pour l’après-municipales : Nicolas Sarkozy, dont le retour enthousiasmera les militants UMP, même s’il n’est pas le meilleur candidat ; et Alain Juppé, moins populaire chez les siens que dans le pays en général, mais qui peut apporter une offre politique séduisante, surtout si la gauche échoue. Comme quoi la France se gouverne au centre mais pas par le centre.

RICHARD LISCIA

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